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Meurtri par son ingouvernabilité

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Haïti semble être le seul pays où, sous la pression des circonstances, ce qui n’aurait jamais dû arriver devient une réalité incontournable. Ce qui était censé être provisoire se transforme en habitude, en situation permanente. L’un des exemples les plus frappants est le Conseil électoral provisoire (CEP), une structure temporaire en activité depuis près de quarante ans. Personne ne semble se sentir interpellé par la nécessité de mettre fin à cette aberration administrative. Le pire, sans aucun doute, est l’absence d’autorité de l’État, incapable de garantir le respect et l’application de la loi tels qu’ils devraient l’être !

Le pays n’est plus gouverné, et ce, depuis la période ayant suivi l’assassinat du dernier président élu. À deux reprises, c’est un simple Premier ministre dont la légitimité est plus que douteuse, voire illégale qui dirige l’État. Cette situation, censée être éphémère, s’est muée en fait accompli dans le climat troublé qui règne dans le pays. Loin d’effacer l’absurdité ou de corriger les erreurs, nous assistons à une décadence effrénée. En somme, c’est une fuite en avant dans l’horreur ! N’est-il pas vain de continuer à entretenir l’illusion qu’il est possible d’accomplir quelque chose de positif avec ce régime de transition, composé de fossoyeurs et d’usurpateurs ayant plongé le pays dans un abîme d’ingouvernabilité ?

Il ne serait pas surprenant que l’épisode de la récente Coupe du monde de football à laquelle Haïti a participé sans disputer le moindre match de préparation ni les phases qualificatives à domicile ne soit pas un simple incident passager, mais une disposition, une conséquence de l’incohérence politique. Ce ne sont pas les Haïtiens qui sont ingouvernables ; c’est l’échec total d’une classe inféodée à l’impérialisme occidental. Le principe d’action de ces soi-disant dirigeants est simple : si une chose est faite une fois, elle peut être répétée indéfiniment.

Leurs actes n’ont jamais été suivis de mesures correctives, et aucune disposition n’est prise pour remédier à une situation critique ou pour empêcher qu’elle ne se reproduise. Pour la plupart d’entre eux, rien d’anormal ne s’est produit avant notre participation à la Coupe du monde. C’est pourquoi le sujet ne suscite aucun débat ; même la Fédération haïtienne de football, par son silence, se rend complice des autorités politiques.

L’équipe haïtienne n’est pas revenue au pays pour saluer son exploit et recevoir l’hommage populaire dû à ceux qui ont défendu les couleurs nationales.

Ne soyez pas surpris si cette anomalie finit par être acceptée comme une situation permanente. Cette classe dirigeante, qui multiplie les coups bas, les assassinats et les intrigues de toutes sortes pour conserver le pouvoir, n’a rien d’angélique et est incapable d’éprouver la moindre honte. Or, quiconque est incapable de ressentir de la honte est dangereux. Certes, la situation était déjà difficile avant la Coupe du monde – nous avons fermé les yeux et participé avec les moyens du bord -, mais il est nécessaire de montrer à la population qu’il existe une volonté d’éviter de retomber dans la boue qui cherche à nous salir. Nous ne voyons aucun signe susceptible de laisser espérer un changement ou d’envisager une autre voie.

La Coupe du monde 2026, malgré le mercantilisme excessif et les ingérences impérialistes, a captivé la planète entière, mais il aurait été souhaitable que le pays tire profit de sa participation. La population a certes manifesté sa ferveur en se rassemblant en masse dans les stades pour soutenir les « Grenadiers », mais les dirigeants ont clairement montré qu’ils n’étaient pas sur la même longueur d’onde. À l’issue de la Coupe du monde, toutes les équipes sont rentrées chez elles, accueillies avec honneur et respect pour avoir représenté leur nation. Pour Haïti, la situation est différente ; chaque joueur semblait ne représenter que lui-même. L’équipe haïtienne n’est pas revenue au pays pour saluer son exploit et recevoir l’hommage populaire dû à ceux qui ont défendu les couleurs nationales. À quoi sert un tel gouvernement ?

Incapable de créer des emplois ou d’assurer la sécurité et la santé de la population, il ne partage même pas la joie populaire. Quel est l’intérêt de tolérer de tels individus à la tête d’un pays, si ce n’est pour piller les caisses de l’État ? S’il existait un véritable pouvoir exécutif, des mesures auraient été prises en amont pour atténuer les conséquences de cette situation. Il aurait été nécessaire, voire indispensable, de prendre des dispositions avant même notre élimination pour que les joueurs et l’ensemble de la délégation haïtienne rentrent au pays, afin que nous puissions leur témoigner notre amour et notre reconnaissance patriotique. L’accueil réservé à l’équipe nationale aurait dû constituer un moment fort, comme l’ont montré tous les autres pays ayant participé à la Coupe du monde.

Pourtant, rien de tel n’a été fait, ni avant ni après la compétition. Le pouvoir en place fait preuve d’une inconstance totale ; il n’a même pas cherché à saisir l’opportunité offerte par l’actualité dominée par la fièvre du mondial pour définir des perspectives d’avenir. Ce projet relevait de la responsabilité de l’État et de la Fédération haïtienne de football. Toutefois, quelques joueurs, trois ou quatre sont rentrés au pays par leurs propres moyens et ont pu constater l’accueil chaleureux que leur réservait la population. Partout où ils passaient, des scènes de joie et d’euphorie attiraient les foules. Qu’avons-nous gagné à ne pas faire venir l’équipe nationale sur le sol haïtien ? Pourquoi n’avons-nous pas mis en œuvre un tel projet, comme cela s’est fait partout ailleurs ? Qu’est-ce qui nous distingue des autres pays ?

Il faut dire que les choses n’ont pas toujours été ainsi. Ce sont ceux qui détiennent le pouvoir depuis quarante ans qui ont démantelé le pays. Ils ne servent que leurs propres intérêts, au détriment du pays et de la population. Ce qui s’est passé est le fruit d’une répression absurde de la joie populaire. Voyez comment la population a récemment accueilli Abigaïl Alexandre et Ariana Milagro Lafond, deux jeunes prodiges qui ont fait la fierté d’Haïti sur la scène internationale. Abigaïl a brillé en tant que championne internationale d’éloquence en France, tandis qu’Ariana a remporté le concours « House of Challenge » au Togo, où elle a présenté des solutions pour la sécurité alimentaire. Le gouvernement n’a tiré aucune leçon sur la manière de servir le pays en organisant un accueil officiel pour les joueurs de la sélection après qu’ils ont défendu les couleurs nationales avec panache. Quel cynisme !  Ce geste aurait été un acte de prestige, un symbole de fierté d’une grande portée nationale.

En vérité, le fait que la sélection n’ait pas fait le voyage en Haïti constitue une immense déception, une insulte au peuple, à la nation. Cela aurait contribué à une grande célébration de l’unité nationale. Mais cette bourgeoisie a démontré une fois de plus, avec mépris, qu’elle n’a rien en commun avec le peuple haïtien et que son gouvernement infâme n’a ni le moindre souci ni la moindre ambition pour le pays. Ainsi, le peuple haïtien, meurtri par l’ingouvernabilité du pays, n’a rien à attendre ni à espérer de ces valets au pouvoir, si ce n’est de les jeter tous dans des poubelles et d’y mettre le feu !

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