Home Perspectives Haïti et Cuba: la même lutte – conférence à New York

Haïti et Cuba: la même lutte – conférence à New York

0
2459
L’ambassadeur Ernesto Soberón Guzmán, représentant permanent de Cuba aux Nations unies (Alexandra Panaguli/Haïti-Liberté).

Depuis 2017, la US-Cuba Normalization Conference Coalition organise régulièrement des manifestations de soutien à Cuba. Cette année elle tombe à un moment qui est particulièrement critique depuis l’enlèvement du président vénézuélien Nicolas Maduro en janvier dernier et les graves menaces d’intervention directe imminente par le gouvernement gangster de Donald Trump.

Le sénateur républicain Lindsay Graham, de Caroline du Sud, le plus ardent supporter de Trump, vient de désigner Cuba comme étant la prochaine cible visée par les Etats-Unis d’Amérique. «Nous anéantissons l’ennemi. Je ne cherche pas un combat loyal. Si nous devons nous battre, je veux gagner, et gagner vite […] La libération de Cuba est imminente. Ce n’est plus qu’une question de temps […] L’Iran est en train de tomber, et Cuba sera la prochaine sur la liste. On va faire sauter Cuba en éclats».

Rosemari Mealy, professeure à CUNY (Alexandra Panaguli/Haïti-Liberté).

La conférence a eu lieu à la City University of New York en plein centre de Manhattan. La première et principale oratrice était Rosemari Mealy, professeure à CUNY, spécialiste du racisme, autrice de Fidel and Malcolm X-Memories of A Meeting, qui raconte la rencontre historique de ces deux personnalités à Harlem, New York en septembre 1960. Rosemari est une activiste ayant vécu à Cuba. Elle a qualifié la politique du gouvernement Trump de recolonisation. Et sa nouvelle adaptation de la doctrine Monroe s’étend au-delà de l’Amérique latine au monde entier.

Rosemari a honoré quatre femmes combattantes historiques. Carlota’s Warriors (les combattants de Carlota), un groupe œuvrant en faveur de la solidarité internationale, la santé populaire et la résistance anti-impérialiste, tirant son nom de Carlota, une combattante de la liberté réduite en esclavage à Cuba et d’ascendance yoruba/lucumi — qui a dirigé une rébellion contre les esclavagistes de la plantation Triunvirato, à Matanzas (Cuba), en 1843, et a trouvé la mort au combat un an plus tard.

Leila Khaled combattante palestinienne

Nanny, une dirigeante des Marrons – nom donné aux esclaves en fuite – qui combattaient les colonialistes anglais de Jamaïque au début du 18ème siècle, lesquels avaient capturé l’île des Espagnols en 1655. Elle provenait de la tribu Akan, originaire d’Afrique de l’ouest, principalement du Ghana qui a fourni de nombreux esclaves pour la Caraïbe.

Joan Gibbs (1953-2024), avocate, rédactrice fondatrice d’Azalea, la première revue littéraire destinée aux lesbiennes noires, cofondatrice de Dykes Against Racism Everywhere, la première organisation lesbienne antiraciste aux États-Unis, et très active pour mettre fin au blocus étatsunien contre Cuba.

Leila Khaled (née en 1944), combattante palestinienne fameuse pour avoir tenté de détourner un avion en 1969 quand elle faisait partie du Front populaire de libération de la Palestine. Celle-ci dit depuis longtemps qu’il n’y a pas de processus de paix israélo-arabe: «C’est un processus politique où le rapport de forces est en faveur des Israéliens et non de nous. Ils ont toutes les cartes en main, tandis que les Palestiniens n’ont rien sur quoi s’appuyer, d’autant plus que l’OLP n’est pas unie».

Osmayda Hernández Beleño, directrice de la Fédération des femmes cubaines (Alexandra Panaguli/Haïti-Liberté).

L’oratrice suivante était Osmayda Hernández Beleño, directrice de la Fédération des femmes cubaines, qui a montré comment le blocus étatsunien cherche à toucher quantitativement et qualitativement les avances sociales de Cuba. Mais le pays ne reste pas inactif et a créé 995 panneaux photovoltaïques, équipé de système de ventilation les maisons de 120 enfants asthmatiques, fourni des panneaux photovoltaïques à plus de 900 entreprises d’état, et des pompes solaires à un millier de communautés urbaines et agricoles. Ainsi, “Cuba n’est pas une menace mais un exemple d’auto-détermination”.

L’ambassadeur Ernesto Soberón Guzmán, représentant permanent de Cuba aux Nations unies, est ensuite venu à la tribune réaffirmer que Cuba continuera la lutte quoi qu’il arrive. L’a suivi Corinna Mullin, ex-professeure à CUNY, arrêtée en 2024 sous la présidence de Genocide Joe (Biden), et ensuite renvoyée de son poste d’enseignante pour avoir participé à des manifestations en faveur de la Palestine et du BDS, le mouvement de boycott contre la colonisation israélienne des territoires occupés et en faveur du retour des réfugiés palestiniens dans leurs terres. “CUNY est une université au service des classes travailleuses, et ICE et le gouvernement mènent la même guerre économique contre la population étatsunienne. Ils ne peuvent tolérer dans leur propre arrière-cour l’exemple de Cuba qui a envoyé 400.000 combattants en Afrique et formé tellement de médecins. Maintenant ils ont décrété un blocus total du pétrole!” Elle sait de quoi elle parle après avoir vécu 4 ans en Tunisie.

Sara Flounders, du Workers World Party (Alexandra Panaguli/Haïti-Liberté).

Deux orateurs ont suivi, le premier avec un message de solidarité par vidéo, de Kevin Kucera, président de la section de Los Angeles de l’International Association of Machinists, un syndicat comptant près de 600 000 membres dans divers secteurs d’activité, tels que l’aérospatiale, les transports et l’administration fédérale. La deuxième est Sara Flounders, du Workers World Party, directrice de l’anti-capitaliste et anti-imperialiste International Action Center fondé en c1992 par l’ancien ministre de la justice sous Lyndon B. Johnson, Ramsey Clark, contributrice de plusieurs livres dont Haïti: A Slave Revolution: 200 Years After 1804. Elle a rappelé que Trump vient d’annoncer la “prise de contrôle, amicale ou non, de Cuba”. Et elle rapporte que la Chine a fait don d’équipement pour l’installation de parcs solaires photovoltaïques, afin d’ajouter 120 mégawatts au système électrique national dégradé par le blocus économique.

Tarisse Iriarte est une curactrice d’art et militante internationale d’origine cubaine et portoricaine, ambassadrice mondiale de la paix reconnue par l’ONU. Elle relie l’art, l’écologie et la justice sociale au sein de la diaspora africaine. Elle a raconté comment Puerto Rico est militarisée et montré que “Puerto Rico et Cuba sont les deux ailes du même oiseau”, tout en ajoutant que “une bonne partie de l’Amérique latine ne serait pas libre s’il n’y avait pas eu Haïti”.

Tarisse Iriarte est une curactrice d’art et militante internationale d’origine cubaine et portoricaine (Alexandra Panaguli/Haïti-Liberté).

C’est ce qu’a souligné Berthony Dupont, directeur du journal Haïti-Liberté: Haïti a été “la première nation libre, indépendante et souveraine de l’hémisphère occidental. Non, les États-Unis n’étaient pas une nation libre. Ils ont été fondés par des propriétaires d’esclaves. Haïti a été fondée par des esclaves qui s’étaient affranchis”.

“Haïti a été la première victoire de la classe ouvrière dans l’histoire, sept décennies avant la Commune de Paris”.

Ainsi, la lutte de Cuba est la même que celles du Vénézuela et d’Haïti car ils ont en commun le même ennemi: l’impérialisme étatsunien. Et, tout comme les pays impérialistes – Etats-Unis, Canada, France – veulent faire payer à Haïti le fait qu’elle se soit affranchie en 1804, ils veulent faire payer à Cuba sa révolution de 1959, et à l’Iran celle de 1979 qui a renversé le shah imposé par l’Angleterre et les Etats-Unis.

Berthony Dupont, Haïti Liberté (Alexandra Panaguli/Haïti-Liberté).

Alors, “Défendre Cuba, c’est nous défendre nous-mêmes !” Car, “tandis que les États-Unis envoient des soldats pour nous assassiner et piller nos ressources, Cuba a envoyé et formé des milliers de médecins qui, travaillant dans des conditions très difficiles, sont là pour nous soigner, et le Vénézuela bolivarien nous a fourni des millions de dollars en aide et en prêts par l’intermédiaire de son programme PetroCaribe”.

Attaquer Cuba, le Vénézuela, Haïti, l’Iran, le Liban, la Palestine, le Yémen, montre que “Washington n’est pas fort ; il est désespéré. Il se débat. C’est la fin de leur empire. Et nous devons hâter cette fin par tous les moyens possibles”.

L’après-midi du samedi 14 mars a été suivi par des ateliers sur le modèle de santé de Cuba, les voyages, le travail avec les syndicats et députés étatsuniens, la solidarité, l’organisation de l’aide.

Voici la traduction française de l’intégralité du discours du directeur d’Haïti Liberté, Berthony Dupont :

Laissez vivre Cuba ! Laissez vivre le Venezuela ! Laissez vivre Haïti !

Cuba, Haïti et le Venezuela ! Ces trois voisins mènent la même lutte, le même combat. Savez-vous pourquoi ? Parce qu’ils ont le même ennemi : l’impérialisme américain.

Nous, Haïtiens, payons encore aujourd’hui le prix de notre révolution de 1804, pour avoir osé renverser l’esclavage et le colonialisme, et donné naissance à la première nation libre, indépendante et souveraine de l’hémisphère occidental. Non, les États-Unis n’étaient pas une nation libre. Ils ont été fondés par des propriétaires d’esclaves. Haïti a été fondé par des esclaves qui s’étaient affranchis eux-mêmes.

Corinna Mullin, ex-professeure à CUNY (Alexandra Panaguli/Haïti-Liberté).

À ce titre, Haïti fut la première victoire de la classe ouvrière dans l’histoire, sept décennies avant la Commune de Paris. Cette victoire historique n’a jamais été reconnue par les anciennes puissances esclavagistes, devenues aujourd’hui des impérialistes paniqués qui font la guerre partout.

Mon pays est victime de crimes odieux commis par l’impérialisme français, canadien et, surtout, américain. Ils ont dévasté Haïti par une exploitation et une domination néocoloniale des plus féroces. Au cours des 30 dernières années, eux et leurs alliés par procuration ont envahi Haïti à douze reprises. Ces interventions militaires ont aggravé la situation et semé le chaos, le tout dans le but de contrôler notre nation et de piller ses précieuses ressources : l’or, les terres rares et — oui — une main-d’œuvre bon marché.

Le gouvernement américain est aujourd’hui le terroriste numéro un au monde. Et lorsque le terroriste numéro un mondial qualifie une nation ou un groupe de « terroriste », alors vous pouvez être certain que cette nation ou ce groupe est probablement sur la bonne voie.

Aujourd’hui, le rejeton des *gusanos*, Marco Rubio, décide de l’avenir d’Haïti. Le mois dernier, trois navires de guerre américains sont arrivés au large de Port-au-Prince pour contraindre la population à accepter la nomination de la marionnette américaine Alix Didier Fils-Aimé au poste de Premier ministre *de facto*. Lui, qui a recruté les mercenaires meurtriers du tristement célèbre Erik Prince pour massacrer, à l’aide de drones et d’escadrons de la mort, des centaines d’hommes, de femmes et d’enfants dans les bidonvilles d’Haïti. L’unique objectif de Fils-Aimé est de vendre notre pays aux capitalistes étrangers, exactement comme cela fut fait lors de la première occupation par les *Marines* américains, il y a un siècle. Personne en Haïti ne croit aux mensonges grotesques de l’administration Trump, selon lesquels elle agirait — je cite — pour « démontrer l’engagement ferme et inébranlable des États-Unis envers la sécurité, la stabilité et la construction d’un avenir meilleur pour Haïti, à un moment où le pays est confronté à une profonde crise institutionnelle et sécuritaire ».

En réalité, ils sont eux-mêmes les architectes de la crise haïtienne, orchestrée pour réduire les Haïtiens à une forme d’esclavage moderne qui servira les intérêts de l’impérialisme américain, alors même que celui-ci mène la guerre aux quatre coins du globe.

Cuba vit aujourd’hui ce que nous avons traversé après notre Révolution de 1804. Washington veut faire payer au peuple cubain sa révolution socialiste de 1959. Cette révolution a été une source d’inspiration, un modèle pour les peuples de cet hémisphère et du monde entier au cours des 67 dernières années, tout comme notre révolution haïtienne le fut pour les masses laborieuses — et surtout asservies — durant le XIXe siècle. Nous, Haïtiens, connaissons l’exploitation, les coups d’État, les occupations, les assassinats et autres horreurs que nous avons endurés — et continuons d’endurer — sous l’impérialisme américain au cours des dernières décennies. Nous ne voulons pas que les Cubains, ni aucun autre peuple, subissent notre sort. C’est pourquoi nous le disons haut et fort : Cuba et sa révolution doivent être défendus à tout prix contre les attaques terroristes des Yankees ! Défendre Cuba, c’est nous défendre nous-mêmes !

Chacun peut constater comment l’impérialisme et ses laquais ont réduit les Haïtiens à la misère et à une pauvreté absolue. Aujourd’hui, c’est précisément ce que les impérialistes américains — menés par Trump et Rubio — veulent infliger à Cuba et au Venezuela. Ils cherchent à humilier et à assujettir ces nations, à piller leurs ressources, à asservir leurs peuples et à contrôler leur destin.

Nous, progressistes et révolutionnaires, disons : NON ! Cuba et le Venezuela ne doivent pas devenir deux victimes supplémentaires de l’impérialisme américain, à l’instar d’Haïti et de la Libye.

Le peuple haïtien restera toujours solidaire des peuples cubain et vénézuélien, notamment en raison de la solidarité internationaliste, fraternelle et inconditionnelle dont ils ont fait preuve à notre égard — une solidarité incarnée par les révolutions cubaine et bolivarienne. Cuba a envoyé et formé des milliers de médecins qui, œuvrant dans des conditions extrêmement difficiles, ont prodigué des soins à notre population ; pendant ce temps, les États-Unis envoient des soldats pour nous assassiner et piller nos ressources. Le Venezuela bolivarien nous a octroyé des millions de dollars sous forme d’aide et de prêts par l’intermédiaire de son programme PetroCaribe.

L’impérialisme américain s’imaginait invincible, s’en prenant non seulement à Cuba, au Venezuela et à Haïti, mais aussi à l’Iran, au Liban, à la Palestine et au Yémen. Or, Washington n’est pas fort ; il est aux abois. Il se débat dans la panique. C’est la fin de leur empire. Et il nous incombe d’accélérer cette fin par tous les moyens possibles. Comme l’a dit Che Guevara : « Créer un, deux, trois, de nombreux Vietnam. » Nous, Haïtiens, n’abandonnerons jamais Cuba et le Venezuela, tout comme ils ne nous ont jamais abandonnés.

Restituez la baie de Guantanamo au peuple cubain et l’île de la Navase au peuple haïtien !

Levez le blocus américain contre le peuple cubain !

Cessez la guerre contre les peuples iranien et palestinien !

Gaza, Haïti, Cuba, Venezuela : même combat !

Libérez Nicolas Maduro et Cilia Flores !

Vive la Révolution bolivarienne du Venezuela !

Vive la Révolution cubaine !

Vive la lutte du peuple haïtien !

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here