Fritzner Pierre, un maître à tout !

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Fritzner Pierre

 

Né à Port-au-Prince, Fritzner Pierre avant même de compléter ses études primaires et secondaires, déjà tout gamin encore, avait acquis des compétences techniques dans plusieurs domaines tels que : l’artisanat, la couture, l’ébénisterie et la cordonnerie. Dessiner fut sa passion de jeunesse ; mais il a appris les autres métiers tout bonnement sans jamais fréquenter une école d’apprentissage, simplement en observant les aînés, puisque dans son entourage, il y avait certaines entreprises d’ébénistes, de cordonniers, de tailleurs etc.

La qualité des chemises brodées, la finesse des chaussures et des sandales que Fritzner confectionnait étaient suffisamment élevées pour lui garantir  une place dans l’exportation de ces produits haïtiens. Son entreprise l’avait emmené dans des pays tels que Panama, la Guyane, Curaçao, etc. Au début de cette aventure commerciale, il avait fait la connaissance de nombreux commerçants haïtiens, des femmes en majorité, qui comme lui voyageaient à ces endroits et à qui il vendait également ses produits.

Dès lors, l’esprit d’organisateur qui l’enveloppait lui avait vite fait remarquer le degré de méfiance qui existait entre ses compatriotes marchands ; pas de communications, voire partager des informations liées à leur entreprise. Fritzner les avait aidés à rejeter cette culture de méfiance, d’individualité qui existait parmi eux pour la remplacer par l’esprit coopératif, et même le penser collectif. C’est ainsi que grâce à sa constance, il a pu emmener beaucoup d’entre eux à se considérer comme membre d’une coopérative dont il était devenu le chef de file. Cette initiative les a grandement aidés puisque beaucoup d’entre’ eux ont pu réussir dans leur activité.

C’est en 1979 que Fritzner avait choisi de changer de cap pour s’établir définitivement  à New York ; une transition qui lui a donné  une nouvelle direction à sa vie ; une nouvelle vision car il avait abandonné  la couture, la cordonnerie et l’artisanat à d’autres fins véritablement incertaines.

Comme il était déjà religieux, protestant,  il n’a pas pris du temps pour se faire membre de l’Église de Dieu de Cortelyou, à Brooklyn. Là, encore comme il a le sens du leadership, il devint très actif. A un moment donné, il écrivit un poème spirituel dont la puissance et la qualité lui avaient valu beaucoup d’exposition à l’église. Le succès de ce poème l’avait propulsé à accéder à la position de président du  Comité d’Œuvre Littéraire de l’église.

Entre temps, son attachement à sa terre natale n’avait guère refroidi. Il faisait de son mieux pour se tenir au courant de ce qui se passe quotidiennement dans le pays. Pour ce faire, il lisait le journal Haïti Progrès ou bien encore écoutait l’émission radiophonique hebdomadaire  l’Heure Haïtienne.

Dans son quartier, il s’était joint à  d’autres résidents pour former une association baptisée « Lafanmi Reyini » organisant par ainsi les locataires de la zone afin qu’ils pussent se défendre contre les injustices des propriétaires.

Fritzner est poète et compositeur, je dirais même un samba. Il avait publié dans le journal Haïti Progrès un poème en hommage à Jean-Bertrand Aristide titré : Omaj pou Pè Titid dans lequel il dénonçait les injustices sociales, et son indignation vis-à-vis du gouvernement d’alors dont les sbires avaient incendié l’église St Jean Bosco. Il a également écrit deux des plus célèbres chansons de Fédia Laguerre, à savoir Jeneral et Operasyon Lavalas.

Outre écrire et déclamer des poèmes virulents au cours des manifestations politiques ou dans des activités culturelles, Fritzner c’est l’homme des banderoles, des pancartes à travers lesquelles il fait passer ses messages. Au temps des grandes mobilisations, l’homme ne dormait jamais à la veille de toute manif ;  sauf qu’il se faisait  accompagner de quelques volontaires qui passaient presque toute la nuit à couper les cartons sur lesquels Fritzner  écrivit les slogans. Dans ses moments d’indignation, Fritzner était aussi grand fabricant  de cercueils symboliques que les manifestants portaient pour crier leur ras le bol et leur frustration.

Les activités de Fritzner sont sans bornes : c’est qu’il avait acquéri par la suite des compétences techniques dans la plomberie, l’électricité, la plâtrerie, et même les réchauds solaires. Il aide beaucoup de compatriotes dans la réparation de leur maison. Bien souvent, il participe à des débats politiques sur  différentes émissions  de Radios à New York.

Dans l’intervalle, il s’était joint à d’autres amis pour créer Lakay Service Juridique, une organisation visant à aider les vieillards en fournissant des services tels que : supports juridiques, traduction de document, et même jusqu’à les accompagner pour les rendez-vous médicaux ainsi que des visites à l’hôpital, ou pour faire les courses quotidiennes. Dans cette même foulée, il a contribué à former le « Komite Sitwayen pou Pwoteksyon Ayisyen »(KOSIPA). Maintenant, il milite au sein du  Komite pou Mobilizasyon Kont Diktati an Ayiti (KOMOKODA).

Fritzner est aussi un homme tenace, quoique parfois versatile. Mais, l’important est qu’il mérite l’admiration de tous.  De toutes façons, le moins qu’on puisse dire de lui, c’est qu’il est à la fois activiste, artiste, dessinateur, homme d’affaires, réparateur, bricoleur, organisateur et militant politique ; ne ratant aucune occasion pour mettre ses talents au service de sa communauté et en particulier son pays qu’il aime tant. Des gens comme Fritzner Pierre, nous  aurions aimé en avoir davantage parmi nous.  Comme il est unique, nous  ne saurions nous plaindre de lui. Souhaitons qu’il ne lâche pas,  alors nous pouvons que lui souhaiter longévité et le remercier grandement pour son dévouement.

 

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