Comment un pays peut-il se redresser et avancer dans la bonne direction lorsque le système qui le régit repose sur la confusion, la conspiration et le mensonge ? Le mal profond qui ronge Haïti réside dans le fait que le pays repose sur le bluff et sur une propension au mensonge à tous les niveaux de la société, et plus particulièrement au sein des classes dirigeantes. Au gré de ses intérêts, la bourgeoisie a tissé un écheveau de mensonges et de tromperies, non seulement pour désorienter les masses populaires, mais aussi pour préserver le pouvoir. Rien de ce qu’un représentant de l’État haïtien dit ou fait n’est exempt de dissimulation. En fait, la crise que traverse le pays est soumise à de nombreuses influences trompeuses. Il est logique que, lorsqu’un phénomène repose sur le mensonge, il soit difficile de trouver une solution scientifique capable de l’améliorer ou de le faire progresser.
Depuis longtemps, la classe dirigeante a voulu substituer à la réalité du pays une fiction politique, un montage, un mensonge fabriqué, qu’elle entendait faire passer pour une forme de vérité. Elle dispose d’une presse à sa solde, toujours prête à diffuser les fausses informations élaborées dans ses laboratoires. C’est là une manière de mettre en œuvre sa stratégie politique par le mensonge. Or, le mensonge dénature les relations humaines ; il vide de leur substance le droit, les institutions et même le pouvoir. Ainsi, toute société fondée sur l’inégalité, l’exploitation et l’oppression finit inévitablement par faire du mensonge politique une règle de vie.
En réalité, c’est sur le mensonge que le régime actuel du Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé, mercenaire et traître à la patrie, prétend refaçonner le pays vers la démocratie à travers une transition factice. Pourtant, aucune initiative ne peut mener à une solution viable et fiable si elle ne repose sur la vérité. Le mensonge ne favorise pas l’unité, mais la division. Il nous conduit dans une impasse, allant jusqu’à trahir le principe fondateur de notre nation : « L’union fait la force ».
« Toute société qui ne se nourrit pas de vérité finit par se décomposer. » Le capitalisme infernal, système fondé sur l’exploitation, l’oppression et l’aliénation, en contradiction avec les droits fondamentaux d’égalité, de justice et de raison est précisément bien ancré en Haïti. Car il y trouve tout ce dont il a besoin pour s’étendre, semer le chaos et manipuler les masses opprimées en les maintenant dans l’attente et dans la dépendance. Parallèlement, beaucoup s’enrichissent aux dépens d’autrui, détruisant les autres, voire anéantissant tout sur leur passage. Ce n’est pas un hasard si notre système judiciaire est totalement discrédité : il ne repose pas sur la vérité, mais sur le mensonge pur et simple. La majorité des juges et des avocats tirent leurs revenus du mensonge. Face à une telle calamité, quel avenir espérer pour ce pays qui sombre chaque jour davantage dans l’abîme du mensonge ?
À tel point que certains observateurs s’interrogent sur notre trajectoire, alors que rien ne semble fonctionner. La raison en est simple : chacun ne défend que ses propres intérêts. La question de l’intérêt collectif est la préoccupation cadette de bien des gens, même lorsqu’ils agissent au sein d’un groupe. C’est leur propre « moi » qui prime toujours lorsqu’il s’agit de défendre ou de promouvoir leurs intérêts. Le mensonge n’est jamais anodin. Une organisation qui ment est souvent vue d’un bon œil par les impérialistes, qui préfèrent collaborer avec elle plutôt que ceux qui disent la vérité. On peut citer en exemple le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) qui, pour soutirer de l’argent, a accumulé de faux rapports contre des personnalités politiques et même de simples particuliers. Cette organisation est allée jusqu’à accuser un président de la République de massacrer sa population, allant même jusqu’à émettre un mandat d’arrêt à son encontre. Pire ce mensonge a été bel et bien avalé !
Il s’agit d’une hypocrisie massive, de trahisons multiples et d’autres complots dont le pays est toujours victime. Dans une note conjointe datée du 27 août, plusieurs organisations réclament « une contre-offensive militaire et policière coordonnée et soutenue ». Pourtant, la plupart des signataires de cette note sont d’anciens membres du Secteur démocratique et populaire (SDP) en quête de blanchiment politique, alors même qu’ils sont à l’origine de la prolifération du banditisme, de l’insécurité, des enlèvements et d’assassinats. L’ancien sénateur John Joël Joseph, condamné à la réclusion à perpétuité par un tribunal de Miami, a dit toute la vérité devant cette juridiction. Ces remarques ne viennent pas d’un détracteur, mais d’un membre du SDP.
Dans la même veine, les États-Unis, en leur qualité de défenseurs des « droits démocratiques » se leurrent tristement lorsqu’ils qualifient aujourd’hui les gangs de terroristes. Oubliant sans doute, que le premier groupe de ce genre, le FRAHP d’Emmanuel Constant, ait été formé par eux, lors du coup d’État de 1991. Et à l’instigation de la CIA, plus de 3 000 personnes ont été assassinées dans les quartiers populaires.
Nous sommes à la croisée des chemins, là où il est plus commode pour les dirigeants d’agir dans le mensonge plutôt que dans la vérité. C’est pourquoi la population ne fait pas confiance à ces entités, sachant pertinemment qu’elles ne fonctionnent que par le bluff. La plupart des dirigeants politiques, pour ne pas dire tous, sont des imposteurs qui bâtissent leur avenir politique sur de fausses promesses faites à la population. Cela engendre une crise de confiance des masses envers ces partis politiques.
« Le mensonge est un poison qui finit par tuer la société qui s’y abandonne », nous a enseigné Alexandre Soljenitsyne. De fait, le mensonge a été utilisé au sein d’un mouvement d’opposition populaire pour déstabiliser le président Jovenel Moïse ainsi que le pays. À l’inverse, aujourd’hui, c’est le silence total, rien n’est dit sur la complicité tacite du gouvernement ayant facilité l’attaque meurtrière de Kenscoff, liée à une divergence d’intérêts entre le maire et l’inspecteur de police de la commune. Le verdict du pouvoir : tous les troubles susceptibles d’entraver les élections qu’il est censé organiser seraient les bienvenus.
Les crises ne surgissent pas d’elles-mêmes. Face à l’insécurité croissante, pourquoi n-a-t-on jamais cherché à savoir d’où elle provenait, ni comment elle a pu envahir le pays, sans qu’aucune enquête sérieuse ne soit menée à la suite de tels méfaits pour punir les véritables auteurs? Aujourd’hui encore, le pays attend le résultat de l’enquête sur l’incendie et la destruction en 2025 de l’hôtel Oloffson à Port-au-Prince.
La réponse est simple: ce sont toujours les mêmes agents criminels qui créent les crises de déstabilisations. Aucune enquête de leur part ne mènera à rien, car ils n’atteindront jamais le stade de la dénonciation ; au contraire, ils continueront à répandre une propagande mensongère pour induire en erreur l’opinion nationale et internationale, afin que les véritables coupables ne soient jamais punis.
Le pays ne peut plus continuer à être dirigé sur la base de mensonges servant les intérêts d’une poignée d’individus. La crise va inévitablement s’aggraver ; il ne peut en être autrement tant que nous ne démantèlerons pas les régimes corrompus du capitalisme pour bâtir un pays plus juste, débarrassé du mensonge et tourné vers un avenir commun où prévaudront la justice, la paix et l’égalité pour tous.








