Privert marche t-il sur les traces de Martelly ?

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Une semaine après l’installation de l’ex-président du Senat au Palais national, comme président provisoire de la République d’Haïti, Jocelerme Privert marque t-il le pas sur place ? Pas réellement, car il reste attaché à la Communauté Internationale. En ce sens, il est en train de suivre à la lettre l’accord du 6 février qui l’a porté à la présidence.

Mais Privert a t-il la volonté politique réelle pour apporter une solution à la crise qui ronge le tissu social haïtien depuis le coup d’Etat de 1806 à Pont Rouge? Assurément non ! Mais est-il capable de résister sous la pression du Core Group, de l’oligarchie rétrograde et des collabos de la société civile, des néoduvaliéristes et des GNBistes pour apporter une solution viable aux revendications du peuple haïtien? La façon dont il entame son travail de pompier et de rassembleur montre clairement qu’il marche sur les pas de son prédécesseur Michel Martelly en restant à l’écoute des diktats. « J’ai autour de moi des membres du parti lavalas et du parti duvalieriste, a-t-il déclaré triomphalement lors de son premier déplacement dans la région des Nippes particulièrement à Petit-Trou de Nippes, sa ville natale. Je peux m’enorgueillir de pouvoir rassembler autour de moi les représentants de tous les secteurs de la vie nationale, a dit M. Privert assurant qu’il peut discuter franchement avec eux. Il affirme avoir prêché l’exemple en regroupant dans son cabinet des citoyens représentant tous les courants politiques.

Après plus d’une dizaine de jours au Palais national, il est resté toute la journée à faire des rencontres, juste pour faire l’économie du temps, sans avoir posé des actes concrets mettant la population en confiance. Ainsi, il s’est entretenu le 19 février avec des représentants de Fanmi Lavalas et du MOPOD et a déjà rencontré le RDNP, le MONOP, la plateforme JISTIS, PITIT Dessalines et l’OPL.

Cependant un fait reste certain Privert n’est pas inactif, il avance selon les termes de son accord. La Mission d’observation électorale en Haïti MIOÉH, dans un communiqué daté du 20 février 2016, « salue la démarche du Président provisoire Jocelerme Privert auprès des secteurs clés en Haïti, dont les secteurs religieux, syndical, patronal, de la presse, des droits humains, des organisations de femmes et des médias, en vue de les impliquer dans la désignation des membres du nouveau CÉP.La mission de L’oea

1La MiOÉH dit également saluer l’exigence faite à tous les secteurs clés de désigner deux candidats de sexe opposé pour garantir le quota de genre au sein du CÉP et assurer que les décisions qui seront prises reflèteront le vécu et l’expérience des femmes et des hommes.

La Mission encourage le nouveau (prochain) Conseil Électoral Provisoire à utiliser davantage les atouts uniques, les compétences et les réseaux des conseillères et conseillers désignés par les secteurs clés de la société haïtienne pour accroître la confiance de la population dans le processus électoral.

Il s’agit d’une étape importante dans l’application de l’accord politique du 6 février entre les pouvoirs exécutif et législatif pour la tenue du second tour des élections prévues pour le 24 avril 2016, indique la MiOÉH qui encourage, par conséquent, les différents secteurs clés à démontrer leur engagement au processus électoral, par la tenue de consultations transparentes et inclusives en vue de désigner des membres capables d’inspirer confiance à travers leur engagement continu au sein du CÉP et dont l’expertise en matière de gestion et de leadership est reconnue. »

Signalons que les conseillères électorales Marie Carmel Paul Austin, désignée par le secteur des universités, Lourdes Edith Joseph, du secteur syndical, et Carline Viergelin des secteurs vaudouisant et paysan n’ont jamais démissionné du CEP. Et selon ce que rapporte le National, le PDG de la radio Vision 2000, Léopold Berlanger, aurait été choisi par le secteur de la Presse, particulièrement l’Association des médias haïtiens (ANMH), pour la représenter au nouveau CEP. La Conférence épiscopale d’Haïti et Le Forum économique du secteur privé n’ont pas encore communiqué de noms. Pour sa part, le président de la Fédération protestante d’Haïti (FPH), le pasteur Sylvain Exantus qui a lui aussi rencontré le chef de l’État mercredi au palais national, se dit prêt à désigner un nouveau représentant au CEP. « Nous sommes prêts à apporter notre contribution pour l’aboutissement du processus électoral », a indiqué le pasteur. Ainsi le secteur protestant a désigné Mr Frinel Joseph rapporte le Nouvelliste.

Mais quand même, Privert n’arrive pas encore à désigner un Premier ministre qui devrait être la priorité des priorités dans la conjoncture actuelle. Il a présenté son bilan de travail de 5 jours au Palais national dans un point de presse vendredi dernier durant lequel, il a fait l’état de la situation économique du pays. Il a passé plus d’une semaine à consulter des acteurs de la classe politique, du secteur économique, de la société civile et des droits de l’homme et certains membres du secteur populaire. Mais rien de concret n’a été fait. Aucun changement n’a encore été amorcé au niveau de l’administration publique. Les bourreaux, les criminels du régime tètkale- néo duvaliériste et tous ceux qui dilapident les fonds de l’Etat sont devenus de plus en plus arrogants au vu et au su de tout le monde. Ils continuent de tuer, de voler, de piller et de vider le Trésor public.

Pendant ce temps, Privert a pris soin de nommer deux secrétaires généraux au Palais national, en l’occurrence Anthony Barbier, un GNBiste notoire, ex-membre du groupe 184 d’André Apaid et l’ancien duvaliériste notoire, l’idéologue du régime dictatorial des Duvalier, Rony Gilot ; oncle du candidat à la présidence Jude Célestin. Ces nominations ont soulevé la colère du peuple revendicatif qui reproche à Anthony Barbier d’être l’un des responsable du coup d’Etat-kidnapping du 29 février 2004 et de l’appel au boycott de la commémoration du bicentenaire de l’Indépendance de la première République nègre du monde, le premier janvier 2004.

Anthony Barbier était le troisième personnage du groupe 184 au côté d’André Apaid, Charles Henry Baker, Reginald Boulos et consorts. Le groupe 184 était un instrument destructeur, monté de toutes pièces avec le support des Etats-Unis, la France, le Canada et d’autres secteurs maffieux internationaux pour déstabiliser le pays au cours des années 2002-2003. Il a été financé par les réseaux maffieux de l’international dont la CIA.

Rony Gilot était un ancien espion à la Faculté de médecine avec ses collègues Roger Lafontant et consorts trafiquant la lutte des étudiants pour la somme de 500 gourdes. Il est l’un des responsables de tous les crimes commis sous la dictature sanguinaire des Duvalier. Il a même fait appel à ses collègues, anciens bourreaux, comme le tortionnaire du régime dictatorial des Duvalier, Franck Romain pour assister aux rencontres, sous le label d’un groupe d’hommes d’affaires dénommé « Haïti Chérie. »

Ces rencontres avec tous les bourreaux et les criminels notoires de l’ancien régime sont des stratégies visant le retour des forces réactionnaires et rétrogrades sur la scène politique une fois de plus, alors que la population du haut Artibonite, particulièrement à l’Estère réclame de l’eau et de l’engrais pour la production. Les rapatriés de la République Dominicaine sont abandonnés sur la frontière de l’Anse-à-pitres sans logement, sans nourriture et eau, ajoutés à une insécurité qui bat son plein dans le pays.

Il faut remarquer qu’aucune disposition n’a été encore prise pour satisfaire les revendications de la population, tant sur le plan politique, économique que social. Le peuple haïtien revendique une commission d’enquête indépendante de vérification pour faire la lumière sur le coup d’Etat électoral du 9 aout et du 25 octobre. Il exige également la formation d’une commission d’audit indépendante sur la reddition des comptes du régime tètkale durant ses 5 ans au pouvoir. Il veut avoir une amélioration dans les conditions de vie quotidienne, la baisse du coût de la vie et d’autres mesures visant un environnement sécuritaire face à la montée grandissante du phénomène de l’insécurité.
Face à cette situation, le peuple haïtien ne veut pas rester les bras croisés et ne veut pas non plus obéir aux néo cons. Il se dit prêt à rééditer la révolte du 22 janvier 2016 pour faire entendre sa voix. Dans cette perspective, le lundi 29 février 2016, à l’ occasion du 12e anniversaire du coup d’Etat-kidnapping contre un président élu démocratiquement, en la personne de Jean Bertrand Aristide, la mobilisation recommence pour exiger une transition répondant aux revendications du peuple. L’intransigeance du tandem tètkale-GNBiste, renfoncée par les néoduvaliéristes, poussera-t-elle le peuple en dernier ressort aux émeutes de la faim ou à un véritable déchoucage? Il n’est que d’attendre.

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