Haïti Top 10 Athlètes Numero 4-Joseph Obas (Cap Haitien, 1940-New-York, 2014) « Le Di Stefano Haitien et maestro versatile »

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Joseph Obas

Parlons de  « Joe »  Obas, le trépidant chevalier du foot-ball haitien, doté sans doute du  tir le plus puissant, le plus précis et, de surcroit, le plus versatile.. Dribbleur impénitent, technicien habile, passeur d’élite, marqueur persistant et joueur clairvoyant qui sut transcender partenaires ainsi que ses adversaires. A la manière de son alter-ego l’illustre Argentin A. Di Stephano qui comme lui n’a pas eu la consécration suprême d’une participation à une coupe du monde. Avec autant d’arguments à faire valoir; qui lui ont valu peu de comparaison, jusqu’à ce que le Hollandais Harry Haan perfora en deux occasions les filets de Seep Maier à la limite des 40 mètres durant les mondiaux d’Argentine en 1978. Tandis que  Obas réalisa un hat-trick dans un duel avec ‘’Timanno’’ au cours d’un match entre le Racing et le Don Bosco dans lequel il marqua trois buts de distance, pendant que Sanon, auteur de deux buts lui même, n’en revenait pas. ‘’Zocil’’ émergea dans son Cap natal au sein de l’Association Sportive Capoise (ASC) où il fit preuve de sa versatilité contagieuse. Après avoir mené son équipe à la victoire contre le Violette, club extraordinaire de la capitale. C’est ainsi qu’il tapa dans l’œil les dirigeants port-au-princiens  qui sollicitèrent son expertise.

Mais arrivé en ville pour finaliser son transfert, il fut mal accueilli par les dirigeants hautains du Violette et, dut accepter les offres plus alléchantes en plus de l’environnement cordial du Racing. Club dans lequel il joignit quelques as impénitents pour former la plus valeureuse formation du foot-ball national. Ayant eu en son sein  le  ‘’bolide  noir’, Germain Champagne au reflet  de Garrincha l’ ”ange noir brésilien’’, de Guy Sainvil dit ‘’Pelé’’ et du goleador Salomon Sainvil; pour l’ossature d’une équipe qui remporta durant trois saisons consécutives le championnat national ainsi que l’ultime consécration d’un club local: La CONCACAF. C’est dans une telle ambiance sportive que ‘’Zocil’’ s’épanouit devenant un fer de lance du ‘’Vieux Lion’’ et de la Sélection Nationale. Mais, malheureusement à un moment d’exclusion pour la sélection nationale sur la scène internationale. Car ‘’papadoc’’, ayant consolidé son règne diabolique, s’employa â faire la guerre aux gens du foot-ball qui perdit ses meilleurs éléments et, privé de compétitions internationales Obas n’a pas eu l’opportunité de mettre en évidence son génie pour les milieux de l’extérieur, alors qu’il fut au sommet de sa forme.

Mais lorsque ‘’papadoc’’ eut fini par vassaliser le foot-ball et que l’équipe nationale eut finalement droit de prendre part aux éliminatoires de la coupe du monde de 1970 au Mexique. Obas fut alors le pivot d’une formation jouant un 4-2-4 en vogue,(à coté d’un jeune et talentueux  mais fébrile Philippe Vorbe), au four et au moulin pour le premier marquage en support de la défense, ou la dernière passe décisive, et le dernier but égalisateur. Il fut durant cette campagne, malgré la présence du duo magique  « Tigi-Tompouce », celui en qui le dernier espoir reposait. Comme ce but égalisateur contre le Salvador au stade Sylvio Cator ou ce boulet de canon dans la limite des 45 mètres qui refroidit tout le peuple guatémaltèque, ou ces deux buts durant la saison 1971-72, contre le Victory qui menait 1-0 jusqu’à la fin du match joué sous une pluie torrentielle. lorsque en deux occasions, il lifta le ballon de la pelouse marécageuse pour fusiller Francillon donnant une victoire (2-1) â l’arraché au Racing. Ainsi que ce but victorieux durant la même saison contre le Violette, lorsqu’il utilisa ses ressources physiques pour franchir comme un boomerang le rideau métallique de la défense adverse, laissant la majorité des joueurs du VAC le cul par terre pour clouer Levy 1-0.

Sans oublier ce geste de fair-play durant la saison 1972-73 où contre l’Aigle Noir, il amortit un ballon dans la surface de réparation du camp adverse et sur le point d’abattre Piquant, lorsque celui-ci d’une acrobatie désespérée plongea dans les pieds d’Obas qui au lieu de shooter, ce qui aurait définitivement eu des conséquences de blessures graves pour la carrière de l’excellent portier de l’Aigle. Mais Obas dans sa générosité s’abstint et bloqua le ballon pour Piquant qui le collecta avec un air de reconnaissance. Un geste que Piquant n’a jamais oublié. Cependant, on n’oublie pas aussi comment il fut la victime du milieu du foot-ball lequel s’empressa de le brûler lorsqu’il fut gravement blessé et ne put jouer certaines rencontres d’éliminatoires. Son absence et sa blessure coûtèrent à la sélection son billet pour Mexique -70. Il fut vite lâché par des ingrats (comme Tassy) qui le disaient fini; allant jusqu’à évoquer sa vie privée de bon vivant et de son âge (trente années à peine). Expulsé de la sélection, il trouva confort et respect auprès de la population qui le vénérait tant, des dirigeants et staff du Racing. Notamment ‘’Coca’’ Barthélemy, entraineur-joueur du Racing (en l’absence de Vertus, alors stagiaire en Europe), qui l’aligna durant sa convalescence à la fin de la saison 1969-70, et durant celle de 1970-71 qui a vu le sacre du Don Bosco de Pétion-Ville.

Mais, dès la saison 1971-72, il retrouva tous ses moyens pour emmener le Racing au titre avec une équipe exceptionnelle dirigée par l’ingénieux René Vertus. Formation qui fut privée d’un second titre consécutif durant la saison 1972-73 remporté par le ‘’Vieux Tigre’’ pour une somme de trois cent dollars payés aux vedettes de l’Aigle Noir. et un autre match vicié cédé par le Victory (Les joueurs impliqués des deux équipes furent suspendus). Mais l’année de la coupe du monde  1974 durant une saison limitée d’un seul tour (à cause du Pré-mondial organisé au pays). Tournoi auquel il n’avait pas pris part ayant été mis à l’écart par Tassy et son cercle restreint d’intimes. En fait juste durant un match de préparation contre le  Antilles Néerlandaises en 1973, sous les pressions du public, il fut rappelé et joua 25 minutes sous les ovations de la foule, ce fut son adieu à la Sélection. Toujours, Obas guida ses partenaires à la victoire au cours d’une finale contre le Violette deux mois avant la coupe du monde 1-0 ;but d’anthologie de Eddy Antoine qui congéla Brice pour marquer. Un autre but  de Guy Sainvil fut louchement annulé. Malgré tout, il ne faisait pas partie de l’effectif national, bien qu’il fût actif, productif et bon à sa place. Même pour service rendu, il aurait dû être intégré.

Que dire de son compère Théo Jean Baptiste, l’autre Capois (celui qu’on peut aisément certifier comme le prédécesseur de l’excellent Claude Makelele et de ses héritiers Las Diarra et Ngolo Kanté (Bien que Théo fut de loin plus bon technicien que le français, mais si similaire en termes de rayonnement et de récupération), lui aussi ostracisé par Tassy fut mis à la porte depuis ce fameux match en 1970 contre le Santos de Pelé titularisé à l’occasion à la place de ‘’pipo’’ Vorbes, blessé. On comprend que sans Obas, Théo et Domingue (A l’époque meilleur buteur du pays), la sélection fit si piètre figure en Allemagne. Entretemps Obas fut poussé à la sortie et dut à contre cœur accepter un Jubilé avant le mondial durant une rencontre entre le Racing et l’Aigle Noir qui a vu le public des grands jours. Mais seulement un visa aller lui fut donné ainsi qu’une somme de mille dollars (pour un stade archi-comble) et un billet d’avion aller simple (one way). Comme pour lui signifier de partir vers l’oubli et ne plus revenir. Tel fut le destin de ‘’Zocil’’ .Vivant à New-York dans l’anonymat mais toujours infatué de foot-ball , il continua à taper du cuir, tout en maintenant un profil bas à Manhattan où il résida durant près de quarante années. Finalement, il fut terrassé par une crise cardiaque en suivant la rencontre du mondial allemand entre son équipe favorite l’Argentine et l’Iran le 21 Juin 2014. Laissant des souvenirs autant que ses prouesses réelles et irréelles qui l’ont intronisé au patrimoine des grands joueurs du ballon rond. En fait sa mythologie resta si vivante au pays, que l’année d’après Munich dont pour la première fois depuis des générations, il n’est pas apparu dans l’effectif du Racing. Mais, en ce milieu d’octobre 1974, R. Vertus fit irruption sur le terrain en compagnie d’un jeune prodige qui allait lui aussi régaler le Sylvio Cator, fils spirituel d’Obas et son porteur de sac, il s’appelait  Gérald ‘’dyab-baka’’Romulus pour  continuer les œuvres de Zocil….

 

 

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