L’échec des deux derniers régimes politiques en Haïti suscite un grand désarroi collectif

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Michel Martelly et Jovenel Moise. Les deux derniers chefs de l’Etat haïtien proviennent du PHTK.

Beaucoup de gens s’adonnent à manipuler la population haïtienne dans de mauvaises directions parce que c’est une population qui est appauvrie en esprit et en monnaie. Les politiciens haïtiens  sont les premiers à utiliser les voies médiatiques telles que les stations de radios, de télévision et les réseaux sociaux pour déjouer la réalité de vie des familles haïtiennes.

Aujourd’hui, nous constatons que la majorité des familles haïtiennes se sont appauvries. C’est d’ailleurs 85% d’haïtiens qui sont au chômage, et qui sont pour la plupart des analphabètes. Par conséquent, un leader haïtien qui se veut être effectif doit chercher à stimuler l’esprit de chacun des acteurs politiques sur le terrain afin de réorienter la conscience populaire au lieu d’encourager la partisannerie. Le professeur Noam Chomsky, avec qui j’avais eu l’honneur de m’entretenir dans un court dialogue à Columbia Université lors d’une petite visite, avait présenté sa thèse de doctorat à l’Université de Pennsylvanie en 1955 sur l’analyse transformationnelle, m’a appris que la stratégie de la distraction est réelle et que de ce fait il faut à tout prix essayer de ressusciter l’esprit des plus éduqués dans la société pour agir rapidement surtout quand l’avenir d’une nation est en danger.

La naïveté et l’ignorance de la population haïtienne permettent aux faux prophètes de s’enrichir davantage.

Les Haïtiens d’hier et d’aujourd’hui s’adonnent à la prière comme outil de changement réel. L’homme haïtien espère que quelque chose va changer par la grâce des saints et des saintes alors que les politiciens s’initient à la sorcellerie pour les maintenir dans l’état d’ignorance. On continue à entendre la cloche des églises sonner chaque matin pour que les pauvres gens vivant dans les banlieues populaires, qui croupissent dans la misère extrême, peuvent continuer à faire des pèlerinages, [à défiler] dans toutes les paroisses et églises et dans toutes les fêtes de champêtres notamment la fête patronale de Saut-d’eau.

Je me souviens de l’église catholique de Saint Joseph située à Port au prince qui attirait pas mal de mendiants. Je me souviens de l’église catholique de Saint Anne située à la rue du Centre. C’était une église ancienne dans laquelle beaucoup d’âmes de nombreux d’haïtiens reposent en paix. Je me souviens de l’ancien bâtiment de la cathédrale de Port au Prince dans laquelle la source mythique duvaliériste avait pris naissance. Enfin, je me souviens de l’église catholique de Saint Jean Bosco située à La Saline, une banlieue pourrie de Port au Prince la capitale d’Haïti. Cette dernière église avait pour marque les martyrs de la résistance du peuple en lutte.

La naïveté et l’ignorance de la population haïtienne permettent aux faux prophètes de s’enrichir davantage. Les bancs des petites églises s’accroissent rapidement parce que la collecte de monnaies est garantie. Des maladies endémiques continuent à se propager malheureusement dans le pays alors que l’Etat haïtien n’adopte pas des mesures préventives effectivement pour garantir la bonne santé du public. Il n’est pas un secret que la majorité des gens qui fréquentent les églises évangéliques préfabriquées sont des jeunes qui sont désorientés à cause de la rareté des emplois. Ce sont ceux-là des membres sortant de la classe paysanne. Les fils et les filles des paysans qui s’enfuient des zones les plus reculées des villes de province pour se rendre dans la capitale d’Haïti à la recherche d’une vie meilleure.

Et pourtant la vie meilleure est au delà de l’horizon. La jeunesse haïtienne se laisse ridiculiser par les politiciens traditionnels haïtiens sous prétexte de culpabilité et [du] mystère de la honte de l’élite haïtienne. Toutefois, la jeunesse haïtienne a perdu toute confiance en soi et une large portion de jeunes haïtiens (nes) fuient Haïti pour se réfugier partout dans le monde. Ils se sont réfugiés pour la plupart au Chili, au Brésil et notablement en République Dominicaine.

Comme disait Pierre Corneille, « Trêve, mes tristes yeux, trêve aujourd’hui de larmes. Il est temps d’arrêter les plaisanteries, il est temps d’agir ». Malheureusement, la génération d’aujourd’hui n’est pas celle du passé. On avait connu dans le passé des haïtiens et haïtiennes surdoués(és) qui prenaient d’énormes risques pour défendre les droits fondamentaux de l’homme haïtien dans ses œuvres. On peut citer entre autres les noms de Dantès Bellegarde, d’Oswald Durand, Jean Dominique. Ces derniers penseurs haïtiens avaient su et prédit que la société haïtienne serait en danger aujourd’hui si nous n’apprenons pas aux Haïtiens en général à lire et à écrire. Cela n’a jamais fait l’objet d’un agenda collectif.

nous, les politologues, devrions voir dans quelle mesure la participation politique des haïtiens dans les affaires publiques doit évoluer au gré des transformations de la société.

Dans ce cas, il est évident que même les théoriciens de la littérature haïtienne n’arrivaient pas à combattre l’ignorance qui existait dans le milieu haïtien depuis des dizaines d’années. La génération d’aujourd’hui est la génération de l’ère technologique qui a hérité de l’effort des anciens, donc elle a la majeure responsabilité à changer l’état des choses en Haïti. Il y a l’urgence d’éduquer le peuple haïtien pour alllumer la flamme de la connaissance et non pas des flammes de feu qui détruisent les bâtiments et l’environnement physique d’Haïti. Le seul bien-être pour le peuple haïtien est la connaissance, alors que le seul mal est l’ignorance.

La jeunesse haïtienne ne doit pas avoir peur du changement car les jeunes haïtiens et haïtiennes ont pour obligation d’apprendre à se conduire comme des agents de changement dans la société haïtienne. Le secret du changement est de concentrer toute [son] énergie pour ne pas lutter contre le passé, mais pour construire l’avenir. Les expériences faites dans des pays pauvres comme Haïti, des pays qui ont connu des moments tragiques dans leur passé historique, ont prouvé que le rôle des agents de changement n’est pas aussi facile surtout lorsqu’ils sont obligés d’aller à l’encontre de la culture politique instituée dans l’environnement politique du pays par des amateurs en politique.

L’homme haïtien n’a pas la capacité de réfléchir, de comprendre les enjeux politiques et de prendre part à la politique. Tout ceci ayant rapport à la culture politique. Je vois la culture politique de la même manière que les anciens de l’antiquité comme un genre cohérent de penser a la manière dont la politique et le gouvernement devraient être conduits. Il s’agit aussi de l’ensemble des valeurs, normes et stratégies qui guident les attitudes politiques des individus. Il y a donc un lien entre la culture politique et la manière d’exercer et/ou contrebalancer le pouvoir. Donc, la culture politique instituée dans la société haïtienne est néfaste pour la démocratie.

La démocratie haïtienne est en danger puisque la culture politique en Haïti qui correspond à la fondation culturelle de la démocratie est dans un état critique. Tout le monde cherche à trouver des réponses relatives aux questions suivantes: qui fait quoi, quand et comment faire mais pourquoi faut-il faire de la politique en Haïti? Tous les haïtiens se déclarent n’être responsables de rien et qu’ils n’ont rien à voir avec le mal du pays. De ce fait, pour influencer les comportements politiques des haïtiens, il faut à tout prix  pénétrer la faculté de jugement des individus pour stimuler les connaissances détenues par les individus en matière politique et aussi pour développer le pouvoir à contrôler ses émotions suscitées par les échanges entre les individus. C’est à partir de là que nous, les politologues, devrions voir dans quelle mesure la participation politique des haïtiens dans les affaires publiques de la nation doit évoluer au gré des transformations de la société. Si on est convaincu que la démocratie est l’unique voie du changement de société il faut convaincre l’homme haïtien à participer obligatoirement aux affaires civiques et politiques en Haïti.

Prof. Ron Saint Cyr, Politologue

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