En compagnie des feuilles et des racines

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Le banian dont les branches aériennes tombées au sol deviennent racines à leur tour « pour assurer des remontées successives à la lumière et à la vie»

Je ne sais comment j’ai été amené à développer cet intérêt particulier pour les feuilles jusqu’à les associer aux racines des arbres et les utiliser pour en faire le titre de cette rubrique qui paraît déjà depuis un peu plus de neuf ans. Est-ce à cause de certaines de leurs  ressemblances avec les tissus humains? Au cas où vous ne le sauriez pas, les feuilles respirent. Bien sûr. Est-ce à cause d’un penchant inavoué pour leur couleur verte, couleur de l’espoir? Est-ce à cause des secrets de Mère nature dont elles sont les gardiennes millénaires, secrets auxquels nous autres hommes aimerions bien accéder et qui feraient de nous des dieux à l’image de l’Autre?

Je n’en sais rien. Quoiqu’il en soit, ces vertes feuilles m’inspirent cette semaine. Elles me permettent de fuir, pour un bout de temps, juste cette semaine, les frasques, macaqueries, singeries, pitreries, clowneries et bouffonneries des politiciens, les polémiques insipides, assomantes, insignifiantes, ternes, médiocres, chétives,  dérisoires, obtuses, piètres, piteuses, fastidieuses, misérables, raz, raseuses, rans, autour de l’illégitimité, l’illégalité, l’inconstitutionnalité, l’iniquité, la partialité, la malignité si ce n’est la scélératesse de l’arrestation-déportation-extradition-expulsion de Guy Philippe. J’ai préféré la compagnie des feuilles aux nervures de chlorophylle, se balançant au bout des branches d’histoire de  notre bel arbre d’indépendance bicentenaire dont les racines puisent leur force dans la matrice de cette terre de liberté, de lutte, et de résistance, cette terre éperdument nôtre léguée par les ancêtres.  Enfin, entrons dans le vif du sujet.

Vous savez, certaines feuilles sont vénéneuses, telles les feuilles de l’oléandre mieux connu sous le nom de laurier rose. Originaire du bassin méditerranéen, l’oléandre produit des glycosides cardiotropes qui peuvent causer des arrythmies cardiaques susceptibles même de provoquer la mort. Il en est ainsi de certains politichonnards: ils sont vénéneux, un adjectif presque aux mêmes consonnances que dangereux, hargneux, vicieux, véreux, morveux, morpionneux, scrofuleux, mafieux et crapuleux. Ils distillent le poison par leur langue de vipère, par leur arrogance anti-peuple, par la violence de leur comportement  irrespectueux du vœu de la majorité et du vote populaire, par leur plume d’intellectuel petit koulout menant grand train de vie, malgré qu’ils ne lèvent ni lourd ni paille, hommes de paille de l’étranger, paillassons et fieffés paresseux vivant de la manne des dollars maudits de l’Oncle et du pays des érables, ainsi que des euros en provenance d’un Hexagone vindicatif et haineux.

On en trouve qui ont perdu des feuilles. Vivant encore dans la tour d’ivoire de leurs lubies, ils pensent pouvoir retourner à l’avant-7 février 1986; certains sont nostalgiques de l’Armée d’Haïti, des kokomakak, des macaques en kaki et des chefs de section voleurs de cabris, de bœufs et de porcs de paysans livrés à leur merci. D’autres rêvent de retourner à l’âge de la pierre taillée des hommes en bleu, petits et grands chacals au service d’un tigre, lui-même domestiqué par l’aigle du Nord. Même, il y en a qui rêvent de léopards et de ressusciter la mémoire d’un certain pitit tig, ce minable et cruel petit léopardeau au cerveau de crocodile. L’un qui semble avoir perdu quasiment toutes ses feuilles a même osé écrire un ouvrage de réhabilitation (sic) du « tigre altéré de sang». Jésus, Marie, Joseph!

Pour avoir passé une bonne partie de leur vie soit en réserve de la république, soit à s’accrocher aux épaulettes de capitaines, aux aiguillettes de généraux, dans le vain espoir de se voir apporter le bifteck de la présidence sur un plateau d’argent, tout fumant, bien cuit, arrosé du sang de laissés-pour-compte fusillés au petit matin de violences militaro-politiques; pour avoir vainement fait la cour dans les antichambres de telle ambassade cinquante-étoilée et n’avoir reçu en récompense que le mépris à répétition d’un énergumène blanc conscient que tel ou tel autre petit ou grand Nègre ne peut trouver son salut présidentiel qu’en courbant l’échine bien bas devant lui; pour avoir donc passé moult saisons à ne pas s’alimenter à la sève populaire, on a vu ces aventuriers de la politicaillerie s’étioler, jaunir, descendre en feuilles mortes, vriller, tourbillonner, s’écraser sur le sol, feuilles à jamais desséchées, feuilles mortes que les bourrasques de la ferveur populaire emporteront et disperseront aux quatre coins de l’oubli.

Ils sont nombreux ceux-là qui ne s’intéressent qu’à une seule sorte de feuille, celle de la paye. Parasites de ministères, rats de consulats, punaises d’ambassades, blattes de missions diplomatiques, ils le sont tous; leur dimanche est le premier de chaque mois quand à la messe de distribution des chèques et des enveloppes cachetées, ils pavoisent, insipides, ternes, futile, médiocres, insignifiants, assommants, misérables, négligeables, méprisables, satisfaits, repus. Akrèk comme eux seuls, ils dévoreront le premier venu si la dernière valise diplomatique arrivée d’Haïti n’a pas apporté le supplément de fric tant attendu du Palais national. Quel déchet d’humanité!

Même, on peut se rappeler tel fils d’un preyidan de facto qui faisait des siennes à Genève et qui s’est livré à tout un spectacle quand un coreligionnaire de la même bauge politique que lui a dû le forcer à quitter la mangeoire tant son groin en ratissait large. Mais comme papa était président et plus porcin que sa progéniture, il encouragea son animal de fiston à continuer à patauger dans la mangeoire. Même pas une feuille de vigne pour cacher la nudité de leurs voraces et rapaces appétits !

Heureusement que du tronc et des branches de l’arbre d’endurance du peuple haïtien se balancent bien plus de feuilles de dignité que de feuilles jaunies par le déshonneur, feuilles aux guerrières couleurs de feu de la geste des Pères de la patrie, feuilles alimentées par la sève de l’honneur. L’honneur et le courage sont la sève qui alimentent branches et feuilles du tronc de l’arbre national   porté par de puissantes et fécondantes racines. Celles-ci, source de la force, de la longanimité et de tous les espoirs du peuple haïtien, sont à l’image des racines du banian, cet arbre sacré du boudhisme. Après une première poussée en un grand tronc, les racines du banian ont cette curieuse faculté de redescendre à la terre nourricière pour s’assurer des remontées successives à la lumière et à la vie.

Au tout début de ce texte, j’écrivais que les feuilles respirent. Oui, les arbres absorbent le gaz carbonique ambiant par les feuilles, le transforment et rejettent de l’oxygène dans l’air. Un arbre adulte peut produire assez d’oxygène pour 18 personnes, selon sa taille et son espèce. De concert avec les autres plantes, les arbres et leurs feuilles créent assez d’oxygène pour remplir un cinquième de l’atmosphère de la Terre, le reste étant assuré par le plancton marin. En plantant plus d’arbres et en mettant halte au déboisement, les hommes réduiront les émissions de gaz à effet de serre qui sont à l’origine de la hausse des températures des océans, hausse qui à son tour tue le plancton producteur de larges quantités d’oxygène. Aussi, les arbres et leurs feuilles sont souvent appelés « les poumons du monde ».

Alors que les feuilles produisent de l’oxygène indispensable à notre vie et survie, oxygène vivifiant le sang qui circule dans nos veines, assurant la bonne fonction de nos tissus et organes, assurant ainsi la pérennité de l’espèce, une classe d’hommes et de femmes semble s’adonner à vouloir interdire à la très grande majorité des populations ce droit à l’oxygène, à un développement harmonieux, à travailler dans des conditions décentes, à nous nourrir convenablement, à bénéficier de soins de santé adéquats, à rester en équilibre avec la nature, à gérer le patrimoine universel pour le plus grand épanouissement de l’être humain.

À la pelle ramasserons-nous les feuilles mortes des nostalgiques d’un ancien monde disparu depuis février 86, les feuilles desséchées des agripa  avides de billets verts, les feuilles putrescentes de rêveurs d’assassins en bleu ou en jaune kaki. Et nous ferons des feuilles et racines de vie de l’arbre national de dignité et de l’honneur nos armes de lutte, de résistance et d’endurance jusqu’à la plus prochaine et victorieuse remontée populaire vers le ciel d’une victoire décisive et définitive des forces d’un réel changement sur les hordes du mal lâchées à bride abattue par l’empire du mal, par le «grand Satan».

22 janvier 2017

 

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