Home Editorial Peut-on combattre l’insécurité en Haïti sans combattre l’impérialisme ?

Peut-on combattre l’insécurité en Haïti sans combattre l’impérialisme ?

0
1795

L‘insécurité qui règne en Haïti n’est pas un phénomène passager. Il ne s’agit pas d’une maladie qui frappe le pays comme le coronavirus ou le sida. C’est un projet méticuleusement élaboré pour nous conduire à cette situation tragique et déplorable.

Après tout, c’est un phénomène que nous ignorions à une certaine époque. Si nous en sommes victimes aujourd’hui, l’essentiel est d’en rechercher la source, plutôt que de se laisser distraire par des futilités. Le discours selon lequel les États-Unis, le Conseil de sécurité des Nations-Unies, autrement dit la Communauté internationale, mobiliseraient tous les moyens à leur disposition pour rétablir la paix et la sécurité en Haïti, est une farce. Ils savent pertinemment, et sans la moindre ambiguïté, que c’est un mensonge. Cette insécurité est un poison savamment instillé au cœur d’une machine de déstabilisation bien huilée, visant à détruire complètement mais à petit feu le pays.

En raison d’une dépendance politique, économique et culturelle vis-à-vis de Washington, le cas d’Haïti est encore plus grave. S’il s’agissait d’un pays doté d’un gouvernement progressiste luttant pour libérer la nation de la domination américaine, nous pourrions comprendre pourquoi ils recourent au sabotage, comme ils le font avec Cuba et le Venezuela.

Or, les dirigeants haïtiens sont soumis à leur autorité et ne sont pas un obstacle à leurs intérêts, à l’exception du peuple qui résiste parce qu’il aspire au changement; et pourtant, ils sont en train de l’agresser, afin de le réduire à néant. La politique néocoloniale flagrante, conjuguée au traitement humiliant réservé aux immigrants haïtiens, démontre que l’impérialisme américain hait Haïti, mais aime ses richesses.

L’insécurité sert grandement les intérêts de l’impérialisme américain.

En réalité, nous sommes historiquement en désaccord, voilà ce qui les pousse à manifester tant de haine envers le peuple. Ce peuple qui s’est émancipé de l’esclavage les armes à la main. Cette liberté ne lui a pas été offerte comme un cadeau ; elle lui est pleinement légitime.

L’insécurité sert grandement les intérêts de l’impérialisme américain. C’est elle qui leur permet de contrôler plus facilement nos ressources minières sans la moindre opposition. L’insécurité renforce l’influence des États-Unis dans le pays. Le capitalisme ne vit pas sans guerre, sans exploitation ni destruction mutuelle. Ainsi, pour nous tromper, ils prétendent venir nous aider.

C’est dans ce contexte qu’ils invoquent des prétextes humanitaires ou démocratiques, à peine crédibles. Les impérialistes prétendent guérir le fléau de l’insécurité, mais ce sont précisément eux qui instrumentalisent cette insécurité à leur profit. Ils sont intervenus par le biais de la MINUSTAH qui, au lieu de gérer la situation, n’a fait que l’empirer. Ils reviennent avec la mission kényane pour implémenter l’insécurité.

L’oligarchie capitaliste haïtienne, sous leur tutelle, les autorise à agir comme ils veulent tant qu’elle s’enrichit sur la misère du peuple. Les dirigeants fantoches au service des États-Unis ne demandent rien de plus ; le Premier ministre/Président de facto Alix Didier Fils-Aimé, chef du Conseil Supérieur de la Police National (CSPN), a réaffirmé son engagement total à lutter contre l’insécurité et à éradiquer la criminalité, sans condition ni compromis.

Nous ne pouvons combattre l’insécurité sans combattre le porteur de ce virus, le laboratoire qui l’a produit pour détruire l’espèce humaine.

La classe politique traditionnelle a offert à l’impérialisme le prétexte idéal pour renforcer son emprise en brandissant le terme « terroriste » comme une nouvelle arme rhétorique afin de mettre son pays sur la liste noire et de l’isoler du reste du monde. Le rôle de ce Premier ministre est de continuer  à brader toutes les richesses du pays, plongeant la population d’abord dans l’insécurité alimentaire, puis dans l’insécurité sociale.

Pour la manipulation mentale du peuple, ils utilisent toutes sortes de slogans creux : « Tous les moyens nécessaires sont déployés pour frapper fort et reprendre le contrôle du territoire. Il faut que la population respire, que la peur disparaisse. Le gouvernement est déterminé à mener ce combat jusqu’au bout. Rétablir l’ordre, garantir la sécurité et restaurer la paix constituent les priorités absolues des autorités. Haïti reprendra son destin en main ! »

Cette nouvelle forme de propagande constitue un nouvel élan pour masquer le faux soutien international à la sécurité, marqué par la création de la nouvelle Force de Répression des Gangs (FRG) actuellement en cours de déploiement. Avec ces instruments de la politique impérialiste, il est impossible d’endiguer l’insécurité sans mettre un terme à la domination de l’impérialisme américain. Cette domination nous place à la croisée des chemins : soit nous luttons pour nous affranchir, soit notre pays est voué à disparaître.

Il est tout à fait possible de s’attaquer à certains aspects immédiats de l’insécurité, tels que : la délinquance locale ou le grand banditisme par des mesures policières et judiciaires. Toutefois, pour éradiquer les causes profondes de l’insécurité globale, il est impératif de combattre l’impérialisme dans la mesure où ses véritables racines sont dans la crise insoluble du système capitaliste. Ce sont eux qui conspirent pour fomenter des coups d’État, assassiner un président, détruire l’agriculture et anéantir toutes les entreprises publiques sur lesquelles la classe ouvrière s’appuyait pour structurer son existence et, en définitive, améliorer ses conditions de vie. Aujourd’hui, il ne reste plus rien, le pays vit aux dépens de la production étrangère principalement des Etats-Unis et de la République dominicaine, un autre acteur clé de la déstabilisation.

L’impérialisme, considéré comme le stade suprême du capitalisme, se manifeste toujours par une brutalité sans bornes. Le mal est infiniment profond. Il n’y aura aucune issue au sous-développement et à l’insécurité sans le renversement de l’ordre impérialiste dominant dans le pays. Seule la mobilisation de millions de travailleurs et de jeunes, tous unis au sein de leurs organisations, peut empêcher ce régime agissant pour le compte de l’impérialisme d’aller au bout de cette logique de destruction sociale visant à l’instauration d’un État indigne et dépourvu de souveraineté.

Non ! Nous ne pouvons combattre l’insécurité sans combattre le porteur de ce virus, le laboratoire qui l’a produit pour détruire l’espèce humaine. Il est impossible de combattre durablement l’insécurité en Haïti sans affronter la question de l’impérialisme, les deux étant structurellement liés. La violence des gangs dans les quartiers ouvriers et l’ingérence étrangère sont les deux faces d’une même médaille qui paralyse la souveraineté de notre pays.

Peuples cubain et vénézuélien, il est d’une nécessité absolue de ne pas relâcher le combat que vous devez mener sans relâche pour défendre votre pays contre l’impérialisme américain, qui vous ment en prétendant vouloir défendre vos intérêts. Cette rhétorique trompeuse, véhiculée par l’administration Trump, ne vise-t-elle pas à vous piéger, à faire de vous un État paria exactement comme ils y sont parvenus en Haïti ?

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here