Rachel Beauvoir, Emerante de Pradines, Gérard Daniel : Bonne traversée!

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L'anthropologue Rachel Beauvoir-Dominique éminente figure intellectuelle, qui a contribué énormément au développement des études sur la culture haïtienne et sur le vaudou. Elle a été récipiendaire en 2013 avec d’autres chercheurs de la Médaille Jean-Price Mars

Au cours de l’année 2017, bon nombre d’artistes, d’hommes d’affaires, écrivains, hommes politiques vivant soit chez nous soit en terres étrangères ne sont parvenus à résister à l’inexorable fureur de ce mystère impénétrable que nul humain n’a à date réussi à amadouer. Sur ordre express des Parques, plusieurs artistes et créateurs ont entamé contre leur gré cette longue traversée vers les rives incertaines de l’incommensurable. 2017 a débuté avec le départ le 1er mars de Thierry Gardère, président de la Société du rhum Barbancourt, à Port-au-Prince; il avait 65 ans.

Deux jours après, l’ex président Haïtien René Préval qui avait 74 ans a obtempéré aux injonctions irrévocables du destin et partait retrouver le monde des invisibles. Le lendemain  est décédé Joseph après 64 printemps (Joe) Damas un homme de la radio. Toujours dans ce même domaine,  Herby (Herbert) Widmaier, fondateur de Radio Métropole est décédé le 27 avril 2017, il avait 84 ans. Un mois plus tard, est décédé le 27 mai 2017, à New York, il avait 65 ans, le docteur Turneb Delpé, ancien sénateur de la République, coordonnateur adjoint du Mouvement Patriotique Populaire Dessalinien (MOPOD).

Le 1er juin, à 99 ans est partie Viviane Gauthier, du haut de ses 80 années de carrière comme professeure de danse. Claude Pierre, poète, est décédé le 24 juin 2017, à Montréal à 76 ans. Serge Legagneur, poète, est décédé le 30 juin 2017, il avait 80 ans. Jean-Claude Fignolé, écrivain, intellectuel, philosophe, agronome, professeur des écoles, critique littéraire, est décédé le 11 juillet 2017, à Port-au-Prince. Il avait 76 ans. Robert Labrousse, entrepreneur, secrétaire d’Etat à la Coopération externe entre 2012 et 2015, ministre des Haïtiens vivant à l’étranger entre avril 2015 et mars 2016, s’est éteint le 9 juillet 2016, il avait 76 ans.

Maximilien Laroche, professeur à l’Université Laval, spécialiste en littérature comparée, chercheur, est décédé à Montréal, le 27 juillet 2017, il avait 80 ans. Pierre Denizé, ancien directeur général de la Police nationale entre 1996 et 2001, est décédé à Miami le 1er octobre 2017, il avait 66 ans. Cary Hector, politologue, professeur d’université, est décédé le 14 octobre 2017, à Montréal il avait 83 ans. Jean-Claude Jean- Papa Pyè, comédien, est décédé le 18 octobre 2017 à 66 ans à Miami. « Lavi nan bouk » son feuilleton où il y jouait le rôle du patriarche était diffusé en 1982 sur la Télévision nationale.

Josaphat Robert (Bobisson) Large, écrivain, dramaturge, est décédé à New York le 28 octobre 2017, où il avait fondé avec d’autres écrivains la troupe de théâtre Kouidor. Paul Edouard Jean- Papa Polo, chanteur, qui a intégré l’orchestre Tropicana dans les années 70, est décédé le 25 octobre 2017, au Cap-Haïtien à 72 ans. Henriot Boulo Valcourt, chanteur, guitariste, ingénieur de son, est décédé le 17 novembre 2017, à New York, il avait 71 ans. Joseph Emmanuel Manno Charlemagne, chanteur engagé, compositeur, ancien maire de Port-au-Prince, s’est éteint à New York, le 10 décembre 2017, il avait 69 ans. Julio Jean-Pierre, écrivain, comédien, journaliste, est décédé le 12 décembre 2017, à Port-au-Prince, il avait 77 ans.

Les traversés de 2018

2018 vient à peine de poindre à l’horizon que l’on a déjà annoncé la disparition physique de la professeure d’université, mambo, anthropologue Rachel Beauvoir-Dominique. Elle serait l’unique héritière de sang en Haïti du péristyle de Mariani que son feu père Max Gesner Beauvoir avait laissé aux initiés. Conformément aux prescrits moraux de la religion Vodou, elle avait présenté en septembre 2016 un document pour exiger le respect de la mémoire de son père décédé le 12 septembre 2015 à Port-au-Prince, à l’âge de 79 ans (25 août 1936 – 12 septembre 2015), des suites d’un cancer.

Emerante de Pradines

Dans une note du rectorat de l’Université d’État d’Haïti, le vice-recteur aux Affaires académiques, le professeur Hérold Toussaint, a, au nom de la communauté universitaire, salué la disparition de cette chercheuse et de cette éminente figure intellectuelle, qui a contribué énormément au développement des études sur la culture haïtienne et sur le vaudou. Elle a été récipiendaire en 2013 avec d’autres chercheurs de la Médaille Jean-Price Mars saluant l’ensemble de ses travaux, entre autres, du livre Savalou E., co-écrit avec son époux Didier Dominique et publié en 2003 aux Editions du Centre international de documentation et d’information haïtienne, caribéenne et afro-canadienne (CIDIHCA), fondé en 1983, à Montréal. Cet ouvrage traitant du vaudou haïtien, a reçu le premier prix « Casa de las Americas » de la Havane (Cuba) en 1989.

Les funérailles de Rachel Beauvoir

Rachel Beauvoir Dominique est aussi auteure de « L’ancienne cathédrale de Port-au-Prince », ouvrage publié en 1991 ainsi que de nombreux articles, publiés sur la société et la tradition contemporaine. Après des études en anthropologie culturelle à Tufts University aux États-Unis d’Amérique et en anthropologie sociale à Oxford University, en Angleterre, Rachel Beauvoir Dominique a enseigné l’anthropologie et la culture haïtienne dans deux entités de l’Université d’État d’Haïti : la Faculté des sciences humaines (FASCH) et la Faculté d’ethnologie (FE).

Les funérailles de Rachel Beauvoir-Dominique ont été chantées le 9 janvier à Lakou Bovwa , Mariani sous les auspices de l’Ati national Joseph Fritzner Comas

Membre fondatrice de Fondations dédiées à la préservation des traditions culturelles haïtiennes, Rachel a collaboré avec le vice-rectorat à la recherche de l’UEH. Elle a aussi participé à différents projets de recherche, notamment le projet de recherche sur l’histoire de l’ethnologie en/sur Haïti, mis en œuvre par la Faculté d’ethnologie et son unité de recherche, le laboratoire LADIREP. Elle était une femme très engagée politiquement dans la bataille contre la dictature des Duvalier en 1980. Défenseure vigilante de la religion populaire, le Vodou, elle a fait partie des contingents de jeunes diplômés qui se sont empressés de rentrer au pays pour participer à sa reconstruction.

Emerantes de Pradines…aussi

Bien avant que les funérailles de Mme Beauvoir-Dominique soient chantées dans la matinée du mardi 9 janvier 2018, elle a pensé à inviter Emerante de Pradines à l’accompagner dans son interminable traversée qu’elle n’a pas voulu entreprendre en solitaire. Et cette grande danseuse qui représentait sans conteste l’un des apôtres fidèles, l’une des défenseures les plus acharnées et les plus convaincues de notre musique et de notre culture, s’est montrée assez solidaire des autres femmes. Li mache rara a ak manzè a tou. La célèbre chanteuse, danseuse et actrice Émerante de Pradines Morse est décédée le 6 janvier à l’âge de 99 ans, selon ce qu’a confirmé son fils Richard Morse sur son compte twitter.

« En 1952, de retour au pays, Charles de Catalogne m’a nommée directrice de la section féminine au Théâtre de Verdure. Ensuite, j’ai mis sur pied la troupe « Haïti Danse » et un café littéraire et artistique. Dans le même temps, je participais presque tous les soirs à « L’Heure de l’Art Haïtien », une émission radiophonique qu’animait Clément Benoît. Tout marchait très bien jusqu’au jour où, accusée de communisme, j’avais dû finalement quitter Haïti.» C’est ce que la célèbre disparue a confié au quotidien haïtien le Nouvelliste, elle qui n’avait d’autre choix que de s’auto exiler.

Émerante de Pradines était elle-même la fille d’un éminent chanteur-compositeur, Auguste de Pradines, surnommé Candio. Elle avait suivi des cours de danse puis enseigné à New-York, dans les années 1940 et 1950, et à Porto Rico dans les années 1960. A coté de sa carrière en Haïti, Émerante de Pradines avait pu se produire dans plusieurs villes des Etats-Unis et du Canada, dont New-York, Boston, Los Angeles, San Francisco, Montréal et Québec.

Gérard Daniel ensuite

Une chanteuse a toujours besoin d’un bon parolier, d’un compositeur habile et encore plus d’un instrumentiste bien appliqué pour continuer à vivre ses rêves en musique.  C’est ainsi que dans la nuit du dimanche 7 au lundi 8 janvier, le virtuose du saxophone haïtien, Gérard Daniel a rendu son dernier souffle à  Miami où il résidait. Quelle triste nouvelle pour les fanatiques de Djet-X ? C’est au milieu des années 70 que l’on a découvert le son du « saxophone clair et fluide » de Gérard Daniel le « Préfet de Brooklyn » tout d’abord avec les Shelbert puis les Shleu-Shleu et enfin avec le Djet-X à New York. Avec ce groupe de légende il composera des tubes comme « Love to love you baby », « Ret Sezi », « Fais toi plus belle », « Gagotte Djet la », « Le téléphone sonne ». On le retrouve aussi au GM Connection avec Mario Mayala et les deux célèbres morceaux You and I et Adelina.

 

Le saxophoniste Gérard Daniel

D’autres morts tragiques

Parmi les nombreux décès dus aux accidents de la route, comme c’est de coutume à l’occasion des fêtes de fin d’année, l’on ne saurait passer sous silence ce cas si tragique survenu sur la nationale numéro 1 au niveau de Carriès. Il est lié à cette rareté artificielle de carburant, œuvre malicieuse de   commerçants inconscients voulant faire fortune, comme c’est devenu coutumier` depuis quelques années. Cependant certaines personnes obnubilées par une avarice sordide, n’ont pas suffisamment de réflexe pou peser les graves risques de leurs entreprises hautement suicidaires.

C’est ainsi qu’une camionnette venant de Montrouis et transportant de la gazoline dans des récipients inappropriés, a loupé une courbe et a fait panache. Et le feu a éclaté sous le coup. Les corps carbonisés des occupants ont été méconnaissables au point qu’aucun responsable d’entreprises funéraires n’a voulu les accepter dans leur morgue. « Arrivé sur les lieux de cette indescriptible tragédie, j’ai du faire appel à un juge de paix pour dresser le constat légal et faire procéder à la levée des corps carbonisés et méconnaissables. Cependant, aucune entreprise funéraire n’a accepté de repartir avec les ossements qui restaient de ces malheureuses victimes. », a déploré le maire principal des Montrouis.

Tragédies au Champs de Mars

        De tragédies en tragédies, le pays ne cessera jamais d’en connaitre!!! C’est ainsi que dans l’après- midi du lundi 8 janvier écoulé, une catastrophe des plus regrettables est survenue au Champs de Mars à proximité du Ministère de la Culture et de la Communication. De pauvres éboueurs, à pied d’œuvre, ont été surpris par une avalanche qui en a emporté quatre d’entre eux jusqu’à ce que mort s’en soit suivie. « Les victimes ont été emportées par les eaux en furie qui charrient des sédiments de toutes sortes ». C’est ce qu’a fait savoir Fritz Sainvil.

Selon le superviseur des travaux des éboueurs, deux autres qui se trouvaient également à l’intérieur des égouts ont échappé de justesse à la noyade. Il en a toutefois profité pour dénoncer dans un langage non équivoque les multiples complications auxquelles les éboueurs font face au quotidien tout en déplorant le manque drastique de matériel. Nous ne saurions, à l’instar du maire GNB des Cayes, le cinglé Gabriel Fortuné, qui ne s’est pas gêné de faire la déclaration suivante à l’occasion de l’inauguration d’une nouvelle morgue dans sa ville. « Je suis très heureux car je pense que cette nouvelle morgue va améliorer les conditions de vie (sic) des morts. De notre coté, nous nous bornons à souhaiter « Paix à toutes ces âmes au cours de leur interminable traversée».

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