L’invasion de l’Ukraine: à qui la faute?

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Sphères d’influence US et russe -- Oncle Sam à l’ours russe: Eh! Pour qui te prends-tu?

(English version)

Pour eux, la politique importe, pas les peuples

“L’objectif de la Russie n’est pas de détruire l’Ukraine ‑ ceci pourrait être accompli à tout moment. Au contraire, l’objectif de la Russie est de détruire l’OTAN en exposant son impuissance”

              Scott Ritter , ancien militaire US et inspecteur nucléaire de l’ONU en Irak

60.000 soldats et plus de 800 tanks, fortement soutenus par des avions, des hélicoptères d’attaque, de l’artillerie et des bateaux lance‑missiles, ont traversé la frontière à trois endroits. Le but est de déloger l’ennemi et d’avoir un régime souverain et indépendant à… Beyrouth. Oui, c’était le 6 juin 1982 et l’opération a été baptisée “Opération Paix pour la Galilée” par Israël et “Invasion” par le Liban, et l’occupation a duré jusqu’en 2000.

L’ancien secrétaire d’État Henry Kissinger a défendu l’opération israélienne: “Aucun État souverain ne peut tolérer indéfiniment le déploiement le long de ses frontières d’une force militaire vouée à sa destruction” (Washington Post, 16 juin 1982).

Mais la population occupée était arabe et l’agresseur était le plus fidèle allié et protégé des États‑Unis, de sorte que le monde s’est rapidement désintéressé de la guerre, de même lorsqu’Israël avait capturé Jérusalem‑Est et la Cisjordanie en 1967.

C’était le résultat d’un siècle de frictions entre Juifs et Arabes, sur une terre torturée, gouvernée pendant des millénaires par une série d’impérialistes, Romains, Byzantins, premiers califats arabes, Croisés, Mamelouks musulmans, empire ottoman, et enfin la France et l’Angleterre, cette dernière étant maître en matière de: “Diviser pour conquérir”.

En Ukraine aussi, nous avons une terre torturée, successivement gouvernée par la Horde d’Or mongole, l’Ancienne Grande Bulgarie, le Commonwealth polono‑lituanien, le Khanat de Crimée, l’empire austro‑hongrois, l’empire ottoman, l’Hetmanat cosaque, le Tsar de Russie et l’URSS. Puis elle a été partagée entre la Pologne et l’Empire russe, puis elle a uni un Est ethnique russe à un Ouest fasciste qui a participé avec les Nazis à l’extermination de 1,5 million de Juifs et de 100.000 civils polonais pendant la Seconde Guerre mondiale. Un vaste territoire qui a vu trois invasions, la dernière étant celle des Nazis en route vers Stalingrad.

Pour ne prendre qu’une année, 1919, “le chaos total a englouti l’Ukraine. En effet, dans l’histoire moderne de l’Europe, aucun pays n’a connu une anarchie aussi complète, une guerre civile amère et un effondrement total de l’autorité de l’Ukraine à cette époque. Six armées différentes – les Ukrainiens, les Bolcheviks, les Blancs, l’Entente, les Polonais et les anarchistes – opéraient sur son territoire. Kiev a changé de mains cinq fois en moins d’un an”, comme l’a décrit le chercheur canadien Orest Subtelny, spécialiste de l’Ukraine.

la première question en politique étrangère est: Quels sont les intérêts des États‑Unis?

Si on regarde une carte et l’histoire, le mouvement géopolitique actuel est limpide. Le 9 février 1990, à l’époque de l’éclatement de l’Union soviétique, le secrétaire d’État étatsunien sous Bush I, James Baker, a promis au président de l’URSS Mikhaïl Gorbatchev que “la juridiction de l’OTAN ne se déplacerait pas d’un pouce vers l’est par rapport à sa position actuelle”, et le dernier dirigeant soviétique a répondu : “toute extension de la zone de l’OTAN serait inacceptable”. Depuis lors, le pouce est passé à 2.200 km en un croissant le long de la frontière sud de la Russie, alors que l’OTAN entrait dans presque tous les anciens pays d’Europe de l’Est: République tchèque (1999), Hongrie (1999), Pologne (1999), Bulgarie (2004), Estonie (2004), Lettonie (2004), Lituanie (2004), Roumanie (2004), Slovaquie (2004), Slovénie (2004 ), Albanie (2009) Croatie (2009), Monténégro (2017), Macédoine du Nord (2020).

C’est maintenant un vieux cliché que de poser la question rhétorique de savoir ce que feraient les États‑Unis si la Russie installait des bases militaires au Mexique, et de rappeler la crise des missiles cubains de 1962 (qui, soit dit en passant, était une réponse de la Russie au déploiement par les États‑Unis de missiles balistiques Jupiter ‑ le premier à être armé nucléaire ‑ en Italie et en Turquie l’année précédente).

Incidemment, les États‑Unis encerclent également la Chine avec de nouvelles alliances et exercices militaires, de l’Inde au Japon en passant par la Thaïlande et le Vietnam, et bien sûr l’Australie dans le cadre de la traditionnelle “Five Eyes”, l’alliance anglosphère de renseignements comprenant l’Australie, le Canada, la Nouvelle‑Zélande, l=Angleterre et les États‑Unis.

En Ukraine, cela ne se limite en aucun cas à l’OTAN. Lorsque j’étais étudiant en affaires internationales dans une grande université étatsunienne, dans le cours de politique étrangère des Etats-Unis – enseigné par l’américano‑polonais Zbigniew Brzezinski, alors conseiller à la sécurité nationale du président Jimmy Carter – la première et primordiale question qui était posée était: Quels sont les intérêts des États‑Unis? Dans ce cas-ci, la Russie n’est pas la cible principale. Les États‑Unis veulent garder le contrôle de l’ensemble de l’Europe, dominer leur agenda et ainsi maintenir l’Union Européenne et la Russie hostiles l’une à l’autre.

Alors que le monde occidental a lers yeux fixé sur les victimes et les sanctions.

En 1990, Gorbatchev et l’Union Soviétique avaient voulu “une Europe centrale et orientale démilitarisée pour servir de pont neutre entre l’Est et l’Ouest” et contribuer au maintien de la paix. Mais les États‑Unis étaient totalement opposés à cette idée. “Ces projets auraient amoindri le rôle moteur des États‑Unis en Europe, alors que la perpétuation de l’alliance atlantique le maintiendrait”, dit Mary Elise Sarotte de Harvard et de la John Hopkins School of Advanced International Study à Washington.

c’est la résistance de la Yougoslavie au néolibéralisme ‑ et non le sort des Kosovars ‑ qui explique la guerre de l’OTAN

Ils ont fait de même dans l’ex‑Yougoslavie (qui existait en 1919‑1992), bombardant le pays et sa capitale Belgrade par l’OTAN, sans autorisation de l’ONU, pendant 2 mois et demi (du 24 mars au 10 juin 1999) sous prétexte de mettre fin au nettoyage ethnique des Kosovars par Slobodan Milosevic, président de la République fédérale de Yougoslavie (État croupion formé par la Serbie et le Monténégro, 1992‑2006). Strobe Talbott, le sous‑secrétaire d’État sous le président Clinton et le principal négociateur étatsunien pendant la guerre, a écrit que “c’est la résistance de la Yougoslavie aux tendances plus larges de réforme politique et économique ‑ et non le sort des Albanais du Kosovo ‑ qui explique le mieux la guerre de l’OTAN”. Comme l’a dit le directeur des communications de Talbott, John Norris, dans son livre en 2005 “Collision: NATO, les Russes et le Kosovo”: “le véritable objectif de la guerre n’avait rien à voir avec les Albanais du Kosovo. C’était parce que [la Yougoslavie/Serbie] était le dernier coin d’Europe qui ne s’était pas subordonné aux programmes néolibéraux dirigés par les États‑Unis, donc elle devait être éliminée”.

L’Ukraine était, avec la Biélorussie, l’un des deux seuls anciens satellites soviétiques non engloutis par l’OTAN. En 2010, les Ukrainiens ont élu le président Viktor Ianoukovitch, un russophone originaire de l’est de l’Ukraine. Il a immédiatement déclaré que “l’Ukraine devrait être non alignée et servir de pont entre la Russie et l’Europe”, et en outre, qu’il était “prêt à examiner une initiative du président russe Dmitri Medvedev sur la création d’un nouveau système européen de sécurité collective”.

Les protestations de 2013-14 étaient extrêmement violentes, menées par des éléments néo-nazis bien armés et décidés à abattre le président démocratiquement élu Ianoukovitch.

En novembre 2013, il a refusé l’accord d’association Union européenne‑Ukraine et a recherché des liens économiques plus étroits avec la Russie et l’Union économique eurasienne qui offraient à l’Ukraine de meilleures conditions. Peu de temps après, les manifestations massives très médiatisées de la place Maydan ont éclaté et se sont poursuivies jusqu’en janvier 2014. Tout le processus d’infiltration fascisto-étatsunienne est très minutieusement décrit dans le documentaire “Ukraine on Fire” du bien connu metteur en scène étatsunien Oliver Stone. Les dirigeants fascistes des partis d’opposition Svoboda (Union pan‑ukrainienne “Liberté”) et Batkivshchyna (Union pan‑ukrainienne “Patrie”), tout comme le sénateur républicain étatsunien John McCain, l’ambassadeur des Etats-Unis Geoffrey Pyatt et la sous‑secrétaire d’État étatsunienne Victoria Nuland s’adressaient régulièrement à la foule et l’excitaient. C’est alors qu’une conversation téléphonique entre ces deux derniers hauts responsables étatsuniens a été divulguée, dans laquelle ils discutaient de qui pourrait remplacer Ianoukovitch. Un nom mentionné était Arseni Iatseniouk, qui est devenu le Premier ministre par intérim de l’Ukraine. Les manifestations sont devenues de plus en plus violentes et destructrices jusqu’à ce que Ianoukovitch s’enfuie en Russie en février 2014. Dès novembre 2011, Ianoukovitch avait affirmé que “des armes sont achetées dans le pays et des attaques armées contre des agences gouvernementales sont en préparation”. Un président et un gouvernement par intérim pro‑occidentaux ont été mis en place et ont signé le traité de l’UE dès mars 2014. Le nouveau président Petro Porochenko a signé la partie économique en juin 2014, la décrivant comme la “première mais la plus décisive étape” de l’Ukraine vers l’adhésion à l’UE.

En mars 2014, avec son seul port militaire en mer chaude et sans glace se trouvant à Sébastopol, en Crimée, la Russie a pris le contrôle de la péninsule et a organisé un référendum au cours duquel la population majoritairement d’origine russe, craignant les éléments néo‑nazis du nouveau régime ukrainien ainsi qu’une tentative du parlement ukrainien d’abroger une loi linguistique qui avait donné au russe le statut de langue régionale, a voté à 97,5 % pour l’adhésion à la Fédération de Russie. De même, les oblasts ukrainiens de l’est de Donetsk et Louhansk, principalement habités par des Ukrainiens de souche russe, ont déclaré leur indépendance et reçu le soutien de la Russie.

A l’inverse, Nuland elle‑même a estimé que “les États‑Unis avaient investi plus de 5 milliards de dollars depuis 1991 pour aider l’Ukraine à réaliser ‘l’avenir qu’elle mérite'”, par le biais du NED, le National Endowment for Democracy, une organisation prétendant promouvoir la démocratie (soit un régime au goût de Washington) financé par le Congrès étatsunien via l’Agence d’information des États‑Unis (USIA). Jusqu’au coup d’État de 2014, la NED avait financé 60 projets en Ukraine pour l’opposition, et son président, Carl Gershman, avait qualifié le pays de “plus grand trophée”, ainsi que l’a rapporté le professeur John J. Mearsheimer dans la revue Foreign Affairs.

la CIA forme des forces spéciales ukrainiennes dans une installation secrète aux États‑Unis

Nous apprenons maintenant que, depuis au moins 2015, la CIA “forme des forces spéciales ukrainiennes et des officiers du renseignement dans une installation secrète aux États‑Unis”, comme l’a rapporté dans le Los Angeles Times Jeff Rogg, historien du renseignement étatsunien et professeur au Département d’études du renseignement et de la sécurité à la Citadelle.

Depuis lors, les combats se sont poursuivis entre l’armée ukrainienne et les bataillons néo‑nazis, d’une part, et les insurgés soutenus par la Russie dans les républiques autoproclamées de Donetsk et Louhansk dans la région du Dombas oriental. En 2019, l’ancien comédien Volodymyr Zelenskyy ‑ financé par des oligarques opposés au président Porochenko ‑ a été élu sur la promesse de nettoyer la forte corruption des politiciens et des oligarques, l’Ukraine se classant deuxième en Europe ‑ après la Russie ‑ en termes de corruption. Il soutient pleinement l’adhésion à la fois à l’UE et à l’OTAN. Et pendant cette invasion, il demande à devenir membre de l’UE. Ce dimanche, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, a exprimé son soutien à l’adhésion de l’Ukraine à l’UE dans le cadre d’un processus simplifié et accéléré ‑ après des décennies passées à retarder l’entrée de la Turquie et des États balkaniques de la Serbie, de la Macédoine du Nord et de l’Albanie dans l’Union!

Membres du bataillon ukrainien néo-nazi Azov qui combat les républiques de Donetsk et Louhansk, habitées par des Ukrainiens de souche russe et ayant déclaré leur indépendance et reçu le soutien de la Russie.

Depuis 2008, lorsque les dirigeants de l’OTAN ont publié une déclaration lors de leur sommet de Bucarest, en Roumanie, affirmant que l’Ukraine et la Géorgie “deviendront membres de l’OTAN”, la Russie demande à l’OTAN de s’engager à ne pas poursuivre cette voie et à apaiser ses préoccupations en matière de sécurité. Engagement cette fois par écrit, pas comme les promesses orales avec Gorbachev en 1990, bien qu’on a vu que les Etats-Unis ne respectent même pas des traités comme le nucléaire avec l’Iran.

Après de nombreux avertissements sur le danger, on allume un feu puis on appelle au secours.

De nombreuses voix ont mis en garde les États‑Unis et l’OTAN depuis des décennies, à commencer par Henry Kissinger, le secrétaire d’État et conseiller à la sécurité nationale de Nixon, qui déclarait en 2015 que: “Toutes ces questions auraient dû faire l’objet d’un dialogue avec la Russie. Ceci va à l’encontre de la plupart des voix occidentales qui appellent à un dialogue entre la Russie et l’Ukraine, alors qu’il s’agit d’une question beaucoup plus globale.

Kissinger aurait également voulu que l’Ukraine soit un État tampon, au moins neutre. “Si l’Ukraine veut survivre et prospérer, elle ne doit pas être l’avant‑poste de l’un contre l’autre ‑ elle doit fonctionner comme un pont entre eux”, la Russie et les États‑Unis. Ce sont exactement les mêmes mots que le président renversé, Ianoukovitch, avait prononcés après son élection en 2010.

Avant tout, Kissinger a déclaré: “L’Ukraine a toujours eu une signification particulière pour la Russie. C’était une erreur de ne pas s’en rendre compte”. John McCain lui‑même, le sénateur étatsunien favorable aux manifestations Maydan de 2013‑2014 qui se sont terminées par l’éviction du président constitutionnellement élu Ianoukovitch, avait fait allusion au risque d’ingérence étatsunienne dans le pays qu’il a décrit comme un “joyau de la couronne” pour Russie. “Il ne fait aucun doute que l’Ukraine est d’une importance vitale pour Poutine. Je pense que c’était [Henry] Kissinger, je ne suis pas sûr, qui a dit que la Russie, sans l’Ukraine, c’est une puissance orientale, avec l’Ukraine, c’est une puissance occidentale. C’est le début de la Russie, ici à Kiev. Putin la considère donc comme extrêmement importante et il a fait pression sur les Ukrainiens ‑ le prix de l’énergie, les différents types d’activités. C’est très clair qu’il a fait certaines menaces. Mais je ne sais pas s’il les mettrait à exécution”.

prof Mearsheimer: la crise ukrainienne est la faute de l’Occident

Dans une interview accordée en novembre 2014 à l’important magazine allemand Der Spiegel, Kissinger a également précisé sa vision de la Crimée: “La Crimée est un symptôme, pas une cause. En outre, la Crimée est un cas particulier. L’Ukraine faisait partie de la Russie depuis longtemps. Vous ne pouvez pas accepter le principe selon lequel n’importe quel pays peut simplement changer les frontières et prendre une province d’un autre pays. Mais si l’Occident est honnête avec lui‑même, il doit admettre qu’il y avait des erreurs de son côté. L’annexion de la Crimée n’était pas un pas vers une conquête mondiale. Ce n’était pas un Hitler s’installant en Tchécoslovaquie”.

L’actuelle invasion de l’Ukraine ne l’est pas non plus. Comme Israël a répété à maintes reprises en 1982 qu’il ne convoitait pas un seul centimètre de territoire libanais, la Russie en fait de même aujourd’hui. Ses cibles sont le régime et l’Otan.

Un autre membre éminent de l’establishment étatsunien est d’accord. Lorsque le Sénat des Etats-Unis a approuvé le premier cycle d’élargissement de l’OTAN en 1998, son bien connu diplomate George Kennan, ancien ambassadeur des Etats-Unis à Moscou et à Belgrade, avait déclaré dans une interview au New York Times (il avait 94 ans): “Je pense que les Russes réagiront de manière plutôt négative et cela affectera leur politique […] Je pense que c’est une erreur tragique, il n’y avait aucune raison à cela. Personne ne menaçait personne +.AUne grande puissance en déclin, avec une population vieillissante et une économie unidimensionnelle n’a pas en fait besoin d’être contenue”.

Et d’ajouter: “Ce qui me dérange, c’est le caractère superficiel et mal informé de tout le débat du Sénat. J’ai été particulièrement dérangé par les références à la Russie comme pays mourant d’envie d’attaquer l’Europe occidentale. Les gens ne comprennent‑ils pas? Nos différences dans la guerre froide étaient avec le régime communiste soviétique. Et maintenant, nous tournons le dos à ceux qui ont monté la plus grande révolution de l’histoire sans effusion de sang pour éliminer ce régime soviétique”.

Et la démocratie russe est aussi avancée, sinon plus, qu’aucun de ces pays [d’Europe de l’Est] que nous venons d’enrôler [dans l’OTAN] pour les défendre contre la Russie . Cela montre si peu de compréhension de l’histoire russe et de l’histoire soviétique. Bien sûr, il va y avoir une mauvaise réaction de la part de la Russie, et ensuite [les promoteurs de l’aggrandissement de l’OTAN] diront que nous vous avons toujours dit que c’est comme ça, que les Russes sont [des agresseurs] mais c’est faux”.

Déjà en 2016, au sommet de l’OTAN à Varsovie, Mikhail Gorbachev, l’homme loué à l’Ouest pour avoir mis fin à la guerre froide, avait dit: “La rhétorique à Varsovie dénote furieusement une intention de déclarer la guerre à la Russie. Ils ne parlent que de défense, mais en fait ils préparent une offensive”.

Mais c’est ce qui est arrivé 16 ans plus tard avec la Crimée et se répète aujourd’hui avec l’Ukraine: la Russie est l’agresseur, claironnent les Occidentaux.

nous n’avons ni les ressources ni l’intention de mener sérieusement L’expansion de l’OTAN

Kennan conclut: “Cette expansion ferait retourner les Pères Fondateurs de ce pays dans leurs tombes. Nous nous sommes engagés à protéger toute une série de pays, même si nous n’avons ni les ressources ni l’intention de le faire sérieusement. [L’expansion de l’OTAN] était simplement une décision à la légère d’un Sénat qui n’a aucun intérêt réel dans les affaires étrangères”.

John J. Mearsheimer est une autre personnalité étatsunienne: professeur à l’Université de Chicago depuis 1982 après avoir passé une décennie dans l’US Air Force et la célèbre United States Military Academy de West Point, et membre de l’American Academy of Arts and Sciences avec beaucoup de prix. Il était opposé à la guerre contre l’Irak en 2003, opposé à la dénucléarisation de l’Ukraine en 1994 (car elle rendrait le pays vulnérable à la Russie), et auteur du livre “Israel Lobby and US Foreign Policy”.

Quelques mois après les événements de 2014, il écrit dans Foreign Affairs, le magazine du très officiel Council on Foreign Relations, un article intitulé: “Pourquoi la crise ukrainienne est la faute de l’Occident. Les illusions libérales qui ont provoqué Poutine”. “Washington n’aime peut‑être pas la position de Moscou, mais elle devrait comprendre la logique qui la sous‑tend. C’est la base de la géopolitique: les grandes puissances sont toujours sensibles aux menaces potentielles à proximité de leur territoire d’origine. Après tout, les États‑Unis ne toléreraient pas que de grandes puissances distantes déploient des forces militaires n’importe où dans l’hémisphère occidental, et encore moins à ses frontières. Imaginez l’indignation à Washington si la Chine construisait une impressionnante alliance militaire et essayait d’y inclure le Canada et le Mexique”.

Et Mearsheimer d’ajouter: Aux yeux de la Russie, “l’élargissement de l’UE est un piège pour amener un élargissement de l’OTAN”.

Dans un discours au New York Carnegie Council for Ethics in International Affairs en 2010, Stephen Cohen, professeur d’études russes aux universités de Princeton et de New York, confirme que pour la Russie, l’OTAN représente “une promesse non tenue”, “une hypocrisie”, “un manque de confiance” et “un encerclement militaire”, bref “une expansion de l’influence étatsunienne” jusqu’aux frontières mêmes de la Russie, sur les anciens territoires de l’Union soviétique. C’était l’état d’esprit des Russes lors du coup d’État en Ukraine en 2014.

À suivre

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