Home Editorial Ô Transition, que de crimes en votre nom !

Ô Transition, que de crimes en votre nom !

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Haïti a subi une vague de monstruosités toutes plus scandaleuses et humiliantes les unes que les autres perpétrées par l’action concertée de ceux qui tiennent les rênes du Pouvoir exécutif. Depuis le départ de la dictature des Duvalier en 1986, un régime qui jouissait du soutien total des États-Unis nous sommes enfermés dans un cycle de changements de régime, visant ostensiblement à remplacer le statu quo ante par des systèmes qui sont, du moins en théorie, plus démocratiques.

Pourtant, les puissances étrangères continuent de jouer un rôle dominant, exerçant une influence tangible. C’est particulièrement vrai de l’impérialisme américain, qui s’efforce de maintenir le désordre établi en Haïti, en dépit du désir croissant de changement du peuple haïtien. La « transition » sert de bouc émissaire commode qu’on utilise pour faire passer toutes sortes de manigances, des manœuvres qui ne sont rien d’autre qu’imposture, simulacre, mascarade et machination.

Cette période dite de transition est devenue une ère de destructions, de vols et d’autres méfaits pervers, entraînant le pays dans un bourbier de ruine matérielle et morale irréparable. Après l’assassinat du président Jovenel Moïse, les puissances impérialistes ont installé Ariel Henry à la tête d’une soi-disant « transition » avec l’objectif, indubitablement manifeste, de ne réaliser absolument aucun progrès, mais simplement de s’accrocher au pouvoir tant que le peuple s’abstiendrait de se soulever contre lui.

Ce gouvernement n’a produit aucun résultat car, en vérité, il n’avait jamais eu pour vocation d’en produire. Par la suite, il a été remplacé par un Conseil Présidentiel de Transition (CPT), une instance encore pire. Fiasco sur toute la ligne. Aucun problème n’a trouvé de solution. Avec ces Conseillers, on a assisté à une nette dégradation sécuritaire dont le propre manquement au devoir vise à perpétuer le mythe selon lequel le pays serait irrévocablement condamné à des conflits et à une pauvreté perpétuels, alors la « transition » revêt une signification bien différente. On aurait pu penser qu’après ces deux expériences désastreuses, on cesserait enfin de maltraiter le peuple et accorderait à Haïti une chance de respirer selon les volontés des masses populaires.

Cette période dite de transition est devenue une ère de destructions, de vols et d’autres méfaits pervers…

Bien au contraire. Les forces anti-changement nous ont rapidement imposé une nouvelle transition. Un troisième gouvernement de transition de surcroit illégal a prêté serment en Haïti, incarné par Alix-Didier Fils-Aimé, le Premier ministre issu de l’ex-CPT. Ce qu’il nous faut reconnaître et admettre, c’est qu’il n’y a jamais eu véritablement de transition en Haïti. Si l’on s’en tient au sens véritable du terme, on pourrait même affirmer qu’il n’y aura jamais de transition réussie en Haïti. En matière de transition, ce à quoi nous assistons est plutôt, une succession de gouvernements et de régimes qui s’écartent résolument de la voie du changement radical auquel le pays aspire, s’engageant au contraire, dans le renforcement et une intensification toujours plus brutale d’un programme visant la destruction totale de la nation.

Dans ce contexte de détérioration profondément préoccupante de la situation du pays, au lieu de restructurer l’État pour le passage d’un état pourri à un autre, on s’adonne de préférence à institutionnaliser des pouvoirs mal légitimés et de plus en plus contestés, de sorte que rien ne change. Une transition est censée mener d’un point A à un point X.

En Haïti, nul ne sait où nous en sommes réellement avec cette prétendue transition qui ne sert qu’à élever davantage les niveaux de corruption, alimenter les frustrations et à exacerber les inégalités sociales. Nous en avons assez de cette transition qui ne cesse de dévorer le pays comme un cancer. Par elle, les puissances impérialistes nous ont réduits au rang de simple protectorat. Nous ne sommes plus maîtres de notre destin.

La situation se détériore au lieu de s’améliorer ! Nous sommes contraints de nous contenter de ce qu’ils daignent bien nous concéder. Nous sommes devenus un peuple dépouillé de tout. Aucune action unie et immédiate n’est entreprise pour contrecarrer l’enracinement de cette « transition » au cours de laquelle le gouvernement n’hésite pas à ouvrir grandes les vannes budgétaires, permettant ainsi l’accumulation massive de richesses par des oligarques parasites qui constituent la base sociale du régime.

À force d’attendre que d’autres agissent en notre nom, nous courons le risque bien réel d’attendre indéfiniment. La mission kényane est déjà présente sur notre sol, accompagnée de soldats venus des quatre coins du monde. Nous devons également faire face à des mercenaires étrangers, tels que ceux à la solde d’Erik Prince et nous attendons désormais l’arrivée incessamment d’une force répressive prétendument destinée à cibler les groupes criminels.

L’objectif est d’abuser les naïfs de la politique en leur faisant croire que les gangs constituent les véritables obstacles à la stabilité politique, alors que la mission réelle de cette force sera de briser les avancées et les revendications de la population. Nous en avons assez de cette transition ; assez de ce système ; assez de la misère, de la répression et de l’oppression que le capitalisme réserve à la classe laborieuse ; assez du mépris affiché envers la jeunesse des quartiers pauvres. Nous en avons par-dessus la tête des vrais groupes criminels, représentants d’une classe qui, depuis 1806 accapare l’État haïtien ; assez de tous ces politiciens corrompus qui sèment la division uniquement pour s’accrocher à leur pouvoir mesquin.

Ces opportunistes et ces conformistes ne font rien d’autre que saper le mouvement populaire au profit de leurs propres petits privilèges électoraux. Avec plus de trois cents d’entre eux déjà enregistrés auprès du Conseil Électoral Provisoire (CEP), il est d’ores et déjà évident que cette transition ne représente pas une rupture avec le passé, mais plutôt la perpétuation de cette même politique de mauvaise gestion sociale.

Ces événements ne sont-ils pas la preuve irréfutable qu’il n’y a pas de bourgeoisie éclairée et encore moins progressiste, mais seulement des parasites, des collabos qui ne prônent aucune transition de souveraineté, de dignité nationale et du rejet des tutelles étrangères. Seule une transition de rupture décisive contre ce système oligarchique suicidaire qui piétine en permanence non seulement les droits des travailleurs, mais aussi les intérêts de la nation, pourra empêcher le pays de sombrer dans l’abîme.

Ce n’est qu’ainsi qu’une solution juste pourra s’instaurer contre ces parasites, ces individus inféodés à l’impérialisme qui, par position de classe, ont pris en otage et placé sous le feu croisé des conflits, le peuple haïtien qu’ils sont censés servir. Non à toutes les formules de Transition en Haïti sous la direction de la bourgeoisie corrompue et de l’impérialisme ! Ô Transition, trop de crimes ont été commis en votre nom !

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