
Le lundi 17 mars, des étudiants de la Faculté de Médecine et de Pharmacie de l’Université d’État d’Haïti (UEH) ont tenu une conférence de presse afin d’apporter des explications à la population — et plus particulièrement pour l’informer — au sujet de l’hôpital général, fermé depuis février 2024. Or, le gouvernement de transition n’a manifesté aucun signe d’intérêt à l’égard de la Santé de la population. Le ministre de la Santé et de la population Dr Bertrand Sinal, on vient de le reconduire, mais qu’est-ce qu’il est en train d’entreprendre pour améliorer le sort de la population pauvre ?
Ainsi, au cours de cette conférence, les étudiants ont exigé la réouverture de l’hôpital. Il s’agissait du seul lieu, dans la capitale, où la population pouvait accéder à des soins médicaux. Les jeunes médecins savent à qui ils ont affaire à la tête de l’Etat du pays. Des irresponsables dont leur seul point fort est de piller les fonds publics.
Ils en ont profité pour annoncer une campagne de mobilisation qu’ils entameront, une grande marche pacifique, le 18 mars à partir de 10hrs du matin. Rassemblement devant le Rectorat de l’Université d’État d’Haïti à la ruelle Rivière pour aboutir à la Primature pour faire valoir leur revendication. Aux yeux des étudiants, il s’agit d’une situation d’une extrême gravité, lourde de conséquences pour la santé des populations défavorisées dont la majorité est sans emploi et n’ont pas les moyens de se rendre dans un hôpital privé.

Autre point important qu’ils aient soulevé : de nombreux jeunes médecins, fraîchement diplômés, n’ont aucun lieu où effectuer leurs stages pratiques. De ce fait, ils risquent de devenir des médecins inaptes à l’exercice de leur profession. C’est traditionnellement au sein des hôpitaux généraux — là où la plupart des médecins ont toujours fait leurs armes — qu’ils acquièrent l’expérience et mettent en pratique les connaissances acquises durant leur formation.
Ils ont également saisi cette occasion pour rappeler qu’un accord avait été signé entre des représentants du gouvernement — vraisemblablement le ministère de la Santé — et leur propre délégation ; cet accord laissait entendre que l’hôpital ferait l’objet d’un transfert vers un autre site. Après avoir sans cesse repoussé la date des travaux de rénovation — une promesse qui n’en finit plus de traîner en longueur —, les autorités évoquent désormais un projet de délocalisation. À l’instar des universités ou des tribunaux, que l’on prétend vouloir déplacer, cette nouvelle annonce semble n’être qu’une parole en l’air, dénuée de tout fondement. Qui pis est « plusieurs mois après la signature de cet accord, aucune action concrète n’a été mise en œuvre » dénoncent les médecins stagiaires.
Il est consternant de constater que ce soit la jeunesse qui doive exhorter les autorités à ouvrir des hôpitaux ; c’est un peu comme si elle leur disait : « Cessez de piller le pays ; réparez-le plutôt ! » Apportez de l’électricité au pays, assurez les services essentiels, afin que les citoyens puissent avoir le sentiment de vivre véritablement dans une nation digne de ce nom. Tout le monde, dans ce pays, ne dispose pas des mêmes moyens financiers, surtout d’un visa nécessaire pour aller se faire soigner à l’étranger. Alors, ouvrons les institutions de l’État ! »

Messieurs les dirigeants, les étudiants ne peuvent plus attendre ; ils ont bien compris qu’on tentait de les duper. Ils ont par ailleurs annoncé que, ce mercredi 18 mars, ils iraient exprimer leur colère devant la Primature. Nous espérons qu’on ne leur accueille pas avec du gaz lacrymogène de la police nationale pour les disperser de façon à les empêcher de revendiquer leurs droits.
Il est temps que ce gouvernement de bourgeois qui signent des contrats à des firmes étrangers pour la construction de nouvelles prisons déclare aux jeunes ce qu’il compte faire du moins avec l’hôpital général. Le peuple n’a pas soif de prisons mais de centres de santé.
Il semblerait même que le gouvernement ignore quand l’hôpital pourrait ouvrir ses portes. S’il devait être relocalisé, où exactement ? Dans quel lieu, dans quel quartier ? Si cela était vrai, les autorités concernées en feraient déjà la propagande ; puisqu’on n’a rien entendu à ce sujet, c’est que les fonds destinés à cette relocalisation ont déjà été dépensés. Ils attendront le prochain budget pour pouvoir trouver de nouvelles ressources financières.
Nous soutenons cette initiative des jeunes médecins ; cette mobilisation pourrait faciliter la reprise des soins et contribuer à désengorger un système de santé déjà sévèrement fragilisé. Voilà l’état actuel du pays, c’est la jeunesse qui court après les puissants de l’État pour leur dire : cessez de mentir, cessez de piller, passez des promesses aux actes afin de garantir à la population un meilleur accès aux soins et de permettre aux futurs médecins de poursuivre leur formation dans de bonnes conditions.








