Pleins Feux Sur : Léon Millien

« Un expert de la basse » | (Port-au-Prince, 1945)

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Léon Millien

Procréé à travers les tendances musicales qui ont prévalu dans la première demie des années 1960, Léon Millien a pris son envol dans l’euphorie de la vague yé-yé ; avec pour corollaires le rock, le twist, le boogaloo  parmi d’autres. Entre les errances de jazz et de bossa-nova ; pendant que le konpa de Nemours, la kadans ranpa de Sicot et la meringue moderne de Raoul Guillaume menaient la danse ; alors que « Jazz des Jeunes » est toujours actif. C’est dans ce flux que Léon s’est employé à se façonner un style de bassiste entreprenant ; l’ayant autorisé  après la ronde des petits groupes obscurs, d’être admis au sein des « Manfoubens ». Petit groupe du Bas-Peu-de-Chose à l’avenue Christophe, qui est une initiative des frères Smith et Frankie J. Baptiste. Dans lequel Léon performe à côté de son ami et voisin de l’avenue Muller, Serge Rosenthal.

Et lorsqu’il a fallu prendre un détour supplémentaire, l’ensemble s’est rebaptisé « Les Shleu-Shleu » dans l’entrain des vogues gogo et mini. De là Léon a pris son art à un palier supérieur dans l’élaboration eurythmique du 4/3 et le raz-de-marée qui a enclenché cette page singulière de la musique haïtienne  qu’est l’épopée des mini-jazz. En effet, la fièvre du ‘’shleushleuton’’ va constituer le catalyseur d’une filiation revendiquant sa propre identité. Le groupe l’aura gratifié des hits : vacances, Alfredo, Maria del alma,  Haïti mon pays, Haïti terre de soleil, Ti Carme, Maille, dans la vie, Boutilliers, café au lait, devinez etc. qui ont représenté de vrais hymnes d’ascendance. Et que Léon a su auréoler de sa précision et d’une touche qui a su relier les intervalles.

De gauche à droite : Nemours Rigaud, Léon Millien posant avec sa décoration et le Dr Franck Pierre

Pourtant, après avoir montré la voie à toute une génération dans deux albums représentatifs du moment, Léon et « Shleu-Shleu » avaient simplement besoin de respirer ailleurs. Ce qui a demeuré une constante tout au cours des ‘’sixies’’ ; au cours desquels tous les segments de la société ont été obligés de fuir la ‘’papadocratie’’. C’est ainsi qu’après  le départ du chanteur Peddy qui a consolidé la place de Zouzoul et celui du maestro Tony Moise remplacé par Fito Sadrac, le groupe, à l’exception du guitariste Rosenthal et de Zouzoul, s’est installé en 1970 à NY, suite à une tournée. C’est là que Léon et confrères, ont rebondi pour rallier une communauté en gestation dans l’album :’’ Grille ta cigarette’’ qui fut la première œuvre venue du ‘’state’’ à casser la baraque au pays ; après les initiatives de Pépé Bayard.

Conséquemment, Léon a entretenu des études musicales dans son cheminement avec le groupe. En s’acquittant dans des évolutions didactiques et la majoration de son talent. Et parallèlement avec des « Shleu-Shleu » qui ont connu une mutation par rapport à la soul music et au pop. C’est surtout l’époque des retours sporadiques au pays, où dans sa maison pas loin de la mienne, il recevait des amis tels : Jeannot, F. Courtois et autres. Venant s’acquérir des techniques apportées d’ailleurs ; tout en se rendant compte de sa formidable progression. Entre temps pour l’Original « Shleu-Shleu », entre deux ou trois albums qui leur ont permis de maintenir le cap. C’est l’imposition du « Tabou Combo » devenu le favori. Puis, du « Skah-Shah » devenu la coqueluche.

C’est donc la fin de cycles pour le premier mini-jazz dont les membres sont dispersés   dans d’autres associations. Qu’elles soient : « Essence » avec Tony Moise, « Mystic » avec Peddy, « Thamad Fever » avec Smith. Quant à Léon, il continue de cultiver sa contrebasse, tout en devenant un régulier à la New Muse School of Music. Sorte de temple du jazz et d’autres manifestations ethno culturelles à Brooklyn ; entre Bedford ave, et Eastern P’way. Où se bousculaient entre la fin des ‘’seventies’’ jusqu’au début des 1980, les musiciens et adeptes avides de notions musicales, sous la bienveillante attention du prof. Alexandre Etienne (Sansann mon prof, guide de mes premiers pas à New York, et mon ami qui a rendu l’âme le dimanche 20 septembre 2020 aux environs de 11 heures PM).  Lorsque Léon s’embarquait dans d’extravagants sortilèges de jazz ; faisant étalage de son savoir-faire qui lui ont valu l’adhésion des doctes.

Puis, succombant sous la tentation du ‘’groove’’ ambiant, il renoue avec le konpa au sein de la nouvelle formation « Sham Sham » dans les ‘’eighties’’, et, qui n’a pas eu l’écho escompté. Tout en continuant à collaborer dans d’autres projets collectifs. Incluant l’œuvre: ’’Exodus\Le zouk’’ du tandem Gary Résil et Kapi. Avant de prendre un long sabbatique qui s’est mué en éclipse permanente dans un coin de la Floride. Terre de retraite des musiciens.

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