« Pleins Feux sur » : Raymond Sicot (Port-au-Prince, 1928 – Floride, 1978?) « Le trompettiste à la sonorité unique »

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Raymond Sicot

Raymond Sicot s’était manifesté, en faisant montre d’un savoir-faire musical énorme. Ce qui lui a valu d’être incessamment  sollicité dès l’adolescence par divers maestros pour colorer leur musique  de sa sonorité unique. Néanmoins, cette attention dont il fut l’objet eut pour effet de l’affubler d’un statut de mercenaire ; ayant fait le tour des groupes du milieu incessamment, sans s’engager avec aucun. Expert des cuivres, tromboniste et surtout, trompettiste hors-norme, avec un phrasé à la fois élastique et pétaradant, R.S fut formé comme son frère Wébert à la Centrale des Arts et Métiers sous la direction de l’indécrottable Augustin Bruno. Ce superbe et éclatant musicien fut aussi un extraordinaire chef d’orchestre et un fameux arrangeur. Il a débuté sa carrière sous la supervision de l’incontournable F. Guignard, qui le recommanda, lui et son frère Wébert, à Claudin Toussaint. C’est avec celui-ci qu’il signa son premier contrat professionnel au sein du «Jazz Capois» ; groupe d’avant garde du Cap – Haïtien. Puis s’ensuivent de multiples boulots de-ci, de- lá, et subséquemment le respect et la reconnaissance de son immense talent.

Raymond a dû évoluer à l’ombre de son frère Wébert plus exhibitionniste, malgré son jeune âge, au sein du «Casino International» et au début du kadans ranpa, l’espace d’un cillement. Le groupe avait même été baptisé «Les Frères Sicot». Mais deux Sicots ne pouvaient occuper le même trône,

Raymond se crut obligé d’abdiquer la couronne. Ce trompettiste de niveau supérieur, a su, par son souffle puissant et son style excitant présenter une sonorité inimitable, qui atteignit les sommets du suraigu de son phrasé florissant. Il arrangea et orchestra le grand ensemble qui donna la réplique à Guy Durosier au Carnegie Hall de New York, dans les années 1960. Ce tandem d’exception  visita de nombreux pays et Raymond, a pu faire montre de ses grandes capacités, voire mériter les faveurs de la loyauté britannique, sous la forme d’une trompette d’or de la part de la princesse Margareth.

Sybarite insouciant, il aurait fait bien meilleure carrière se fût-il appliqué à une discipline plus rigoureuse. Paradoxalement, il se délectait du fumet des chaudrons de ‘’béga’’(1) au Portail Léogâne, à la manière de “ti paris”, et qui les rendait nostalgiques, lorsqu’ils étaient en tournée à l’étranger. A la fin des années 1960, il monta un nouveau groupe pour amuser la communauté de New York où il résida. Puis, il partit conquérir les Antilles, pour rentrer en Haïti au début des années 1970 et forma un autre orchestre éphémère. Ayant perdu son rayonnement face à la concurrence et la montée d’une nouvelle vague musicale, il alla s’établir à Miami. Quelques temps après, en proie à des maladies ruinant sa santé, s’éteignit cet extraordinaire virtuose dont le sens de la diversité, le flair de l’harmonie et du rythme avaient fait de lui un maître de la trompette et un musicien hors-pair.

 

 

1-Mets constitués de testicules de cabrits.

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