Haïti Top 10 Athlètes : Numéro 1: Sylvio Cator

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Sylvio Cator « Le premier Champion du monde national »

Après un valeureux parcours musical au «Top 10 », on s’attelle aujourd’hui aux sports. A un moment où la culture physique est à un point léthargique en Haïti. Pour une nation ayant pourtant produit des champions mondiaux et régionaux. Où le football demeure une religion. S’il faut aussi mentionner que les multiples terrains de jeux qui existaient ont été cédés aux Brant, Mews, Apaid pour en faire des factories d’assemblage. Pas étonnant que les derniers foot-balleurs de poids remontent aux décades 70-80. Alors cette rubrique est surtout pour les jeunes de nos jours qui se délectent des: Messi, Ronaldo 7, Progba, Sanchez, Neymar, Usain Bolt etc. sans même savoir qu’on a eu nos: Cator, Théart, Guy Sainvil, Manno Sanon, Joe Obas, Tom-pouce, Ti-Théo, Ponpon et Pipo Vorbes, Wilner Nazaire, Grimaux, Bayonne, Eddy Antoine; tous des géants qui auraient pu crever l’écran à la manière de ces grands d’aujourd’hui.

            Ce classement réalisé par un groupe de 45 personnes, en vue de déterminer ‘Les Top 10 Athlètes Haïtiens’’, n’est pas tout à fait exhaustif du fait que ce jury n’a pas pu vraiment trouver de matières à tous les niveaux du sport haïtien; alors que le foot-ball  constitue une monoculture. Tandisque c’est le néant pour le reste. Quant à la boxe haïtienne, à part les tentatives de Yves Richmond dans les années 1940-50, puis les velléités de Pierre Gabriel dans les années 1960-70 pour la faire revivre, elle ne s’est pas développée. Pour le volley-ball, aussi en vogue durant les sixties, après les années 1970, elle ne s’est plus relevée. Le tennis, la natation, la course, le rugby etc; introduits en même temps que le foot n’ont jamais pris racine. Ainsi que le basket…pour la lutte André Pamphile a eu ses heures de gloire internationale. Puisqu’on a ce que l’on a…alors savourez ce Top 10, qui vaut tout son pesant d’or.

Numéro 1. Sylvio Cator (Cavaillon, 1900 – Port-au-Prince, 1952)
« Le premier Champion du monde national »

Né d’une aristocratie terrienne du Sud, dès l’âge de huit ans Sylvio  vint s’établir á Port-au-Prince avec ses parents. Jusqu’á ce qu’il prit le chemin de l’exil en compagnie de son père le général Joseph Millien Cator, qui dut laisser le pays avec sa famille, á la chute du président Antoine Simon dont  il fut un proche collaborateur. Après sept années passées á la Jamaïque, dans ce qui fut alors un protectorat anglais, où Cator s’adonna beaucoup aux sports. De retour au bercail, alors sous les bottes des Yankees, il pratiqua le métier de dactylographe; tout en continuant à s’adonner pleinement  dans différentes disciplines sportives: foot-ball, tennis, boxe et athlétisme. Déjà, il fit montre de ses capacités exceptionnelles, dominant ses adversaires, dans un pays pourtant en plein envol sportif, après les initiatives du groupe ‘’Tout Paris’’*. Lequel sous l’impulsion de l’USSH (L’Union des Sociétés Sportives Haïtiennes) décida dès 1921 de former un comité Olympique dans le but de préparer les athlètes les plus épanouis du pays. C’est ce que ces défricheurs nommés: André Chevallier, Émile Prézeau, Constantin Henriquez, Seymour Pradel, Stephen Archer, Louis Déjoie, Emmanuel Armand etc. ont eu la tâche ardue d’accomplir.

De ce fait, dans l’atmosphère de la perte de souveraineté causée par l’occupation états-unienne, les secteurs nationaux concernés, touchés dans leur fierté, décidèrent de mettre á l’épreuve l’orgueil haitien, démontrant aux occupants qu’ils pouvaient se mesurer avec n’importe qui et n’avaient pas besoin d’être assistés. Tout en prouvant au monde entier ce dont ils étaient capables au cours de cette première participation olympique. C’est ainsi que le jeune Cator qui s’était mis en évidence durant les compétitions locales, sortit du lot des compétiteurs en Saut en longueur. Tout en s’appliquant á pulvériser les records mondiaux au cours des tournois nationaux à ‘’l’Hippodrome  de Champ-de- Mars’’, battant le record européen dans un Saut de 7 mètres 35, mais malheureusement  s’est fait une pénible entorse á la cheville dans son atterrissage. Un claquage qui le pertubera tout au long de sa carrière et de sa vie. Malgré tout, les occupants ont cherché á empêcher la participation des athlètes haitiens, préférant sélectionner les gendarmes lesquels en proches collabos furent embarqués pour les compétitions de Tirs. Il a fallu la cotisation de la population pour permettre aux: Cator, Théart et Armand d’aller á la conquête du monde extérieur. En conséquence, le 6 Juin 1924, la délégation haitienne sous la houlette de l’entraineur français E. Lambergeon avec Cator et compagnie prirent d’emblée le village olympique en France.

Malheureusement, faute d’une préparation adéquate, Haïti se classa 3ème en Sauts en hauteur, longueur et á la perche. Comme par dérision, seule l’équipe de la gendarmerie sortit gagnante aux épreuves des Tirs á la cible. Cependant, durant les célébrations post- olympiques, Cator raffla tout sur son passage. Battant tous les records: dans les cent mètres plat (onze secondes), en Saut en hauteur (1m 80), en Saut en longueur (7 m 43). Sur cette lancée, le champion entreprit une tournée á travers l’Europe et continua à prouver au monde entier qu’il était bien parmi les meilleurs. Parallèlement, il intégra les rangs du ‘’Racing Club Haïtien’’ de foot-ball et de la Sélection Haïtienne pour laquelle il marqua le but égalisateur contre Curaçao en 1926. En 1928 il récidiva durant les Jeux Olympiques d’Amsterdam où bien que pertubé par cette dislocation á la cheville, il se classa second aux épreuves du Saut en hauteur. Puis, ne restant pas sur ses lauriers, il prit part en Septembre 1928 aux championnats du monde de Colombes en France, en surclassant ses compétiteurs Allemands, Français, États-Uniens, Suédois et autres d’un saut extraordinaire de 7,  m93; pulvérisant ainsi le record de l’ athlète états-unien Hamm durant les Olympiades d’Amsterdam, devenant ainsi part du club restreint des recordmen du Saut en longueur.

De retour au pays, le champion mondial fut accueilli par une population en délire. Laquelle le lui remit bien dans l’offrande d’une automobile Chrysler décapotable. En 1932, Castor devait participer á son dernier baroud qui devait être les Jeux Olympiques de Los Angeles. Mais faute de moyens adéquats pour Cator aussi bien que Théard et, les problèmes économiques persistaient, en plus des blessures de Cator qui s’aggravaient. Et les minces ressources du Comité Olympique Haïtien n’étaient pas pour arranger les choses. Une fois de plus, c’est la population qui s’arrangea pour ce support. Quant á l’État haïtien, toujours impuissant, il fit don par l’entremise du président Vincent d’une somme de 50 dollars. Mais Cator blessé et Théard á court de forme ne tinrent pas le coup. Cependant, tout de suite après les Olympiques, Cator qui entretemps avait retrouvé ses moyens, en profita, lors de la rencontre post-olympique au ‘’Soldier Field de Chicago’’, pour battre devant plus de 100.000 spectateurs le nouveau  record olympique du Saut en longueur de 24 pieds , 7 pouces et demi détenu par Ralph Gordon; qui lui valut la médaille d’or de la Fédération Sportive des États-Unis.

Rentré au pays, il devint conseiller spécial á la Mairie de Port-au-Prince. Figure controversée, mais homme nationaliste , il combattit de toutes ses forces l’occupation Yankee, dont il fut objet de persécutions. Cependant, il eut honte de ses origines africaines dont il réfutait toutes les implications. Ce qui le mettait en constante contravention avec son illustre copain l’autre immortel, Jacques Roumain dont, il désavoua l’indigénisme et le communisme. Il se lança aussi dans les affaires, en constituant le premier bureau touristique du pays et parallèlement fonda au ‘’Champs de Mars’’ á Port-au-Prince le fameux Hotel Le Savoy,juste á l’endroit qui devint plus tard le Salon Mortuaire Pax Villa, et qui fut le point de mire d’une certaine intelligentsia gauchisante. Il se lança aussi dans la politique avec l’adhésion de son ami intime le général-président Paul Eugène Magloire, et fut élu député d’Aquin en 1950. Position qu’il n’aura pas le temps d’honorer, mourant prématurément en 1952 d’une asphyxie. Il eut droit á des funérailles nationales. Le seul stade de foot-ball du pays porte son nom, lequel est illustré dans les Guinness Books of Olympic Records. Il demeure jusqu’á nos jours le plus célèbre sportif haïtien de tous les temps.

(1) Groupe d’étudiants issus de la bourgeoisie et petite bourgeoisie locales, aussi bien que de l’aristocratie terrienne de retour au bercail après des études en France.

Notes: Maints extraits sont tirés de l’ouvrage de Pascal Médan ‘’Gouverneurs de la cendrée’’.

 

 

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