Le sens d’une élection ?

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Jusqu’à preuve du contraire, le processus pour le premier tour des élections présidentielles et législatives continue d’être en cours pour le 9 octobre prochain ; d’autant que le Conseil électoral Provisoire déclare tout bonnement qu’il est sur la bonne voie. Les élections annoncées face à l’engouement des candidats et de leurs partisans vont-elles tourner  la page de honte, au point de mettre fin à la répétition du vieux schéma pourri de la politique politicienne de sorte que s’ouvre l’histoire du pays à une nouvelle porteuse d’espoir, d’honneur et de dignité ?

A cette question les candidats sans exception ne répondent que par l’affirmative, puisque pour eux, le simple fait de le dire en constitue bien la preuve. À les entendre parler,  ils vous laissent croire déjà qu’ils ont une quelconque velléité de se donner à fond ; alors que cela ne relève que de la façade ; une sorte de démagogie populiste outrancière donnant l’impression qu’ils vont apporter de la prospérité au peuple.

Qui pis est, ils ont tous déjà gagné les élections malgré leur campagne dépourvue de programme et faite de slogans sans aucun fondement. Ce que l’on sait pour sûr, c’est que le scrutin d’aujourd’hui n’offre plus à aucun des présidents potentiels le loisir d’espérer gagner aisément, comme ce fut le cas en décembre 1990.  Cette incertitude, mieux, cette quasi certitude illustre le fait que plus personne n’est capable de se réjouir que la majorité du peuple lui est acquise ; sauf qu’il est certain que l’un d’entre eux finira par accéder  au timon de la Magistrature de l’Etat.

L’agitation est déjà grande chez les naïfs et les partisans, mais le débat reste creux.  Le tumulte électoral ne crée pas vraiment d’enthousiasme, vu qu’elle n’est tout simplement qu’une fièvre, une bamboche électorale insipide comme à l’accoutumée pour ne rien apporter de concret. La donne politique restera telle quelle. Pas une lueur de changement ! Sauf des promesses fallacieuses qui ne peuvent que susciter et raffermir le scepticisme.

Tout semble indiquer que les principaux candidats sont portés par des motivations plus conjoncturelles qu’idéologiques. Or, on sait bien ce que cela signifie: c’est  l’acceptation nette, claire et sans réserve de l’idéologie dominante des classes réactionnaires qui continueront leur sale besogne dans le pays.

Ces élections à venir que la classe politique tout entière attendait avec intérêt et curiosité arriveront-elles à capter les voix d’une population visiblement préoccupée avant tout par les difficiles conditions économiques, des problèmes énormes et persistants  tels que taux d’inflation, chômage endémique, crise à l’Université sans oublier la majorité de la population qui vit sans hôpital fonctionnel et dépourvue de tout soin de santé ; bref, un peuple livré à lui-même comme un frêle voilier en proie aux caprices d’un océan houleux.

Par ces élections, on va mesurer très concrètement de quel côté des candidats se trouvent les vrais défenseurs du peuple haïtien et quelle incroyable dose d’hypocrisie se cache derrière leurs discours électoraux. Pour l’instant, aucun des candidats ne semble guère enclin à répondre aux appels empressés du peuple dont les conditions de vie demeurent chaque jour de plus en plus précaires. Ce ne sont  pas les slogans qui vont améliorer la vie des masses souffrantes,  mais bien un programme d’alternative à la situation chronique de misère et d’incertitude, c’est-à-dire  un projet authentiquement national.

A la lumière de ces données, une seule conclusion s’impose : il faut qu’un jour la politique haïtienne cesse de justifier ces fanatismes-là et que de vrais partis révolutionnaires accompagnant le peuple viennent remplacer ces partis aux discours trompeurs et mystifiants.

Rien n’a changé, pour sûr. Les conditions de démarrage de cette élection annoncent une vilaine et furieuse empoignade  entre coquins et fripons. Il eût été souhaitable que le peuple ait en main les programmes détaillés de chaque parti pour qu’il en discute à bon escient, en famille,  entre amis, en groupes. Entre-temps, le blanchisseur d’argent Jovenel Moïse, candidat à la présidence du PHTK, va d’un pas sûr, ne se séparant pas de  son candidat fétiche au Sénat, le mercenaire Guy Philippe. N’y a-t-il pas là matière à des réflexions plus approfondies sur le tandem Philippe-Moïse ? N’est-il pas douloureux le constat de Guy Philipe en campagne électorale ? Pourtant, face à cette aberration, aucun des candidats à la présidence n’y prête guère attention.

Jean Bertrand Aristide  a toutes les raisons du monde d’être fier que « Le rendez-vous pour la dignité est maintenu pour le 7 février 2017 au Palais national avec la docteure Maryse Narcisse ». Quant au candidat  de la plateforme Pitit Desalin, Moïse Jean Charles, lui se déclare être «le socialiste rénovateur». Encore des mots. N’allez pas demander à Jude Célestin ce qu’il pense de tout cela, puisqu’il est muet comme une carpe, comme l’a été Préval en 2006.

Et que dire des formations politiques qui malgré leur électorat commun n’arrivent pas, jusqu’à présent, à comprendre qu’elles doivent coordonner leurs actions pour donner l’exemple d’une unité qui eût pu influer davantage sur celle des autres secteurs  et les vouer à l’échec. Seront-ils vraiment les bénéficiaires de cette élection ? Ce sont tous ces aspects contradictoires et complexes qui constituent les éléments du puzzle électoral à venir et qui ne donneront aucun sens à la victoire d’aucun des candidats ; sauf la multiplication de nos bouleversements au profit des impérialistes qui ne se sont jamais résignés à leur défaite de l’année dernière.       Alors, quel est le sens de ces élections ?

 

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