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Quel avenir pour Haïti ?

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Depuis l’occupation américaine d’Haïti, qui s’est mué en une domination impérialiste du pays jusqu’à aujourd’hui, une question se pose : le pays doit-il continuer ainsi jusqu’à sa disparition, ou faut-il agir pour sortir de l’impasse barbare d’un système capitaliste en décrépitude, qui n’offre à la jeunesse d’autres perspectives d’avenir que la misère ?

Comme tout citoyen conscient peut le constater, la situation du pays s’assombrit de jour en jour ; il n’y a ni État, ni gouvernement, ni structure mise en place pour garantir un avenir meilleur au peuple haïtien. Le pouvoir de transition actuel est un régime fasciste aux mains des États-Unis, totalement déconnecté de la réalité vécue par la population. Cette transition capitaliste n’a fondamentalement rien changé ; elle continue de mener la société haïtienne vers sa perte totale.

Il s’agit d’une politique de fausses promesses visant à briser la résistance populaire, émanant d’un gouvernement soumis à la dictature du capital financier et responsable de la catastrophe actuelle faite de faim, d’insécurité et de destruction environnementale. Des forces d’invasion et des mercenaires ont été déployés sous le commandement d’Eric Prince, un ancien officier des forces spéciales proche de Donald Trump qui gère notamment des services douaniers à des fins lucratives. Ce qui se joue actuellement en Haïti est une entreprise manifestement au service de Trump et de Prince.

Après avoir englouti une fortune dans la police kényane, dont l’échec dans la lutte contre les gangs est déjà patent, Washington se tourne désormais vers la FRG (Force de répression des gangs). Réalisant que cette mission aboutira au même fiasco, il envisage maintenant de refonder les Forces armées d’Haïti, qu’il avait pourtant humiliées, dégradées, méprisées et jugées inutiles. Ce sont d’ailleurs les États-Unis qui avaient ordonné au président Jean-Bertrand Aristide de démanteler l’armée haïtienne en 1994 afin de mieux mener à bien cette forfaiture. Existe-t-il un acte plus insensé que celui-là ? Surtout s’agissant de l’« Armée indigène » nom qu’elle portait lors de la révolution antiesclavagiste et anticoloniale, lorsqu’elle a combattu pour l’indépendance et la liberté d’Haïti. L’armée qui a donné naissance au pays souverain fut dissoute durant l’occupation d’Haïti par les États-Unis en 1915 et remplacée par la Gendarmerie haïtienne, formée et dirigée par les Américains. Après cette occupation humiliante, elle fut rebaptisée « Garde d’Haïti » en 1934. Puis, en 1947, elle prit le nom d’«Armée d’Haïti» et, enfin, en 1958, sous le régime duvaliériste, elle adopta la dénomination de «Forces armées d’Haïti ».

Les présidents Préval, Martelly et Moïse avaient tous sollicité l’aide de la Révolution bolivarienne du Venezuela pour remobiliser les Forces armées d’Haïti, mais les États-Unis s’y étaient catégoriquement opposés, restant inflexibles : «Haïti n’a pas besoin d’armée !» Seul le président Jovenel Moïse a agi en chef d’État cohérent, en rétablissant l’embryon d’armée, bien que dérisoire, que nous servons aujourd’hui. On peut se demander si cet acte de rébellion ne figure pas parmi les motifs de son assassinat, survenu le 7 juillet 2021.

C’est une ironie inattendue : ce régime de transition, soutenu par les États-Unis, a décidé par l’intermédiaire du ministère de la Défense d’organiser, le vendredi 21 août 2026 à l’hôtel Karibe, un forum de trois jours consacrés à la défense et à la sécurité nationales, autour du thème : « Quelle armée pour Haïti ? ». Lors de l’ouverture de ces assises, le Premier ministre de facto Alix Didier Fils-Aimé a répondu d’emblée à la question posée par la conférence : « Je répondrai dès le départ : celle qu’exige une République moderne, souveraine et respectée. » 

Cette rhétorique n’est qu’un paravent ; avec des dirigeants aussi inféodés à l’impérialisme américain, cette armée ne sera rien d’autre qu’un instrument de répression de masse, une force d’occupation ou un outil de domination supplémentaire au service des puissances de tutelle. Le comble du cynisme est que ces individus issus de la classe dirigeante n’ont ni l’idée ni la capacité de mettre sur pied une armée patriotique, une armée qui défendrait les intérêts du pays et du peuple. S’il existe un véritable consensus en faveur du retour de l’armée, c’est parce qu’elle est jugée nécessaire pour rétablir une certaine sécurité et faire face à l’insécurité ambiante. L’objectif de cette politique est de présenter l’armée comme une solution à la crise multidimensionnelle qui a engendré toutes sortes d’insécurités dans le pays, tout en servant de prétexte cruel pour intimider les masses en lutte. Cette vision des choses est bien trop simpliste et pernicieuse.

Il s’agit d’une manœuvre réactionnaire visant à éviter la recherche de la véritable solution, à savoir s’attaquer à la source réelle de l’insécurité : la politique économique erronée mise en œuvre par les classes dirigeantes. Par ailleurs, la sociologie haïtienne ne permettra pas de disposer d’une force armée progressiste sans une transformation sociale de notre société, victime de plus d’un siècle de crimes commis par l’impérialisme américain. La seule voie que suit actuellement le pays est pourtant celle d’une démagogie extrême. Sans changements structurels fondamentaux – la tête du poisson étant déjà pourrie -, rien ne pourra empêcher le reste d’être contaminé. Si nous ne voyons pas que tout est en train de s’effondrer, c’est parce qu’il s’agit objectivement d’un jeu auquel l’État se livre pour le compte des puissances réactionnaires.

L’avenir politique d’Haïti ne s’éclaircira ni par les élections prévues ni par le rétablissement officiel des forces armées d’Haïti. C’est le poison distillé par certains propagandistes du pouvoir.  Nous ne nous reconnaissons pas dans ces nostalgiques, et nul ne peut nous tromper avec de tels arguments.  Les solutions aux problèmes du pays ne viendront ni des gouvernements corrompus présents ou futurs ni de l’impérialisme américain. Dans ces conditions, n’est-il pas important de se rappeler qu’il faut remédier à ces maux pour bâtir un avenir meilleur ?  Ce sont des éléments déterminants qui expliquent la situation dramatique existant dans le pays. Il y a la domination brutale et insidieuse de l’impérialisme. Il y a l’exploitation à outrance de l’homme par l’homme et le pillage des richesses nationales. Il y a les inégalités et l’exclusion sociale, base d’appui aux nombreuses agressions contre les masses opprimées. Pour la conquête de nos droits légitimes, tant que nous ne nous organiserons pas face à l’ennemi qui se présente comme l’«ami» du pays, nous resterons condamnés à subir d’amères déceptions.

Non à l’agression impérialiste et à la restauration capitaliste dans le pays ! L’avenir appartient au socialisme qui permettra l’épanouissement de tous ! Organisons-nous dans cette optique pour la liberté, la paix et la victoire du peuple haïtien !

 

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