En entendant la manière dont diverses institutions internationales parlent des groupes armés en Haïti, un observateur novice ou quelqu’un qui n’a jamais suivi l’évolution de la situation sociopolitique du pays pourrait croire qu’une vague de banditisme a tout simplement déferlé sur nous et nous infligeant ce fléau. Pourtant, la vérité est tout autre. Il s’agit plutôt d’une machination orchestrée par les puissances impérialistes, particulièrement les États-Unis d’Amérique, de concert avec la classe politique réactionnaire, groupe d’agents à leur solde, dont l’objectif ultime est de détourner le pays de sa trajectoire pour l’orienter vers une voie qu’elles ont elles-mêmes choisie. C’est la même méthode que celle utilisée jadis par les Européens après le débarquement de Christophe Colomb aux Amériques en 1492, où ils rencontrèrent des peuples autochtones vivant pacifiquement et en harmonie avec la nature.
Ils sont arrivés sous couvert d’un message de paix mais, une fois les richesses de ces peuples découvertes, ils leur ont fait la guerre, les ont réduits en esclavage et se sont emparés de leurs terres et de leurs ressources, les menant finalement au bord de l’anéantissement. Haïti, nation née d’une lutte armée pour chasser ces mêmes colonisateurs, vit aujourd’hui le même scénario. Ils arrivent en amis et en « bons samaritains », pour finalement nous déstabiliser complètement. Et aujourd’hui, ils reviennent avec de beaux discours, une rhétorique grandiloquente et une force internationale, censée nous stabiliser, voire nous « civiliser ». Et pourtant, ce sont eux-mêmes qui, par une campagne d’une agressivité exceptionnelle, ont disloqué toutes les structures de l’État et du pays dans son ensemble. Ils ont engendré une société plus divisée que jamais et instauré une gouvernance qui leur est inconditionnellement soumise.
Ils en ont profité pour piller ou détruire tout ce que nous possédons, qu’il s’agisse de ressources naturelles ou de nos patrimoines bâtis et immatériels. C’est dans ce contexte que l’Organisation des États américains (OEA), institution au service des intérêts impérialistes américains et sous l’influence de l’administration Donald Trump est intervenue une fois de plus afin de nous dicter la marche à suivre pour une quelconque élection envisagée. Selon le Secrétaire général adjoint de l’OEA, qui s’exprimait lors d’une conférence de presse sur Haïti le vendredi 11 septembre 2026 : « Que ce soit au niveau présidentiel, local ou législatif, ma position est très claire : quiconque entretient des liens avec des organisations criminelles ne devrait pas être autorisé à participer aux élections.» Les modalités du système électoral haïtien ne peuvent émaner de l’OEA. Une telle déclaration de la part de cette organisation hémisphérique montre clairement à quel point le pays perd sa souveraineté ; pire encore, personne dans la classe politique haïtienne n’est en mesure d’affirmer le contraire ou de rectifier le tir.
L’OEA ne serait-elle pas tout simplement en train d’enfoncer davantage le pays dans la ruine ? Albert Ramdin n’a nul besoin de suggérer que « la méthode de vérification et de contrôle relève de la responsabilité des autorités haïtiennes ». Il n’a qu’à décider lui-même qui doit participer et qui ne le doit pas en bafouant sans l’ombre d’une doute la dignité de la nation. Certes, l’impérialisme a bel et bien capturé l’État haïtien qui, dans les faits, n’existe plus. Il a cru avoir trouvé une astuce pour manipuler l’opinion nationale d’illusions et de contradictions. Se prépare-t-il à provoquer une sorte de tensions électorales sinon une situation explosive, voire une guerre civile dont les conséquences pourraient anéantir à jamais ce qui fait la force de ce pays : ses habitants ?
Le prétexte qu’ils ont choisi est le phénomène des gangs, un fléau déchaîné sur le pays, tout comme ils ont détruit nos porcs créoles, nos cocotiers et toutes nos entreprises agricoles et industrielles. Qui en Haïti n’a pas de liens avec les gangs, ces organisations dont vous entendez Ramdin parler, sous de faux airs de patriote haïtien ? Tout le monde et pas les moins soupçonnés. Ce sont les États-Unis eux-mêmes qui les ont engendrés dans leurs laboratoires criminels afin de déstabiliser la nation. Ils ont fabriqué le virus et la CIA l’a propagé en payant les médias locaux pour étouffer certaines informations tout en répandant des mensonges à travers certains réseaux de droits humains. Il y a ce mensonge infâme prétendant que les gangs entravent la stabilité du pays ; alors que, c’est précisément pour cela que le virus ait été créé. Ce qu’ils veulent cacher ne pourra l’être éternellement. Nous aimerions que l’OEA nous dise : quelle institution locale ou organisation internationale évoluant dans le pays n’a « aucun » contact avec les gangs ?
Tout d’abord Washington, il a non seulement donné naissance au « monstre », mais à travers de contacts réguliers, il continue de le perpétuer. Les diplomates américains, français, canadiens et ceux de l’Union européenne entretiennent des liens étroits avec ces individus alors même qu’ils les qualifient de bandits. Ils sont en communication constante avec eux, et chargent sans doute certains d’entre eux d’accomplir des actes les plus odieux pour leur compte. À quoi Albert Ramdin faisait-il allusion lorsqu’il a déclaré : « Certains politiciens ont des liens avec des gangs » ? Si le dirigeant de l’OEA s’exprime ainsi aujourd’hui, c’est parce qu’il estime que certains objectifs impérialistes et néocolonialistes ont été atteints. Ainsi, dans l’optique de poursuivre la politique de déstabilisation, il indique : « C’est un fait bien connu. Je ne suis pas en mesure de dire qui, ou, où lesquels. Mais le fait est que cela constitue une préoccupation. »
Lorsque l’on voit Ramdin s’exprimer de la sorte, ce n’est que pour créer un climat de confusion, tout en insinuant : « Mais permettez-moi d’être clair à ce sujet. Je parle ouvertement, et je ne parle pas de tous les politiciens. Il importe donc de préciser qu’il ne s’agit ni de tous les candidats politiques ni de l’ensemble de la classe politique » ; ce discours équilibriste et à la fois insultant, vise tout bonnement à diviser davantage la société haïtienne. Vous n’entendrez jamais ces gens prôner un dialogue national en vue de bâtir un projet national au bénéfice du pays. Leur objectif est de semer la division pour mieux régner et se poser en sauveurs providentiels apportant des solutions erronées. Ce chantage de l’impérialiste, relayé par ses laquais, notamment Albert Ramdim l’un des porte-paroles des complotistes, n’a fait qu’exacerber davantage les tensions.
Le banditisme n’est pas la cause, c’est le résultat de la politique criminelle initiée en Haïti vers les années 80 par le biais du projet néolibéral lancé sous l’administration du président Ronald Reagan. Par ailleurs, nous affirmons aujourd’hui, comme nous le ferons toujours, notre refus de toutes les manigances impérialistes, à commencer par ces élections préfabriquées/annoncées. Si l’on cherche un parti politique dans le pays qui n’ait été impliqué dans la formation de ces gangs et n’ayant des liens avec eux, soyez-en sûrs : il n’existe pas encore !
Les États-Unis ne peuvent être écartés du dossier des gangs en Haïti, ils sont les premiers coupables, le propriétaire absolu et le maître exclusif. C’est la politique d’inégalité sociale, d’exploitation et de domination impérialiste qui engendre ces groupes. Tout ce qu’ils trament sous le faux prétexte de lutter contre eux n’est qu’une manœuvre visant à anéantir les acquis démocratiques obtenus par le peuple haïtien depuis la chute en 1986 du régime dictatorial et sanguinaire des Duvalier.








