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Que devient donc la gauche haïtienne ?

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Certaines personnes sont tellement mécontentes de la détérioration de la situation dans le pays qu’elles ont atteint un point critique où leur frustration les pousse à blâmer le peuple. Elles tiennent la population pour responsable de l’aggravation de la situation, se demandant pourquoi elle ne veut pas s’opposer au gouvernement de transition. Elles laissent presque entendre que c’est parce que le peuple approuve ou soutient le régime. N’est-ce pas là une manière manifestement injuste et simpliste de poser le problème ?

En réalité, ce n’est pas le peuple qu’il faut blâmer, car un peuple ne se soulève jamais spontanément de lui-même. C’est toujours un courant politique ou une organisation qui se mobilise au service d’une cause, en espérant que le peuple y adhère et y voie la défense de ses intérêts et de ses revendications. Très souvent, la population s’en remet à ces dirigeants qui la guident, mais qui, au bout du compte, la mènent au chaos total. Prenons l’exemple de la série de mobilisations contre le gouvernement de Jovenel Moïse : ce n’était pas le peuple qui s’était soulevé contre ce pouvoir ; ce sont des acteurs politiques qui avaient agi, certes en manipulant la population. Le prétexte était bien connu : défendre leurs propres intérêts plutôt que ceux de la population. Ils lui ont fait croire à un projet dont l’issue a révélé qu’il s’agissait d’un pur mensonge. La population est encore profondément déçue par les agissements du Parti dit Secteur démocratique et populaire (SDP) de Me André Michel, qui a menti au peuple, agissements qui, dans une certaine mesure, ont alimenté l’instabilité et l’insécurité. Au point qu’aucune mesure concrète n’a répondu aux revendications populaires.

Un tel déclin ne sera pas oublié de sitôt, rendant difficile le rétablissement de la confiance envers les politiciens. Une telle débâcle n’encouragera pas la population dans son ensemble à agir collectivement ou à élaborer une pensée commune. La population se sent trahie par ces acteurs qui n’ont jamais eu d’autre projet que celui de remplacer les gouvernements tout en poursuivant sur la même voie. Elle a fini par découvrir que les dirigeants politiques haïtiens sont des imposteurs, des traîtres. Il y a eu cette machination fallacieuse appelée « Plan Bolivie », visant à soutenir et à financer tant dans la presse qu’au sein de divers mouvements des actions destinées à mettre le pays à genoux. Voilà où nous en sommes. Comment espérer que le peuple continue de confier son destin à ces dirigeants politiques qui maintiennent un système oligarchique par le biais d’une « élite politique et économique » corrompue et incompétente ?

Si de nombreux opportunistes sont frustrés aujourd’hui, c’est parce qu’ils souhaitent prendre les rênes pour perpétuer leurs pratiques habituelles, tout en croyant à tort que quelques discours ou interventions radiophoniques suffiront à faire descendre le peuple dans la rue et à s’en attribuer le mérite. Ils sont frustrés de voir le peuple rester impassible. Bien souvent, celui qui a porté un coup oublie, mais celui qui en porte les stigmates s’en souvient toujours. Au demeurant, aucun peuple ne se réveille un beau matin pour descendre dans la rue sans qu’une organisation, ni sans une forme de mobilisation aussi modeste soit-elle, n’ait été mise au préalable en place. Les authentiques responsables de cette passivité populaire, sont précisément ceux qui se réclament d’une certaine gauche. Depuis longtemps, ils tiennent des discours creux sans s’engager dans des actions concrètes. Ce sont des individus réfractaires à toute organisation, des loups solitaires, qui ne croient même pas aux idées qu’ils véhiculent.

Vous arrivez à la croisée des chemins politiques ; vous ne savez plus quel camp est à droite ou à gauche, tant les discours et les actions se ressemblent ; ce qui en définitive engendre de la confusion et l’indifférence générale.

Ce que nous avons dans le pays, c’est une gauche fidèle au capitalisme. Les faits sont pourtant difficilement récusables. Chaque jour apporte son lot de témoignages et de pièces à conviction et les démentis courroucés n’y peuvent rien changer. Ce n’est pas sans raison qu’elle est à la traîne de la bourgeoisie et de ses laquais de droite.

Une gauche désunie qui ne semble se mobiliser que pour emboîter le pas à la droite réactionnaire, pro-impérialiste. Elle n’a jamais, ne serait-ce qu’une seule fois, défendu les droits fondamentaux des travailleurs, ni lutté pour mettre fin à la précarité ou même au démantèlement progressif des services sociaux. Récemment, nous les avons vus en masse au sein de la Coalition de l’« Accord de Montana », celle qui a donné naissance, de concert avec l’impérialisme américain, au fantomatique Conseil Présidentiel de Transition (CPT). C’est ainsi que l’on a retrouvé de nombreux militants, se revendiquant de gauche, casés dans les rouages ​​de l’État, non pour y mener un travail politique, mais pour y défendre son beefsteak, un poste dans le gouvernement. Ce type de comportement, loin de servir une cause, détruit l’enthousiasme populaire pour le changement. Le peuple a fini par comprendre que ce que ces politiciens recherchent ne sont guère une transformation profonde, radicale et durable, mais la satisfaction de leur ego ou l’obtention d’un emploi lucratif au sein de cet appareil d’État corrompu qu’ils dénoncent pourtant.

C’est le chaos total qui règne dans le pays. Depuis, certains sont restés fidèles à la politique à l’envers qu’incarne le régime du Premier ministre de fait Alix-Didier Fils-Aimé, tandis que d’autres opportunistes ont opté pour une opposition pacifique, dépourvue de discours ou de positions de fond, espérant voir le peuple se soulever pour pouvoir ensuite le manipuler à leur avantage. Parmi ceux qui prônaient naguère un discours de gauche, beaucoup ont changé de camp et ont même réussi sans le peuple, cessant ainsi de faire partie du camp populaire. Toutefois, les masses laborieuses pour améliorer leurs conditions de vie continuent de lutter sans relâche face à l’exploitation des travailleurs par une classe de privilégiés et la domination impérialiste qui s’enracine davantage.

Aujourd’hui, on peut se demander où se trouve « la gauche haïtienne » : où est-elle ? Que fait-elle ? Quelles sont ses perspectives ? Ce courant reste muet ! En raison de ses compromis, voire ses compromissions, il se retrouve malheureusement dépassé par les événements qui l’ont entraîné dans une chute inexorable. Cette gauche peu convaincante n’a même pas de position officielle sur la situation actuelle ; d’où la nécessité d’une véritable organisation de gauche qui ne conduise pas le peuple à l’abattoir ni ne provoque sa destruction. Ce n’est pas sans raison que Lénine, dans son ouvrage « Que faire », affirmait : « Sans organisation révolutionnaire, pas de politique révolutionnaire ; et sans politique révolutionnaire, pas de révolution. »

 

 

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