Un monstre nous est né

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Le visage dédaigneux, moqueur, indécent, hargneux du président-monstre « indexant » (montrant de son index) un journaliste trop fouyapòt.

En ce temps-là, l’empereur Auguste avait décidé de compter tous les habitants dans leur ville d’origine. Alors Joseph et Marie, celle-ci enceinte, quittèrent la ville de Nazareth en Galilée pour se rendre à Bethléem en Judée où Marie mit au monde son fils Jésus. Pour saluer cette naissance, les Saintes Écritures rapportent qu’«un enfant nous est né, un fils nous est donné».

En ces temps-ci, à Washington, dans une blanche demeure où il ne règne aucune décence, aucun sens de civilité; où les grossièretés de langage font bon ménage avec les mensonges les plus éhontés; où le respect de l’autre est mis en pièces à tout bout de champ; où l’immoralité tient le haut du pavé; où la xénophobie, la mexicanophobie, l’ignorance crasse et le racisme brut s’en donnent à cœur joie, mes «écritures» à moi (pas du tout saintes) annonçaient, depuis quelque temps, discrètement, que dans la capitale des États-Unis un monstre nous est né, un fils de pute nous est donné.

Évoquer seulement l’existence d’un monstre porte à faire une plongée dans la mythologie grecque. On y rencontre par exemple Scylla et son asòs Charybde qui gardaient le détroit par où passa Ulysse au cours de son aventureux voyage. Scylla était une créature surnaturelle qui possédait douze pieds, et six têtes juchées au bout de longs cous sinueux ; autour de sa taille jaillissaient des têtes de chiens qui aboyaient. Miséricorde ! Elle habitait une caverne et dévorait tout ce qui passait à sa portée ; c’est ainsi que la gourmande dévora six des compagnons d’Ulysse.

Sur l’autre rive du détroit (qu’on identifia plus tard au détroit de Messine), à une portée d’arc, Charybde — fille de la Terre et de Poséidon, dieu de la mer et des eaux — se dissimulait sous un figuier, celui auquel s’accrocha Ulysse pour échapper au monstre. Trois fois par jour, la vorace engloutissait et rejetait les eaux du détroit, ce qui rendait la navigation extrêmement périlleuse pour les premiers marins grecs qui s’aventurèrent dans les eaux inconnues de la Méditerranée occidentale.                                                                                                                    Scylla ne détenait pourtant pas le monopole des têtes multiples. Loin s’en faut. Il y avait aussi l’Hydre, ce serpent gigantesque qui possédait lui aussi plusieurs têtes, et soufflait par ses gueules une dégueulasse haleine empoisonnée sur les marais de Lerne, près d’Argos, une péninsule de la Grèce. Ce fut Héraclès, le « Dieu-Héros », selon Pindare, qui parvint, avec l’aide de son neveu, à multidécapiter la monstrueuse Hydre. Ce fut aussi l’un de ses « douze travaux ».

Par Pasiphaé, sa mère, épouse de Minos, roi de Crète, le Minotaure, monstre à corps d’homme et à tête de taureau, était fils d’un taureau. Une histoire abracadabrante. Fruit d’amours taureautes, à la fois adultères et contre nature, le monstre se fit enfermer par le kòkpye Minos, honteux de la taurauterie, dans un labyrinthe aux mille détours où il devait dévorer de temps à autre des jeunes gens et jeunes filles d’Athènes. Une vraie monstruosité.

Un certain Thésée entra dans ce « Fort-Dimanche » dont on ne pouvait sortir mais qu’il arpenta avec succès grâce à une pelote de fil que lui avait donnée l’innocente et naïve Ariane en échange d’une promesse de mariage, un mariage biznis avant la lettre. Thésée tua le monstre. Mais bakoulou de son état, et bien qu’Ariane l’aimât, il la laissa tomber, l’abandonna invitus invitam, malgré lui, malgré elle. Grecs yo gen move mannyè

Trêve de monstres mythologiques pour en venir à un vrai, de chair et d’os, vivant, extravagant, aberrant, délirant, incohérent, grotesque, ubuesque, clonesque, burlesque, rocambolesque. Regardez-moi ça: un visage de parvenu bouffi de mégalomanie; un menton de mufle et de salopard; une gueule ourlée en cul de poule qui ne crache que des injures, des vomissures, des salissures, des ordures et des flammes mensongères, malodorantes, répugnantes, puantes, fanfaronnes, souillonnes, cochonnes; des cheveux roux de roueries, de fourberies, de supercheries; un front sadique aux quatre longues cornes rétractiles, aux mille plis de haine, de racisme, de machisme, de mexicanophobie; des yeux libidineux, fripouilleux, vicieux, toujours à l’affût de rondeurs et profondeurs féminines.

Son cerveau ne comporte qu’un seul hémisphère dont le lobe frontal est absent. Un tronc cérébral atrophié lui fait suite, ce qui explique le fonctionnement impulsif, saccadé, imprévisible, par à-coups, déroutant, troublant, gênant, inquiétant, effarant, effrayant du monstre dont les bêtises, les nullardises, la ringardise, les sottises, l’ignarité, la stupidité, l’imbécilité, la crétinité, les absurdités, les monstruosités sont déjà devenues proverbiales. De son front sortent quatre cornes phosphorescentes, rétractiles.

À la vérité, à la monohémisphéralité du cerveau et à l’atrophie tronculaire s’ajoute le trait le plus distinctif du monstre : sa multiglossalité. Il possède plusieurs langues, une anomalie anatomique structurelle exceptionnelle qui explique qu’il peut changer de discours d’un jour à l’autre, d’un moment à l’autre, d’autant que chaque langue peut être bifide, trifide, voire même quadrifide ; à chaque fidité correspond une aberrance distincte dont le mensonge et l’injure sont les expressions les plus perfides, les plus fréquentes. L’absence de lobe frontal, siège du noyau de l’analyseur moteur de l’articulation de la parole (champ 44, ou centre de Broca) explique les bégaiements à exprimer une pensée ordonnée et les insultes à tour de bras.

Une manifestante porte un masque facial proclamant « Trump ment, des gens meurent » lors d’un cortège funèbre symbolique organisé devant la Maison Blanche le 20 mai 2020 pour dénoncer la criminelle gestion de l’épidémie de Covid-19 par le président.

Alors, approchons cet animal monocérébrémultiglossé, hypotronculaire, quadricornu que nous nommerons le «monstre cornu». On ne sait par quelle abracadabrante charybdance, scyllance ou hydrance il a pu devenir candidat à la présidence. Les vrillances de ses bifidants excès de langage en firent voir de toutes les couleurs (et goûter de toutes les saveurs) à des concurrents, des adversaires déroutés, désarçonnés, assommés par les violences engloutissantes de la bête immonde. Personne n’échappe à ses morsures, piqûres et vomissures :

Hillary Clinton : “menteuse pathologique, corrompue, pourrie, la crapule ”…                      Bernie Sanders : “totalement vendu à la corrompue Hillary, un désastre”.                   Elizabeth Warren, sénatrice démocrate : “Pocahontas, très raciste, la domestique d’Hillary Clinton, un héritage amérindien bidon, une complète hypocrite, une escroquerie”…

George W. Bush, “veut 120 000 dollars pour faire un discours ennuyeux, pas sympa !”…     Jeb Bush, candidat aux primaires républicaines: “ un désastre total, minable, bon à rien, cela fait quarante ans qu’il est paumé, poids plume, bidon, pathétique”…

Ted Cruz: “Ted le menteur, loser, il n’arrête pas de se coucher comme un chien ! Marionnette, il couche avec Wall Street, un hypocrite par excellence”.

Lindsey Graham, sénateur républicain : “Vraiment triste, il n’a pas d’honneur, un candidat à la présidentielle raté, je l’ai éjecté de la course comme un petit garçon ” [ndlr. Aujourd’hui, un intraitable défenseur des conneries et âneries de Trump].

John Kasich, candidat aux primaires républicaines: crétin, un échec total, un raté completpathétique, minable, aucun talent d’orateur”…

Marco Rubio, sénateur républicain : “le petit Marco Rubio, le poids plume de Floride, pas aussi malin que Cruz, mais encore plus gros menteur, minable”…

Joe Biden : «lèche-cul» de Barack Obama.

En fait, le monstre s’est plu à attribuer à ses compétiteurs, rivaux et ennemis, des descriptions qui lui vont comme un gant. Pareil à Scylla aux douze pieds et six têtes qui dévora six compagnons d’Ulysse, le monstre aux multiples langues multifides, a étripé et dévoré seize candidats républicains à la ronde badette, lors d’un débat politique époustouflant, ahurissant.  Devenu président, malgré lui, le monstre n’a pas arrêté de tourner le fer dans la plaie du mensonge éhonté et de ses venimeuses morsures.

Selon le Washington Post, il en était, en août 2020, à 20 000 mensonges répertoriés depuis son élection, un phénomène en accélération constante : de cinq par jour en début de mandat il est passé à 23 par jour depuis son acquittement par le Sénat lors de la procédure de destitution, avec une pointe à 62 dans la seule journée du 9 juillet, dont la moitié en une seule interview accordée à Sean Hannity, de Fox News, principale chambre d’écho du monstre cornu, sans oublier  ses conspirationnistes-caisses de résonnance comme Alex Jones ou le mouvement QAnon.

L’arrivée dévastatrice de la Covid-19 est venue mettre en évidence qu’un monstre nous est né. En janvier et février 2020, les tout premiers cas d’infection par le virus covidien sont signalés aux États-Unis avec deux décès les 6 et 17 février. Le cornu se montre sceptique quant à la dangerosité du virus. Le 10 février, en meeting dans le New Hampshire, il déclare : « En avril, dès que les températures auront un peu remonté, ce virus disparaîtra. Comme par miracle ». C’est le commencement des manifestations d’anomalies cérébrales du monstre, le commencement de ses monstrueux délires, mais on n’en soupçonne encore rien.

À la mi-mars, l’État de New York dénombre plus de 2 000 cas. Le gouverneur de CalifornieGavin Newsom, décide le confinement à partir du 19 mars.  Le même jour, le président-monstre annonce avoir approuvé, sans preuve scientifique établie, le recours à l’hydroxychloroquine pour lutter contre la Covid-19. On peut y voir une monstrueuse connivence avec son homologue israélien et les gros intérêts du complexe pharmaceutico-industriel. En effet, le groupe israélien spécialisé dans les médicaments génériques Teva Pharmaceutical déclarait qu’il allait « offrir » (sic) aux hôpitaux américains dix millions de doses de ce médicament. Une monstrueuse générosité…

Fin avril, un responsable du département à la Sécurité intérieure présente des « résultats » –très préliminaires– d’une étude bidonne concernant les effets tuatoires de la chaleur, de l’humidité, des UV du soleil, de l’eau de Javel sur le virus en cinq minutes et de l’alcool à 90° en trente secondes. D’aucuns soupçonnent une bidonnante manœuvre sortie tout droit de la monohémisphéralité du monstre. Qu’à cela ne tienne. Retranché derrière une monstruosité, la bête minotauresque fait d’ex-cathédrales recommandations. Écoutons-le :« Supposons qu’on frappe le corps avec une grande quantité d’ultraviolets (sic) ou juste une lumière très forte (resic); supposons qu’on amène la lumière à l’intérieur du corps, ce qu’on peut faire à travers la peau ou d’une autre façon… Et puis je vois le désinfectant qui neutralise le virus en une minute (sic)… presque comme un nettoyage (resic). Car vous voyez, le virus va dans les poumons… Ça serait intéressant de tester ça… ». Le monde entier averti, la nation prévenue, la communauté scientifique en est restée consternée, horrifiée.  Et voilà ! Vraiment, un monstre nous est né : un assassin en puissance.                                                                                              

Au 28 avril, le bilan des décès aux États-Unis atteint 58 351 à cause de la pandémie, ce qui fait que plus d’Américains sont morts de Covid-19 que durant toute la guerre du Vietnam, alors que le nombre de personnes contaminées dépasse le million de cas. Les quartiers pauvres sont plus exposés à l’épidémie que les riches. Beaucoup de leurs habitants exercent des professions ouvrières et, ne pouvant « télétravailler », sont contraints de continuer à se rendre sur leur lieu de travail. L’absence de couverture santé des plus démunis favorise également la propagation du virus.

Le 17 juin, le nombre de décès atteint le chiffre de 116 850 (selon les CDC), soit plus de décès que lors de la Première Guerre mondiale (116 500 environ). L’évolution de la situation dans les hôpitaux se dégrade. Selon le Washington Post, la collecte et la synthèse des   informations par les CDC étaient publiquement disponible sur internet ; mais le 13 juillet ces données disparaissent du site internet des CDC, l’administration Trump ayant décidé, désormais, de confier ce travail à des organismes privés, suscitant une vive polémique dans le pays.

On n’en doute pas : les chiffres extrêmement alarmants rapportées par les CDC témoignent de la grave incompétence, des magouillances, de l’irresponsabilité, de l’insensibilité, de la crétinité et de la cruauté du monstre. Le plus alarmant, le plus bouleversant, le plus choquant, le plus révoltant du cruel je-m’en-fichisme du cornu face à une situation aussi tragique, aussi catastrophique, c’est que depuis février l’animal aux cornes rétractiles savait qu’une pandémie hautement mortelle avait déjà pris place aux États-Unis.

Il l’avait clairement exprimé lors d’une série d’entretiens téléphoniques enregistrés depuis le 7 février avec le journaliste du Washington Post, Bob Woodward : « Cela circule dans l’air Bob, on peut l’attraper en respirant … C’est bien plus mortel qu’une forte grippe, c’est un truc mortel ». Pourtant, à l’époque, le monstre cornu assurait que le virus allait « tout simplement disparaître ». Il refusait de faire appliquer les mesures les plus élémentaires qui auraient pu sinon endiguer du moins ralentir considérablement la progression de la maladie : le confinement, le port d’un masque, la distanciation physique, la nécessité de se laver fréquemment les mains.

Poussant l’incompétence jusqu’à l’indécence, il a cru se justifier en déclarant : « Il fallait faire preuve de calme. La dernière chose que nous voulions montrer, c’est la panique ». L’effronté ! Il a non seulement minimisé la menace de la Covid-19, mais pire, il a menti au peuple américain. Il a volontairement, cyniquement et en toute conscience menti sur la menace qui pesait sur le pays pendant des mois. Au 9 septembre, les États-Unis avaient franchi le seuil des 190 000 morts dus au coronavirus, et le cornu continuait encore de ne pas prendre les mesures adéquates pour stopper l’apocalypse coronate.

Sans doute, le monde pharmaceutique est à la recherche d’un vaccin. Mais alors que le milieu scientifique met l’accent sur la fiabilité et l’efficacité de la solution vaccinante, ce qui devrait prendre du temps, le monstre cornu, pour de basses raisons purement politiques, électorales, vient d’affirmer que des millions (sic) de doses de vaccin seront disponibles avant la date des élections (resic) sans en préciser les modalités et le protocole de distribution et d’administration. Le menteur ! Le salisseur !

Un modèle d’étude du coronavirus prévoit que le nombre de décès dus au virus aux États-Unis atteindra 410 000 d’ici le 1er janvier, selon   l’université Johns Hopkins. Ce qui ne semble pas déranger la bête cornue. Qu’ils crèvent ! Pourvu que je sois réélu. Olivia Troye, une républicaine de toujours, la principale coordonnatrice du groupe de travail de la Maison blanche sur le coronavirus dirigé par le vice-président Mike Pence a bien eu à déclarer que l’animal cornu, en séance de travail s’est laissé aller jusqu’à dire: « Peut-être que cette histoire de COVID est une bonne chose. Je n’aime pas serrer la main des gens (sic). Je n’ai pas à serrer la main de ces gens dégoûtants » (resic). Le salaud !

Décidément, un monstre nous est né. Mais nous ne nous étions pas encore rendus compte.

Lemèm Latulipe

20 septembre 2020

 

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