Libye : ces images intolérables

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La Libye n’est plus que l’ombre d’elle- même et, malheureusement, les images captées par CNN sont là pour nous ramener à cette réalité dramatique.

Les images, en provenance de Libye, qui ont choqué à juste titre tant de personnes étaient malheureusement prévisibles. Nous avions été nombreux à alerter sur l’état de la Libye après la chute de Kadhafi. Ces images, filmées en caméra cachée par la chaîne CNN, nous ramènent plusieurs siècles en arrière, lorsque l’esclavage était encore en vigueur et que les êtres humains étaient vendus comme de simples marchandises. Ces images, insupportables aux yeux du plus grand nombre doivent nous amener à nous poser les bonnes questions.

Depuis la chute de Kadhafi, quoi que l’on puisse penser de lui et de la Grande Jamahiriya arabe libyenne populaire et socialiste, qu’il avait instaurée, la Libye n’est plus que l’ombre d’elle- même et, malheureusement, les images captées par CNN sont là pour nous ramener à cette réalité dramatique.

La chute de la Libye populaire et socialiste

On peut au moins s’entendre sur le fait que la prétendue, “révolution libyenne” n’était, en réalité, qu’une machination de plus orchestrée depuis les bureaux de l’impérialisme dont le but était clair : renverser un Etat souverain africain et arabe. Et il y a fort à parier que si la Libye avait accepté de brader son économie aux multinationales, elle n’aurait jamais été détruite de la sorte. C’est précisément parce que la Libye s’est posée en Etat souverain, anti-impérialiste, et dans une certaine mesure socialiste, qu’elle a été la cible de l’OTAN, organisation qui du fait de la disparition de l’URSS, donc du Pacte de Varsovie depuis 1991, ne devrait plus exister.

La multitude des analyses, et critiques de la Libye de Kadhafi qui existent d’ores et déjà n’en nécessitent pas de nouvelles de ma part. Toutefois on pourra, encore une fois, être d’accord pour dire que du temps du Colonel, santé, éducation, logement, étaient des priorités de l’Etat et que du fait de la destruction de cet Etat, le peuple libyen a été le principal perdant de cette guerre menée au nom des intérêts impérialistes. Il ne faut pas oublier non plus que l’assassinat du dirigeant libyen, et les bombardements massifs sur les populations civiles d’un pays, constituent, jusqu’à preuve du contraire, une sérieuse violation du droit international qui stipule la souveraineté de chaque Etat sur son territoire.

Car si les droits de l’Homme avaient été la réelle cause de l’intervention en Libye, il y a longtemps que la plupart des pays, à commencer par ceux prétendant imposer la démocratie, auraient été inquiété pour de tels agissements. Les bombardements sur les populations civiles libyennes, par l’OTAN, restent d’ailleurs, à ce jour, encore impunis.

Une Libye ingouvernable 

L’histoire se répète. Car les erreurs commises en Irak, ont été reproduites en Libye, et, aujourd’hui en Syrie. Le démantèlement de Nations souveraines, et dans le cas de ces trois Etats, socialistes, a toujours été l’une des pierres angulaires de l’impérialisme nord-américain. La méthode est toujours la même, d’abord on diabolise, par les médias, l’Etat que l’on souhaite détruire, puis on utilise un prétexte, pour l’envahir et détruire toutes les infrastructures, tout cela dans le but évident d’instaurer une démocratie.

La Libye a connu ce sort, et les grandes manifestations de soutien au régime de Kadhafi étaient volontairement passées sous silence. Était-il si surprenant, qu’après la chute de l’Etat, les milices au pouvoir allaient désormais se combattre les unes les autres ? Car voilà la situation en Libye aujourd’hui : une partie du territoire est revendiquée par un groupe, qui se prétend légitime, une autre partie du territoire par un autre, des groupes terroristes ont pris racine dans une autre zone, et au milieu de tout cela, le peuple libyen qui regarde, sans ne pouvoir rien faire, la guerre détruire son pays.

Les armes utilisées par les rebelles libyens en 2011, livrées par les occidentaux, ont servi à alimenter tous les mouvements terroristes qui se sont développés en Afrique ou au Moyen-Orient. En tenant compte de ces informations qui aurait pu penser le moindre instant que la Libye allait devenir un Etat démocratique et prospère ?

Manifestation à Genève pour dénoncer la vente de migrants comme esclaves en Libye

Que faire maintenant ?

Ce rappel des faits historiques nous conduit naturellement à évoquer la question qui choque aujourd’hui. Ces images de migrants vendus aux enchères pour une poignée de dinars sont intolérables pour quiconque ayant une estime de la vie et de la dignité humaine. Le gouvernement de Tripoli a annoncé ne pas avoir eu connaissance de telles pratiques. Une enquête devrait être ouverte contre des actes inhumains mais le mal est déjà fait. Zeid Ra’ad Al Hussein, Haut Commissaire de l’ONU aux droits de l’Homme, n’a pas mâché ses mots en évoquant la question des migrants situés en Libye : « la communauté internationale ne peut continuer à fermer les yeux sur les horreurs inimaginables endurées par les migrants en Libye et prétendre que la situation ne peut être réglée qu’en améliorant les conditions de détention. La politique de l’UE consistant à aider les gardes côtes libyens à intercepter et renvoyer les migrants est inhumaine »

En effet, en vertu de récents accords, les migrants arrêtés en pleine traversée sont effectivement renvoyés en Afrique du Nord, notamment en Libye, où ils sont accueillis dans des conditions ignobles et inhumaines. Rappelons que des violences étaient déjà pratiquées sur les migrants dès 2011 dans les zones contrôlées par les rebelles. Ces actes ne sont donc pas anodins, et devraient constituer, en suivant la logique occidentale, une intervention rapide au nom des droits de l’Homme. Dans ce contexte, de simples mots et de simples dénonciations, ne suffiront pas à enlever le mal qui a été fait. Ce fléau de l’esclavage est malheureusement encore présent dans d’autres pays africains, et seule pour l’instant rien ne semble être fait pour que ces pratiques d’un autre temps cessent une bonne fois pour toute.

 

République Sociale 22 novembre 2017

 

 

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