Y aura-t-il vraiment un référendum ?

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Imaginons un instant que nous sommes le 27 juin 2021, le jour du référendum tel que fixé par le président de la République Jovenel Moise  au  Conseil Electoral Provisoire (CEP) qu’il avait lui-même unilatéralement nommé  le 22 septembre 2020. 

Imaginons que ce jour-là, la participation est de façon flagrante au-dessous des espérances du gouvernement, qu’il y a du grabuge, que le pays est mis à feu et à sang, que la police est dépassée par les évènements à cause d’attaques contre les bureaux de vote, de destructions de matériel et, par-dessus tout, d’agressions physiques violentes contre les votants. Dans ce cas de figure, encore hypothétique, qui en assumerait les responsabilités subséquentes si telle ou telle fraction de la société perpétrait un coup de force, comme on l’annonce déjà dans certains médias, pour essayer de faire échec au projet de nouvelle constitution ?

Nous ne souhaitons pas que les choses se passent ainsi, mais le grand responsable ne serait autre que le président Jovenel Moise. Car il aurait été irresponsable de sa part d’entreprendre une telle initiative sans l’assentiment populaire. C’est le fait de n’avoir aucun respect pour le peuple qui le pousse à l’engager dans un tel processus sans son consentement. Et toutes les menaces venant de certains dirigeants de l’opposition, sont faites au nom du peuple pour le désorganiser, le dérouter, le diviser et s’y opposer pour mieux l’asservir. De toute façon, quelle que soit l’issue de ce référendum conforme au seul vœu du président Jovenel, il sera difficile de défendre la thèse selon laquelle la situation qui prévaut (ou prévaudra) est conforme aux idéaux et aspirations des masses défavorisées en lutte pour un changement fondamental.

Est-ce que le peuple se sent concerné, que c’est son droit le plus entier et sa responsabilité d’aller voter au référendum ?

Tout pouvoir qui se respecte doit coûte que coûte chercher une certaine légitimité populaire puisque le peuple est le seul détenteur de la souveraineté nationale. Seul lui peut trancher des questions concernant les grandes orientations politiques que doit prendre le pays. Aujourd’hui, il est curieux d’entendre le président en maintes occasions déclarer que la nouvelle constitution serait au bénéfice du peuple, mais l’heureux bénéficiaire, le peuple, a-t-il jamais manifesté aucun signe de support et de solidarité à cette entreprise ? Est-ce que le peuple se sent concerné, que c’est son droit le plus entier et sa responsabilité d’aller voter au référendum ?

Rien ne l’attache au référendum qui ne représente aucun des problèmes auxquels il est en train de faire face. La preuve qu’il n’est pas concerné est bien grande, quand on sait que le ministre de la Justice et de la Sécurité publique, Rockfeller Vincent, en visite à Jacmel au parquet du tribunal de première instance,  a été accueilli par des jets de pierres et de bouteilles ce mardi 1er juin.  Des barricades de pneus enflammés ont été érigées sur la chaussée et des camions ont été utilisés pour bloquer la route, du seul fait que sa présence serait pour préparer l’organisation du référendum.

Le rôle d’un gouvernement sérieux et honnête n’est pas de diviser son peuple, mais de l’épargner de tout ce qui pourrait hypothéquer sa solidarité de façon à préserver son unité. L’électorat au sujet du référendum est totalement et profondément divisé et le pouvoir n’est pas parvenu à imposer clairement la vision des choses, si les valeurs et les raisons sont sûres ou non.

Sans un soutien massif de la population, le référendum sera non seulement vain mais une catastrophe annoncée.

Selon le décret paru dans le journal officiel de la République, « Le Moniteur », le 5 mai 2021, le Comité consultatif indépendant (CCI) devrait remettre au président de la République le projet final de constitution accompagné du rapport des travaux préparatoires. On n’en est pas encore assuré puisque le peuple ignore totalement les vrais mobiles de cette nouvelle constitution à laquelle le président est tellement attaché, si ce ne sont pas de faux prétextes et d’autres objectifs non avoués. Avant que Jovenel soit intéressé, il revient au peuple de le montrer et de dicter la voie à prendre. Il ne faut pas prendre le peuple pour un insensé, en agissant en son nom pour piller et même déstabiliser le pays comme le font ceux-qui se proclament « Députés du peuple » ; alors que leur agissement n’a aucune relation avec les aspirations et les intérêts du peuple.

La date du référendum n’est pas gravée dans le marbre elle peut être à tout moment modifiée comme elle l’a été au mois de février dernier. Au contraire, on peut même tout bonnement l’annuler, si l’on veut trouver une sortie constructive à la crise pour sortir le pays de l’ornière de l’autodestruction.

Sans un soutien massif de la population, le référendum sera non seulement vain mais une catastrophe annoncée. A quoi bon de faire un référendum si le résultat ne servira à rien, car tout ce qui se fait en dehors du peuple, sans sa participation active, consciente et politique est condamné à l’échec !

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