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Visite inaugurale d’Albert Ramdin de l’OEA en Haïti

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Visite du Secrétaire général de l’OEA Albert Ramdin en Haïti

On a l’habitude de dire qu’il y a des signes qui ne trompent pas. A notre avis, la première visite officielle en Haïti du Secrétaire général de l’Organisation des Etats Américains (OEA), Albert Ramdin, le mardi 2 décembre 2025 a confirmé cet adage. Vous allez comprendre pourquoi.

Tout le pays suit avec attention et intérêt le conflit opposant une partie des membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), notamment le Conseiller Fritz Alphonse Jean, et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé. Ce n’est un secret pour personne, le représentant du Groupe Montana au sein du CPT cherchait et souhaitait ardemment le remplacement du locataire de la Primature avant la fin du mandat du CPT, soit le 7 février 2026.

Or, par le fait que Alix Didier Fils-Aimé semble bénéficier de la protection de Washington et d’une grande partie de la Communauté internationale, il paraît intouchable, en tout cas jusqu’à ce que ses protecteurs n’aient plus besoin de ses services comme cela a été le cas pour son lointain prédécesseur, Ariel Henry. Fritz Alphonse Jean, mis en minorité par ses pairs du Conseil, se voit même sanctionné par les gouvernements américain et canadien pour le calmer un peu sur ce dossier de révocation et par la même occasion intimider ceux qui auraient voulu le suivre dans sa croisade contre le Premier ministre.

Alors, depuis cette guéguerre, il devient difficile pour les 9 membres du CPT de se réunir en totalité ou de décider sur les grands dossiers de la République, disons de la Transition : sécurité, nominations ou élections, entre autres. Justement, le lundi 1er décembre 2025, il y a eu difficilement un Conseil de ministre au Palais national dont l’objectif principal était l’adoption du décret électoral.

Or, ce jour-là, on a enregistré beaucoup d’absents à ce Conseil des ministres parmi les Conseiller-Présidents et principalement le Conseiller Fritz Alphonse Jean. Ces absents et Fritz Jean en tête ont voulu marquer le coup et leur mauvaise humeur contre leurs collègues Conseillers et naturellement leur bête noire, Alix Didier Fils-Aimé à qui ils reprochent d’avoir failli à ses responsabilités à la tête du gouvernement depuis son installation à la Primature. Les observateurs avaient tous conclu que la rupture est consommée entre Fritz Jean et le chef du gouvernement et que plus jamais l’ancien Gouverneur de la BRH n’accepterait de s’asseoir à côté des autres membres du CPT qui, par peur de représailles extérieures, préfèrent se rallier au camp d’Alix Didier Fils-Aimé. Erreur !

Réunion de travail entre les membres du CPT et la délégation de l’OEA.

Le lendemain, on allait retrouver le Conseil Présidentiel de Transition au grand complet et au garde-à-vous pour accueillir monsieur Albert Ramdin, le Secrétaire général de l’OEA pour son premier voyage officiel à Port-au-Prince. Ils sont venus non pas de gaité de cœur mais presque par obligation pour être vus du patron, celui chargé par Washington pour faire appliquer son nouveau plan en Haïti après le 7 février 2026. En effet, cette visite du Secrétaire général de l’OEA en Haïti en date du 2 au 4 décembre 2025 et l’accueil qu’il a eu auprès des dirigeants démontrent à quel niveau ces derniers ont peur de déplaire à la Communauté internationale et s’appliquent à ne commettre aucun faux pas à l’égard de ces dirigeants étrangers prenant l’ascendance sur tout ce qui relève de la responsabilité des Haïtiens.

Alors que des rumeurs de sanctions couraient de partout contre un membre du Pouvoir exécutif, puisque la presse étrangère avait déjà annoncé ce qui était dans les tuyaux, – on ne cherchait même pas à connaître les motifs réels de ces sanctions -, le pouvoir déroulait le tapis rouge pour un dirigeant d’une organisation dont on sait pertinemment qu’il était en service commandé. Certes, Albert Ramdin et son organisme ne sont pas ceux qui ont annoncé les sanctions, mais c’est un secret de polichinelle que le Plan de l’OEA pour Haïti est inspiré directement de la politique américaine anticipant l’après CPT. Le déroulé du programme de cette visite qui aurait pu et dû être une banale visite mérite aussi qu’on s’y attarde un peu. Pas sûr qu’un ancien Secrétaire général de l’OEA, voire de l’ONU, ait déjà eu un accueil aussi protocolaire en Haïti comme ça été pour la visite de Albert Ramdin.

Débarqué de l’aéroport Hugo Chavez du Cap-Haïtien, faute de pouvoir le faire directement à Toussaint Louverture à Port-au-Prince toujours fermé pour cause d’insécurité depuis bientôt deux ans, c’est par hélicoptère qu’il a regagné la capitale haïtienne ce 2 décembre 2025. Reçu comme un chef d’Etat en visite officielle, le Secrétaire général de l’OEA a lui-même été étonné de cet accueil digne d’un Souverain étranger. Tous ceux qui comptent à Port-au-Prince d’autorités politiques, civiles et militaires accouraient de partout pour le rencontrer. Accueil protocolaire à la Villa d’Accueil pour une rencontre avec le CPT dans son ensemble. Pas un des 9 Conseillers Présidents ne manquait à l’appel. Du Président du CPT, Laurent Saint-Cyr, à Fritz Alphonse Jean, désormais considéré comme le pestiféré du groupe après des sanctions imposées par les Etats-Unis et le Canada, personne ne voulait rater pour rien au monde cette rencontre avec quelqu’un dont ils savent qui a les oreilles de Washington, donc du vrai décideur de la politique haïtienne.

Cette journée du 2 décembre a été celle de grands discours et des menaces à peine voilées du patron de l’OEA qui a compris qu’il était en territoire conquis où toutes les autorités se piétinent et s’écrasent entre elles pour le voir, lui faire la courbette, lui serrer la main et recevoir de sa part une petite tape amicale sur les épaules. Ça fera bon effet dans le récit de voyage qui sera fait aux vrais décideurs depuis la Maison Blanche et au Département d’Etat. Après une première rencontre à huis clos de la délégation officielle conduite par le Secrétaire général de l’OEA accompagné de sa Conseillère et Cheffe de cabinet, Mme Xaviera Jessurun, de l’Ambassadeur d’Haïti auprès de l’OEA, Jean Josué Dahomey Pierre, du Représentant spécial de l’OEA en Haïti, Cristobal Dupouy, ainsi que la Directrice du Département d’Accès aux Droits de l’Organisation, Mme Betilde Muñoz-Pogossian avec les membres du Conseil Présidentiel de Transition à la Villa d’Accueil, la présidence de la République a émis un communiqué officiel dans lequel elle note ceci : « Les membres du CPT et Albert Ramdin se sont rencontrés à la Villa d’accueil. Les deux parties ont tenu des échanges approfondis sur les enjeux de gouvernance, de stabilité et sur l’organisation des prochaines élections, conditionnées par le rétablissement indispensable de la sécurité nationale. La délégation de l’OEA a sollicité les points de vue des responsables haïtiens concernant la « feuille de route » à mettre en œuvre pour consolider la paix et la stabilité, avec l’appui de la Communauté régionale et internationale. Les discussions ont également porté sur l’échéance du mandat du CPT, fixée au 7 février 2026. » Un communiqué de satisfaction et de fierté sans comprendre que Haïti n’est plus dans le coup, en clair que les autorités haïtiennes ne font que valider les décisions prises ailleurs.

Par la suite, le dirigeant de l’OEA s’est rendu à quelques mètres de là, à la résidence officielle du chef du gouvernement, pour une réunion avec Alix Didier Fils-Aimé devenu en quelques jours l’homme fort de la Transition puisque sorti victorieux de son bras de fer avec ceux du CPT qui voulaient l’évincer, le « virer » de la Primature. Là aussi, cette rencontre a donné lieu à un long communiqué donnant les grandes lignes de ce qui a été discuté avec l’homme sur qui tout repose pour l’après 7 février et depuis très courtisé par la classe politique et le pouvoir en particulier.

D’après le communiqué de la Primature, on apprenait que : « Au cours d’une séance de travail, le chef du gouvernement a présenté au Secrétaire général de l’OEA les avancées significatives enregistrées dans la lutte contre l’insécurité, notamment le renforcement opérationnel des forces nationales et la montée en puissance progressive des dispositifs visant à neutraliser les groupes armés. Le Chef du Gouvernement a officiellement sollicité le soutien des États membres de l’OEA pour accompagner le renforcement de la Force de Répression des Gangs (FRG), un instrument essentiel dans la stratégie nationale de sécurisation du territoire. Il a souligné que la restauration de la sécurité demeure la priorité absolue de son administration, condition indispensable au bon déroulement du processus électoral. »

Comme nous le disions plus haut, ce voyage du chef de l’OEA en Haïti a été très copieux avec un ordre du jour chargé.

Le Secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, et le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé

Après ces deux rencontres avec les deux principaux interlocuteurs haïtiens, Albert Ramdin, comme le veut la tradition, avait prévu de rencontrer d’autres acteurs de la politique haïtienne y compris des diplomates en poste à Port-au-Prince au siège de la Représentation de l’OEA en Haïti se trouvant dans la banlieue chic de Pétion-Ville transformée en capitale officieuse malgré elle. Depuis le siège local de l’OEA, le Secrétaire général a pu rencontrer les membres du Conseil Electoral Provisoire (CEP), entre autres, son Président, Jacques Desrosiers, qui lui ont fait un rapport détaillé sur l’institution et les avancées en cours dans le processus électoral. Après les Conseillers électoraux, l’ex-ministre des Affaires Etrangères de Surinam, a eu des entretiens avec un certain nombre de diplomates, notamment ceux qui s’impliquent sans masque dans les affaires internes d’Haïti, avant de se rendre en début de soirée à l’hôtel El Rancho pour une grande réception officielle organisée par la Chancellerie haïtienne en son honneur.

Cette réception a permis à Albert Ramdin de recevoir le gratin de la classe politique et de la bourgeoisie haïtienne qui se bousculent pour avoir une poignée de main du grand manitou international. C’est vraiment le Tout-Port-au-Prince qui avait fait le déplacement à El Rancho, propriétaire de l’homme d’affaire haïtien Dr Réginald Boulos qui croupit depuis des mois dans une cellule de prison en Floride. Autour de petits fours et des verres de champagne, on a relevé la présence, encore une fois, de tous les membres du Conseil Présidentiel de Transition (CPT), du Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé, des membres du gouvernement, du Conseil Électoral Provisoire, notamment son Président Jacques Desrosiers et son Directeur exécutif Philippe Augustin, des représentants des grands Corps de l’État, du Directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH), André Jonas Vladimir Paraison, du responsable de la Mission Multinationale d’Appui à la Sécurité (MMAS), ainsi que des représentants de la Communauté internationale.

Durant cette cérémonie, Laurent Saint-Cyr, en tant Coordonnateur du CPT, Jean-Victor Harvel Jean-Baptiste, ministre haïtien des Affaires Etrangères aussi bien que l’hôte du jour, Albert Ramdin, ont porté un toast à la bonne coopération du gouvernement haïtien avec l’Organisation de l’Etat Américain qui sont disposés à collaborer avec tous les partenaires régionaux et internationaux en vue d’une mise en œuvre rapide, concrète et coordonnée des mesures convenues pour le rétablissement de la sécurité. Le lendemain 3 décembre était réservé pour les diplomates qui comptent en Haïti, particulièrement les ambassadeurs américain, canadien et français. En effet, le Secrétaire général a eu des entretiens avec André François Giroux du Canada et celui de qui tout dépend s’agissant de l’ambassadeur américain Henry Wooster que plus d’un considère comme le Gouverneur américain en Haïti tant son pouvoir et son influence dans les affaires internes du pays n’ont pas de limites et que rien ne peut se faire sans son aval, son feu vert.

D’ailleurs, après les rencontres bilatérales ayant eu lieu entre le chef de l’OEA et lui, il était le seul à donner un petit aperçu autour de quoi la conversation s’était orientée. Sur son compte X, Henry Wooster note : « Nos échanges se poursuivront dans les semaines à venir. Nous avons convenu de l’urgence d’agir rapidement et de manière déterminée afin d’assurer la mise en œuvre efficace de la FSG. » Remarquer qu’à aucun moment, il n’a fait allusion à une quelconque autorité haïtienne. Pauvre Haïti ! Enfin, avant de s’envoler vers le Cap-Haïtien avec une escale dans le département du Nord-Est, à Morne Casse plus précisément pour visiter un Centre tactique de la police nationale financé par le Canada, le Secrétaire général a déjeuné avec Laurent Saint-Cyr, le Président du CPT.

Ce dernier déjeuner de travail avait pour but de s’assurer que son message a été bien compris. « La seule chose que nous savons c’est que le mandat du CPT se termine au début du mois de février 2026 » disait-il en présence de tous les dirigeants de la Transition lors de la réception de El Rancho. Il le répétait encore à celui que l’histoire retiendra comme étant le dernier Coordonnateur du Collège Présidentiel de 9 membres dans le cadre de la Transition post-Ariel Henry.

Albert Ramdin devait passer la nuit dans la capitale du Grand-Nord, Cap-Haïtien, après avoir visité, entre autres, un Commissariat à Terrier Rouge dans le département du Nord-Est.

C.C

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