Pleins Feux Sur : Auguste « Pouchon » Duverger

« Un timbre bariolé »|(Pétion-Ville, 1972)

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Auguste « Pouchon » Duverger

Comme la plupart des adhérents vocaux de son ère, Pouchon s’est initié à la musique dans l’orchestre de sa paroisse. Où il s’est accoutumé à manier la guitare, la batterie, la trompette ; avec aussi un intérêt pour l’art chanterelle. C’est aussi l’époque marquée de multiples tendances vocales. Entre la filiation intermédiaire : Cubano, Zouzoul, Cajuste, Boulo, TiManno, Dadou etc. et la nouvelle vague avec : J. Widmaier, Eric Charles, Patrick Andal, Garry Didier Perez entre autres. Qui sont les voix qui dominent les ondes radiophoniques et captivent l’imagination de cet aspirant chanteur. Spécialement Didier Perez qui va amplement l’influencer. Subséquemment à son apprentissage dans la musique hiératique, il s’est associé à deux copains : Nikenson Prud’Homme (Djakout, Zenglen, Harmonik) et David Dupoux (Djakout, Konpa Kreyol, Krezi), dans un petit ensemble nommé « Tuff », de parcours succinct.  

Puis, conjointement à son itinéraire d’étudiant, il continue à faire la ronde des groupes minables. Incluant le « Fatal » de Cité Militaire, avec lequel il commence à faire ressortir sa sonorité détimbrée, off-tempo. En plus d’une exubérance scénique qui en a fait un animateur bon teint. Ce qui va lui attirer éventuellement l’attention des promoteurs musicaux du milieu ambiant. Lesquels vont le garder en réserve dans la perspective de le placer à l’avant-poste d’un groupe établi. Ce qui va être concrétisé avec le départ de Gracia Delva pour les Etats-Unis. En laissant une place vacante au sein du « Djakout Mizik », dans lequel Pouchon a fait une rentrée réussie. Car, ayant été préféré à un maigrichon orné encore de cheveux qui a pour nom Michel Martelly. Fraichement débarqué de ses périples de dévergondé en Floride où il a été aussi rejeté par le « Top Vice » de Miami.

Pourtant, Pouchon a su entre temps, contribué de son panache à rallier cet ensemble. En plus de la présence au préalable de l’excellent guitariste Claude Marcelin. Sortant ce groupe de la pénombre, en lui donnant une identité vocale, après le transit sans laisser de traces, de Gracia Delva. Notamment, à travers les microsillons : ‘’Mòso lanmou’’ et ‘’Setyèm syèl’’, comprenant : rèv mwen, kote w ye, ma seule folie, feeling konpa, dekole, sam fè w, naje pou sòti, créature divine, men moun yo, konpa U.S, bèl fan m etc. le second ayant été le vrai catalyseur de leur émergence. A travers lequel Pouchon s’est ultimement fabriqué une marque originale. Devenant de ce fait, une pilonne du konpa lourd, avec son phrasé tonnant, qui donne parfois l’impression de chambarder les octaves.

Quant à Pouchon, il est la ‘’grande puissance’’ , s’imposant comme la vedette incontournable du « Djakout »

Dans cette envolée, c’est la sortie de leurs lasers consécutifs : ‘’La familia’’ et ‘’Mannigeta’’ ; ayant vu Pouchon et compagnie atteindre leur vitesse de croisière. Dans les morceaux : refleksyon, fruit de la passion, yon ti konsèy, love you still, sa se Djakout, tandrès, biznis pam, guilty, sa w mete, love me girl, amou etènèl, abandone, that money, prekosyon etc. qui ont consolidé leur dominance dans l’arène du show business. En plus des controverses qui les entourent ; avec des groupies comme Sweet Micky, Cliff Brandt, Sonson Lafamilia, Jovenel Moise et autres. Et qui leur projettent une image de groupe de délinquants ; brûlant de l’argent des narcotiques et du kidnapping au cours de leur performance même. A cette étape, il est catalogué de ‘’ Dyaz peyi a ‘’ par les courtisans. Quant à Pouchon, il est la ‘’grande puissance’’ ; s’imposant comme la vedette incontournable du « Djakout ». Au gré d’un timbre qui a connu une mutation sensorielle avec des subtilités concluantes. 

Il faut dire que du haut de leur piédestal, Pouchon et le « Djakout » ont commencé à perdre les pédales. Ayant eu une part active dans le mouvement ‘Grenn Nan Bouda’ ; ce qui les a installés comme l’ensemble de facto des GNB. Et qui est reflété à travers les œuvres séquentielles : ‘’Jistis’’ et ‘’Defi leve’’, avec : pwoblèm, kout lang, i am not a slave, kris la, foli lanmou, banm Djakout mwen, et si l’on faisait l’amour, li pa merite sa elat ; grossièrement médiocres. En 2010, suite aux désaccords avec l’administration gérée par le ‘konpa factorie’ de l’ancien maire de Port-au-Prince Youry Chevry, tout scandalisé du fait que son pote l’incapable Sweet Micky Martelly ait pensé à devenir président, il a rallié de préférence le camp de Myrlande Manigat. Dans la mêlée, Pouchon & Co ont décidé de faire cavalier seul, en renommant le groupe « Djakout #1 ». Et pour compliquer les choses, le sage de l’ensemble, le musicien et guitariste chevronné, arrangeur et maestro Thony Jean Baptiste, décide aussi de partir.

étonnement, c’est Pouchon qui a fini par avoir le dessus dans ce duel des frères ennemis.

De plus, Auguste Duverger doit faire face aux aléas de la compétition avec l’intégration des chanteurs Yves Valbrun alias Steven Khe et de Pedro Michel qui sont venus lui faire ombrage dans les albums : ‘Pwofite’ et ‘Lòd nan dezòd’, très en dessous de leur productivité. En plus de la concurrence de Shabba qui s’est aussi auto-proclamé vocaliste attitré. Lequel s’est senti des ailes, depuis que son mec Micky fut élu chef du banditisme, à la tête d’une nation fictive. Avec la perte de son influence et d’une voix qui s’effritait, Auguste Duverger connait le creux de la vague. Il a fallu le dernier cd :’’ Nou pap dòmi deyò’’ pour que Pouchon reprenne son souffle ; et le « Djakout #1 » de retrouver son allure dans des arrangements compassés, un répertoire diversifié ; et les morceaux chaloupés qu’il a délivrés avec assurance. 

Tandis que les autres chanteurs ont apporté leur quote-part sur des accords modérés; comme salè mizerab, le tube du laser qui est un vrai plaidoyer à la lutte des travailleurs Haïtiens et de partout. Des performances qui ont obligé Pouchon à partager la vedette avec ces timbres, prisés pour l’audience du moment. Et qui l’a mis un peu en diapason dans son bras de fer avec Shabba qui était le plus prolifique compositeur du groupe. Mais, étonnement, c’est Pouchon qui a fini par avoir le dessus dans ce duel des frères ennemis. Puisque c’est Shabba qui a dû être évincé ; en prenant le soin d’emmener avec lui l’un des chanteurs en vue Steven Khe. Dans la formation de son groupe « Ekip » qui est devenu l’ensemble de chevet de Jomo et Micky. Quant à Pouchon, il espère bien redorer son blason dès la prochaine production du « Djakout #1 ». Ce qui va lui permettre de retrouver son entrain et sa splendeur de ‘‘grande puissance’’ vocale.  Daigne la Providence le lui permettre !

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