Lettre ouverte aux Parlementaires haïtiens

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« La grandeur des Chefs n’est pas dans leur personne, mais dans la mesure où ils servent la grandeur de leur peuple ».
Jose Marti

Honorables Parlementaires,

J’estime opportun de partager avec vous quelques réflexions quant à mes inquiétudes sur le risque d’une implosion sociale d’une magnitude incalculable dans les prochains jours si rien n’est fait pour contenir cette descente aux enfers dont les véritables victimes ne seront autres que les exploités de ce système d’oppression politique, ceux qui constituent cette masse silencieuse, aveuglement soumise aux moindres adversités sociales et désormais climatiques.

Sans vouloir vous offenser étant les représentants légitimes des 118 communes et/ou circonscriptions électorales ainsi que les dix (10) départements du pays, laissez-moi vous dire que vous êtes tout simplement une honte nationale ayant cautionné, voté sans aucune gêne ni d’esprit critique,  le projet  des lois de finance 2017 – 2018 accusant une série d’irrégularités et de déficits. L’on comprendra vite les raisons pour lesquelles, Jean-Robert Hérard, qualifie « le Palais Législatif, votre lieu de travail, comme une sorte de caverne ‘’d’Ali Baba’’ où l’on trouve tout, sauf les connaissances et les compétences requises » pour l’exercice d’un rôle de premier plan dans l’équilibre de la gouvernance publique.

Cet espace qui devrait être le haut lieu de l’intelligentsia haïtienne est transformé en une véritable plateforme de marchandage où tout est négociable au détriment des enjeux de l’heure. En peu de temps, la crédibilité du Parlement s’est évaporée sous le poids du clientélisme et de l’individualisme. Voilà pourquoi nous questionnons constamment votre rôle au Bicentenaire quand les scandales de corruption et le déficit d’engagement qui caractérisent cette législature,  sont devenus la marque de fabrique des deux chambres.

Vous retiendrez sans doute la date du 12 septembre 2017 où bon nombre de citoyens, d’horizons sociopolitiques divers, ont pour la première fois investi les rues de Port au Prince, depuis l’accession au pouvoir du président Jovenel Moise, pour dénoncer ce budget pour lequel quelques-uns de vos votes ont été acquis à coup de millions. Il nous est si difficile de croire que vous avez vendu votre âme et celle des masses populaires qui vous ont confié leurs votes au profit de votre enrichissement. Ainsi, vous détruisez à petit feu l’avenir de nos jeunes qui rêvent malgré tout d’une Haïti où il fait beau de vivre; vous qui êtes censés la caisse de résonnance de notre dure réalité, vous agissez sans aucun scrupule et avec beaucoup de légèreté.

Pensez-vous une seule seconde comment élaborer des projets de lois ambitieux capables de propulser les bases pour l’amélioration de notre système de santé, l’un des plus en retard de l’Amérique, si l’on tient compte du dernier rapport quinquennal (2013 – 2017) de l’Organisation Panaméricaine de la Santé (OPS) alors que tout près de nous, Cuba est classé en première position? Comment allez-vous faire pour exiger plus d’allocation et contrôler les dépenses en matière de couverture sanitaire à travers le pays afin qu’elle soit universelle et durable?

Êtes-vous prêts à ouvrir le débat sur la nécessité impérieuse de redresser notre système éducatif haïtien inefficient et inefficace devant répondre aux défis locaux de justice sociale, d’opportunités pour tous et de quête d’excellence?

Dites-nous, chers compatriotes, honorables députés et sénateurs quand allez vous cesser d’être de simples élus pour devenir plutôt de véritables serviteurs aux douze (12) millions que nous sommes et dont votre luxe, vos paies, frais et immunité en dépendent grandement.

Pour finir, laissez-moi vous rappeler que depuis vingt-ans, Haïti figure parmi les pays de la région en particulier, et du monde en général, comme étant le plus mal classé sur tous les indicateurs relatifs aux conditions de vie des peuples.  Les accidents de la circulation, l’insécurité grandissante et ciblée, l’insalubrité et les conflits terriens constituent jusqu’à présent des défis pour les gouvernements qui ont succédé au timon des affaires.

La fuite de nos cerveaux en Amérique du nord et en Europe, la forte migration récente de nos jeunes vers le Chili et le Brésil représentent un souci majeur au développement du pays.

Je voudrais, patriotiquement vous conseiller d’emprunter la voie de l’humilité, d’initier un dialogue inter-haïtien avec toutes les forces vives et démocratiques du pays en particulier les jeunes, de cultiver  la lumière et la sagesse nécessaires à votre édification et à votre maturité politique.

Woody DORSAINVIL
M.Sc (509) 47-17 83-73
Kinésithérapeute

Port-au-Prince, 20 Octobre 2017

 

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