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Plus de 1 200 morts dans des attaques de drones en moins d’un an

Un rapport récent indique que des attaques de drones menées par le gouvernement haïtien et une entreprise privée ont causé la mort de plus d'une douzaine d'enfants.

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Un rapport récent de Human Rights Watch (HRW) indique que des attaques de drones menées par le gouvernement haïtien et une entreprise privée ont causé la mort de plus d'une douzaine d'enfants.

Des dizaines d’enfants sont morts dans des attaques de drones en Haïti au cours de l’année écoulée, selon un rapport publié par Human Rights Watch (HRW) le 10 mars. Ce rapport met en lumière les opérations controversées menées par les forces de sécurité haïtiennes, en collaboration avec des entreprises privées, dans leur lutte contre les groupes criminels.

Le rapport indique qu’entre mars 2025 et janvier 2026, au moins 1 243 personnes ont été tuées lors de frappes de drones, qualifiées d’« exécutions extrajudiciaires délibérées », et 738 ont été blessées. Au moins 17 enfants ont péri dans ces attaques.

Juanita Goebertus, directrice du programme Amériques de Human Rights Watch, a déclaré : « Des civils, dont de nombreux enfants, ont été tués et blessés lors de ces opérations meurtrières menées par des drones.»

Des enfants assassinés dans le quartier populaire de Simon Pelé par des drones explosifs

Elle a ajouté : « Les autorités haïtiennes doivent d’urgence contrôler les forces de sécurité et les entreprises privées qui travaillent pour elles avant que d’autres enfants ne soient tués.» Bon nombre des 141 opérations documentées dans le rapport ont été menées « avec des drones quadricoptères armés d’explosifs dans des zones urbaines densément peuplées ».

Selon le Bureau intégré des Nations Unies en Haïti (BINUH), les drones ont été largement utilisés lors d’opérations menées par les forces haïtiennes et la société militaire privée Vectus Global, liée au mercenaire Erik Prince. Selon l’ambassadeur des États-Unis en Haïti, le département d’État américain a accordé à cette entreprise privée une licence pour exporter ses services vers Haïti. Du côté haïtien, le Premier ministre de l’époque, Alix Didier Fils-Aimé, a autorisé Vectus Global à opérer dans le pays.

Un enfant tué par un drone explosif le 20 septembre 2025

Parmi les différents témoignages recueillis par Human Rights Watch figure celui d’une attaque au cours de laquelle plusieurs enfants auraient été tués : « Lors de l’attaque du 20 septembre, un drone chargé d’un engin explosif a explosé près du complexe sportif et culturel Nan Pak, dans le quartier Simon Pelé de Port-au-Prince, la capitale, où des enfants s’étaient rassemblés pour la distribution de cadeaux par le groupe criminel Simon Pelé.» Human Rights Watch a constaté que 10 personnes non affiliées à des groupes criminels ont été tuées, dont neuf enfants âgés de trois à douze ans.

Malgré le nombre alarmant de victimes civiles, les frappes de drones semblent être en augmentation. Entre novembre 2025 et janvier 2026, 57 frappes de drones ont été recensées, soit près du double du nombre enregistré entre août et octobre 2025. Ainsi, près de 40 % des décès sont survenus entre décembre 2025 et janvier 2026. « Les vidéos montrent l’utilisation répétée de drones chargés d’explosifs pour cibler des véhicules et des personnes, dont certaines étaient armées, mais aucune ne semblait se livrer à des actes de violence ou représenter une menace imminente pour la vie. Ces vidéos renforcent l’impression que nombre de ces frappes de drones sont des tentatives d’assassinats ciblés et extrajudiciaires, plutôt qu’une intervention policière justifiant l’usage délibéré et létal de la force », indique le rapport.

Une fillette en uniforme blessée aussi bien que son père

Par ailleurs, le rapport exige : « Les autorités doivent garantir la transparence et l’obligation de rendre des comptes pour tout homicide illégal résultant d’opérations de sécurité, et mener des enquêtes rapides, approfondies et indépendantes afin de révéler, dans toute la mesure du possible, le nombre et l’identité des victimes, et d’offrir une réparation adéquate en cas de violations. »

Volker Türk, Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, a fait écho à ces critiques, déclarant que le recours à la force contre les gangs en Haïti était « inutile, disproportionné et probablement une violation du droit international ».

L’échec des occupations internationales

L’annonce des attaques de drones constitue le dernier épisode des tentatives, soutenues par les États-Unis, de recourir à la violence pour résoudre la profonde crise qui secoue Haïti. En 2021, la crise sécuritaire en Haïti a connu une escalade dramatique avec l’assassinat du président Jovenel Moïse par des mercenaires étrangers. Depuis lors, Haïti n’a pas pu organiser d’élections et aucun des dirigeants intérimaires n’a été en mesure de maîtriser la crise grandissante, qui a entraîné une forte augmentation du nombre de gangs et de groupes criminels utilisant la violence pour asseoir leur emprise sur un territoire en constante expansion. Selon un rapport de l’Organisation internationale pour les migrations (OIM), plus de 1,4 million de personnes ont été déplacées d’ici 2025.

Le mercenaire Erik Prince (Vectus Global) est lié à Donald Trump.

Face à la crise croissante en Haïti, plusieurs États membres de l’ONU ont proposé une solution qui, bien qu’essayée, s’est finalement soldée par un échec : la création d’une force de sécurité multinationale chargée de « rétablir l’ordre » dans le pays. Alors que les précédentes missions de l’ONU, telles que la MINUSTAH et la MINUJUSTH, ont fait l’objet d’un examen minutieux et de critiques en raison de violations documentées des droits de l’homme et d’accusations selon lesquelles elles seraient responsables de l’introduction du choléra en Haïti, cette approche a de nouveau été mise à l’épreuve.

La Mission multinationale d’appui à la sécurité (MSS) a été autorisée par le Conseil de sécurité de l’ONU en octobre 2023 et était composée principalement de policiers kényans, malgré une forte opposition de la société civile kényane. Cette mission a une fois de plus échoué dans sa tentative de « stabiliser » le pays par une occupation militaire étrangère et, à présent, la MSS est retirée pour être remplacée par une autre force, censée disposer de pouvoirs et de capacités accrus : la Force de répression des gangs (GSF), soutenue par le Panama et les États-Unis.

Peoples Dispatch
13 mars 2026

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