« Pleins Feux Sur » : Richard Duroseau (Port-au-Prince, 1940) « Un cavalier des claviers et des touches »

0
1860
Richard Duroseau

Un autre talent précoce qui  arriva de très bonne heure dans la sarabande musicale au reflet urbain. Coiffé d’une habilité singulière, grâce aux premières instructions de ses devanciers consanguins. Lesquels lui permirent dès l’âge de la rougeole et des culottes courtes, d’être un héritier authentique de la ‘’marque-Duroseau’’. Né au cœur d’une dynastie de claviéristes. Son père Emmanuel fut le frère aîné de l’illustre Lyncée Duroseau, et aussi de Fabre et de Arthur lequel fut le père du surdoué Jacky. Quant à Emmanuel (pas ‘’tonton’’ le fils), à part sa science des claviers, d’un joueur et ‘’professeur’’ imbus, il était aussi un confectionneur de pianos ainsi bien que de violons et de contrebasses. Pourvoyant ses compatriotes de ces royaux instruments, au comble de l’interdiction de les importer, imposée par les yankees. C’est dire que ‘’richie’’ a grandi avec les cordes et pédales-claviers aux tripes volant dans le seul univers qu’il a connu, jusqu’à la mort subite de son père, alors qu’il n’avait que sept ans.

C’est ainsi qu’il fut élevé par ses frères Mozart et Kreutzer, alors jeunes talents au sein de l’Orchestre des Casernes Dessalines’’, sur ordre du général Paul Magloire. Un jour alors qu’il attendait Mozart qui de coutume emportait toujours l’accordéon familial pour les répétitions aux Casernes Dessalines. Et, n’ayant pas aperçu l’instrument à l’arrière du blindé du général, le petit Richard, fondit en larmes sans retenue, jusqu’à ce qu’on aille lui chercher son jouet et compagnon favori. Dans la foulée, seul Nemours prêtait attention aux prouesses du petit génie. En effet, lorsque Mozart frustré d’un accrochage avec Sicot, décida de jeter le tablier, Nemours lui suggéra d’emmener son petit frère pour le remplacer. Ce qui avait l’air d’une plaisanterie. Mais N.J.B revint à la charge, tout en avançant que l’ayant vu à l’œuvre, il était certain que le gamin n’avait rien à envier aux autres. C’est ainsi que  dès l’adolescence, il se présenta comme prodige du clavier, mais surtout de l’accordéon avec lequel il devint un grand concoureur du konpa dirèk. Il participa à l’explosion de ce rythme, en constituant la trinité de ce groupe comme: “Les trois dangers”, tel qu’acclamé par ce super-hit de l’époque qui l’immortalisa avec Nemours et Raymond Gaspard.

Faisant évoluer l’accordéon vers un style très orchestral, sous le charme d’un envoûtement particulier. Avec une agilité et une simplicité créatrices d’ambiance et de romantisme. Et aussi de versatilité. Soliste astucieux et as des “anches libres”, il incorpora l’accordéon à l’éclat harmonique des  instruments majeurs .Il débuta sa carrière musicale dès l’âge de treize ans, et son immense talent lui rallia tous les suffrages Ce virtuose devint l’un des plus remarquables hommes de touches et claviéristes haïtiens. Très unique dans ses improvisations et sa texture lumineuse, il se permettait des changements de tempos, schématisant des variations faites de caprices et de paraphrases. Cependant, arrivé trop tôt dans le milieu musical, Il n’arrivait pas à se maitriser. De plus, son indiscipline devint un pis-aller pour l’orchestre et le maestro qui durent s’en accommoder à contre cœur. Mais quand il invectiva Mme Marini, la propriétaire de Cabane Choucoune dans un “kolangèt manmanw”(1)* retentissant, ce fut la goutte d’eau qui fit déborder le vase. Malgré tout, Nemours fit bien des démarches pour qu’il restât dans son club de prédilection.

Après des tractations, les Marini acceptèrent sa réintégration dans les prestations du club, parce qu’après tout l’«Ensemble Nemours Jean Baptiste» avait besoin de sa vedette. Néanmoins, le créateur du konpa, continua à payer les incartades de son protégé qui ne se gênait même pas pour l’embarrasser en public. C’est ainsi que la rupture devint inévitable. Son départ de l’«Ensemble Nemours Jean- Baptiste» au milieu des années 1960 amena le groupe à bousculer son style. On le repéra par la suite au sein du groupe « Sublime » de Carrefour Feuilles (Bas-peu-de-Chose), comme maestro à la place de F. Massac. Amenant par la suite ses actes dans les Antilles ; s’imposant en sensation de l’heure à la Martinique et la Guadeloupe où l’on  voulait en faire une’’ vedette-poster’’.Mais en proie à la nostalgie R.D resta de marbre face à tant d’adulation, malgré les conseils salutaires de Michel Desgrottes. Ultérieurement ,il  se retrouva à New-York, collaborant avec Raymond Sicot, pour ensuite initier la formation des « Duroseau brothers », groupe pionnier de New-York, en compagnie de :Kreutzer, Tilou, Mozart, Frank etc ; et fut incessamment  sollicité par les groupes latinos, dans un milieu qu’il avait conquis au cours des tournées à succès de l’ « Orchestre de Nemours Jean Baptiste », lequel, s’était souvenu de l’adolescent qui avait coutume d’emballer Casa Borinquen , Casa Caribe et autres clubs.

Et dans différentes initiatives éphémères et dont, un ‘’stint’’ au sein du «Jazz des Jeunes» à New York. A cette étape, ses obligations conjugales l’obligeaient à aller brosser  chez’’ Steinway ‘’, célèbre fabricateur de pianos dans l’assemblage et comme accordeur  du royal instrument et, où le salaire était acceptable. Mais, n’ayant pas l’étoffe pour ce dur labeur, qu’il dut accepter  parce qu’il venait de fonder une famille. Richard décida un jour de ne plus remettre les pieds à la manufacture. Puis, il forma son propre combo de fortune, jouant exclusivement dans les restaurants de Brooklyn et de Queens, passage transitoire de certains musiciens de la diaspora, avant de devenir un régulier du groupe «Mini All Stars»; pour s’illustrer ensuite comme pianiste du «Ska- Shah#1». Entre d’autres retrouvailles dans l’ambiance intime, genre bistrot. A cette étape de sa glorieuse carrière, il fait déjà l’objet de révérence de la part de ses pairs. La compagnie “Antilles Mizik” de Pipo Lavelanet l’a honoré lors du festival “konpa fèt” en 1999, au Brooklyn College. Et, en 2007, ce fut la Fondation Françoise Canez Auguste au pays, qui lui fit un hommage mérité. D’autres entreprises de la diaspora et d’Haïti le consacrent comme monument vivant et pionnier dans les célébrations du konpa. Aujourd’hui au faîte d’une carrière bien remplie, et, d’une renommée infaillible, Richard bien que affaibli par la maladie et le temps, continue à être incessamment sollicité par ses partenaires. Afin de mettre en relief cette texture et ce savoir-faire, comme arrangeur, pianiste et une expertise à nulle autre pareille. Et  fleuri d’une trajectoire viable qui a agrémenté la musique haïtienne urbaine.

 

            1-Une vile façon d’injurier quelqu’un en se référant à sa mère.

            *L’auteur et Richard se sont attelés à de multiples ‘’jam’s’’ dans son ‘’basement ‘’à New York Avenue, Brooklyn au début des années 1980.

NO COMMENTS

LEAVE A REPLY