Se faire tuer au village …

Les formes embryonnaires de la guerre du Peuple Ayisyen

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Ce à quoi nous assistons en Ayiti en ce moment, c’est l’apparition des formes embryonnaires de la guerre du peuple, par le peuple, pour le peuple.

L’opération policière contre le Village de Dieu, le 12 mars, se solda par un échec. L’objectif quel qu’il puisse être ne fut pas atteint, le niveau de pertes policières fut inacceptable (alors que l’adversaire n’en essuya aucune…) et il y eut une totale (et fatale) rupture de communications entre le (les) commandant(s) et les exécutants. Les reconnaissances préalables furent inexistantes ou inutilisées.

Pire et bien plus meurtrier pour les troupes au sol, l’essentielle unité de commandement brilla par son absence…

Le Haut Commandement de la PNH avait donc, je regrette de le dire, appris son métier dans le Petit Albert, le Grand Albert, ou la Poule Noire. Au choix. Ce n’est guère une façon de faire la police…

L’armée doit être dans le peuple comme un poisson dans l’eau.

Mais c’en est une excellente de passer des jeunes sans expérience au hachoir à viande. Techniquement parlant, il y a des pelotons d’exécution qui se perdent.

L’on me taxera d’extrémisme. Je n’en ai rien à foutre. Nul ne joue de la sorte avec la vie des gens. De jeunes avec toute leur vie à vivre, en plus. Tout commandant doit savoir qu’il est comptable de la vie de ses hommes (et de ses femmes) en uniforme. S’il ne le sait pas, qu’il aille jouer aux dominos. Ou aux échecs, qui lui apprendront à penser avec sa tête, au lieu de le faire avec son cul.

A moins que ce haut (et fort bas) commandement n’ait voulu faire tuer ses troupes. Dans l’état de déconstombration et d’hyperdollarisarion galopantes, élevé à la puissance dix par vertu de dégénescence morale totale-capitale, où se trouve actuellement ce que le duvaliérisme – paléo et néo – a laissé des institutions de notre pauvre pays, et vu la domination impériale multinationale, multiforme et, dirais-je, virale (au sens d’un virus filtrant) qui nous étouffe, l’hypothèse n’a pas un certain sens, mais un sens certain.

Si pat gen sitirèz, pa ta gen vòlè.

 En s’acharnant à faire ce que le Pouvoir Pâle veut qu’il fasse, notre gouvernement sous-primaire a transformé la Police Nationale en Ennemie du Peuple. Du point de vue de la Nanchon, il ne mérite qu’un gros Zéro doublement barré. Exclu de la session de repêchage pour cause de note éliminatoire, remis à ses parents pour les suites nécessaires (kal ak rigwaz), repédalera en septembre à coups de botte dans le gaillard d’arrière. Et rompez, on vous a assez vus !

Dans cette tragédie, les seuls militaires compétents ont été… les soi-disant bandits.

Le Haut Commandement de la PNH avait donc, je regrette de le dire, appris son métier dans le Petit Albert, le Grand Albert, ou la Poule Noire. Au choix. Ce n’est guère une façon de faire la police…

Ils avaient le soutien de la population. L’armée doit être dans le peuple comme un poisson dans l’eau. Qui donc que c’est, le chef de guerre qui a sorti cette perle rare ? Léon Charles, Jojo et le reste de leur Haut Etat-Major doré sur tranche n’ont jamais entendu parler de Sun Tzeu, Mao Zedong ou Vo Nguyen Giap, sans parler de notre grand Jean-Jacques qui apparaissait toujours là où on ne l’attendait pas, faisant gagner à Toussaint la guerre du Sud, ou fatiguant tellement les divisions d’élite de Leclerc autour du Port-aux-Crimes que les pauvres grognards se couchèrent par terre, n’en pouvant plus…

Ils connaissaient comme leur poche le champ de bataille, car ils se battaient chez eux. Ils avaient leur service de renseignement, et connaissaient à fond les intentions de leur ennemi. Celui-ci, par contre, ne savait rien de leurs intentions ni de la disposition sur le terrain de leurs moyens tactiques, et allait à l’aveuglette, ce qui est la meilleure façon de se faire assassiner

Ils avaient pu préparer d’avance et tendre une embuscade dans laquelle tomba la tête la première la Police, qui n’en savait rien ou n’y prit pas garde, d’où le massacre des jeunes policiers.

Nous faisons métier d’oublier nos bonnes traditions.

En conséquence de quoi j’affirme que le gouvernement et la police sous ses ordres se sont conduits avec une rare inconscience, une extrême stupidité, ou l’intention sous-jacente de faire tuer sa propre police pour obtenir quelques dollars de plus, sous forme de matériel haute technique qui ne lui servira strictement à rien, si ce n’est à assassiner kèk sivil de bra balanse sous prétexte de lutte contre le banditisme. Evidemment, le Pouvoir Pâle n’en a rien à branler du vrai banditisme, celui des Dimitri Vorbe, Réginald Boulos et autres Kidnapè, Kadejakè, et fusillables aux aurores plus vite que vent sous les murs du Cimetière, kòmsadwa. Nous faisons métier d’oublier nos bonnes traditions.

Dans cette lamentable histoire, Manno Izo fut le seul commandant de terrain valable, n’en déplaise aux incapables et aux corrompus “en haut lieu” et sur les hauteurs, trop racistes pour voir ce qui leur pend au nez. Ils n’ont jamais entendu dire, les pauvres choux, que Dessalines ne savait pas lire, que Toussaint n’avait que des connaissances limitées, que Pétion n’avait appris le maniement du canon qu’en traînant aux basques d’un régiment au lieu d’aller à l’école, ni que Christophe n’avait été qu’esclave dans un hôtel, ce qui n’est pas précisément la formation d’un général de division. Ni que la meilleure formation pour un soldat est de faire la guerre.

Ignorance, ignorance, quand tu nous tiens !

Ce à quoi nous assistons en Ayiti en ce moment, c’est l’apparition des formes embryonnaires de la guerre du peuple, par le peuple, pour le peuple. La Nanchon est en train de prendre les choses en main, de régler leur compte à ceux qui lui interdisent de vivre. Appelez-les “bandits” si vous voulez. Leclerc appelait bien l’Armée Indigène “brigands”, ce qui n’est qu’un autre mot pour dire la même Schweinerei…

Vous ne pouvez pas le voir ? Ni rendre la vie de notre peuple vivable ? Alors, achetez votre cercueil. En cas de malheur…

NY, le 11 Avril 2021

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