Le 14 juillet 2025, le pensionnaire de la Primature, Alix Didier Fils-Aimé, a été reçu par le Secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, pour l’informer de l’évolution du processus électoral en Haïti.
Dans un communiqué de la Primature faisant suite à cette rencontre, il a été précisé que : « Le chef du gouvernement haïtien a présenté les grandes lignes du plan de son administration pour rétablir la sécurité sur le territoire national et créer les conditions favorables à la tenue d’élections inclusives. Il a également fait état des progrès enregistrés dans les travaux du Conseil Électoral Provisoire. »
Pour sa part, le patron de l’OEA devait faire un compte rendu sur son compte X le jour même de sa rencontre avec son hôte. Le Secrétaire général indiquait ceci dans le communiqué publié sur sa page : « Je me suis entretenu aujourd’hui avec le Premier ministre d’Haïti, Alix Didier Fils-Aimé, qui a présenté le plan de son gouvernement pour améliorer la sécurité et organiser des élections d’ici la fin de l’année, y compris les avancées du Conseil Electoral Provisoire. J’ai réaffirmé l’engagement indéfectible de l’OEA envers Haïti, guidé par la feuille de route en cinq piliers que nous élaborons actuellement. Elle est axée sur la gouvernance, l’assistance humanitaire, la sécurité, les élections et le développement durable. Pour renforcer la coordination, j’ai convoqué une réunion du Groupe des amis d’Haïti pour le 29 juillet. »
Le chef du gouvernement et son équipe devaient regagner Port-au-Prince le jeudi 17 juillet 2025 sans ramener grand chose pour Haïti dans leurs bagages. Par ailleurs, le lundi 14 juillet 2025, toujours dans les réactions à l’encontre du projet référendaire, c’est le Bureau de Consultation et de Recherche en Légistique qui publie dans le quotidien Le Nouvelliste une « alerte » sur l’absence de légitimité populaire et de garanties procédurales. Après une longue entrée en matière dans laquelle ils ont fait une analyse savante et comparative des deux textes constitutionnels – celui de 1987 et l’avant-projet constitutionnel de 2025 – ces spécialistes du droit de ce Cercle juridique ont démontré que le décret référendaire de 2025 est une régression normative et démocratique.
Après avoir énuméré les lacunes de l’avant-projet en présentant divers points qu’ils estiment non conformes à l’avancée démocratique de 1987, les rédacteurs du texte du Bureau de Consultation et de Recherche en Légistique concluent : « Au-delà de ces considérations techniques, une interrogation demeure : compte tenu de l’échéance du 7 février 2026, du délai de 60 jours prévu pour la tenue du référendum à partir de la Constitution du registre référendaire, de l’absence d’un projet de Constitution officiellement validé et des critiques publiques formulées par le Président du Conseil Présidentiel de Transition lui-même, ne sommes-nous pas en présence de ce qu’Alexandre Flückiger qualifierait de « décret alibi » ? A savoir, les « lois alibis », sont destinées à calmer provisoirement l’opinion publique sans volonté de résoudre fondamentalement le problème ». Mais, ces opinions contraires ne semblaient pas contrarier l’organisme électoral qui continue d’avancer en signant des partenariats avec d’autres institutions du pays.

Ainsi, le vendredi 25 juillet 2025, un accord a été signé entre l’Université d’État d’Haïti (UEH) et le Conseil Électoral Provisoire (CEP) en vue de la mise en œuvre de « La Chaire de droit et d’administration des opérations électorales en Haïti ». Ce sont Patrick Saint-Hilaire, Président du CEP, et Dieuseul Prédélus, Président de l’UEH, qui ont officialisé l’accord en apportant leur signature au bas du parchemin portant la création de cette « Chaire » universitaire. Ce partenariat signé entre les deux institutions publiques autonomes ouvre la voie à la formation à plusieurs niveaux dans le domaine relatif aux organisations des élections en Haïti et même au-delà. Le premier concerné, le patron du CEP Patrick Saint-Hilaire, dans son allocution de circonstance, a fait un plaidoyer pour cet accord et ce partenariat installés entre les deux entités.
« Le CEP salue l’engagement du Rectorat qui, à travers la Faculté de Droit et des Sciences Économiques, permettra à des institutions partenaires, des chercheurs et des étudiants de tirer grandement partie de cette initiative. L’institution électorale formule le souhait que le Rectorat de l’UEH s’évertue à mettre en œuvre cet accord dès la prochaine rentrée universitaire. Que cette formation s’ajoute au cursus de toutes les facultés et écoles de droit, particulièrement dans les villes de province fonctionnant sous l’UEH. L’avenir démocratique d’Haïti ne se construit pas uniquement dans les urnes, mais aussi dans les idées. Avec cette chaire électorale, il n’y a aucun doute que le CEP se lance dans un pari audacieux : mettre le savoir au service de la transition, de la démocratie et de l’État de Droit. »
Dans le même ordre d’idées, le Recteur de l’Université d’Etat d’Haïti, Dieuseul Prédélus, pour sa part, devait avancer : « Sans une expertise adéquate, l’administration électorale devient vulnérable face aux manipulations partisanes. Il est donc impératif de former des professionnels capables de renforcer la légitimité du processus électoral ».
Tandis que Florence Mathieu, la représentante du Secteur universitaire au CEP qui a beaucoup œuvré pour établir ce partenariat expliquait avec force détails ce que la mise en place de cette « chaire universitaire » comprend : « Cette chaire vise, entre autres, à contribuer à la formation des cadres dans les métiers électoraux afin d’assurer l’organisation et la gestion efficace des élections en Haïti, dispenser des formations certifiantes et diplômantes aux professionnels du domaine électoral, mener des recherches scientifiques sur les élections et leurs enjeux, en favorisant une approche interdisciplinaire en lien avec diverses disciplines des sciences humaines et sociales, et renforcer les capacités de l’administration électorale, des Bureaux Électoraux Départementaux (BED), des Bureaux Électoraux Communaux (BEC) et d’autres institutions concernées. En ce sens, il y aura des formations de courte durée (séminaires avec certificat de participation), des formations intermédiaires (un ou plusieurs mois) ainsi que des formations universitaires, notamment un diplôme d’université en métiers électoraux pour les licenciés, un master en droit et contentieux électoraux, un master 2 professionnel en administration et gestion des processus électoraux, un master 2 de recherche en sciences électorales, etc. »
Enfin, Me Eugène Pierre-Louis, le Président du Conseil scientifique de cette « Chaire » nouvellement créée, croit que : « Cette initiative répond à l’urgence de normaliser la démocratie haïtienne et de sortir d’un cycle infernal de scrutins contestés, de transitions interminables et de crises post-électorales. »
Ce vendredi 25 juillet 2025, à l’hôtel Ritz Kinam à Pétion-Ville où l’accord a été scellé, plusieurs personnalités politiques du gouvernement, du monde de l’éducation et des universitaires ont assisté à cet événement entrant dans le cadre du processus référendaire et des élections générales entrepris par le Conseil Présidentiel de Transition. Une semaine après la signature de cet accord tant célébré par les autorités électorales et les partenaires de l’Etat haïtien dans le processus de la réforme constitutionnelle et des élections, le chef du gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé, allait faire l’actualité en annonçant que plus de 67 millions de dollars américains (67, 5) sont prévus pour la tenue du référendum et bien entendu des élections générales en conformité avec l’Accord du 3 avril 2024.
Cette nouvelle enthousiasmante pour les partisans du référendum mais inquiétante pour les opposants a été annoncée dans une lettre de cadrage de la Primature en date du 8 août 2025. En prenant lecture de cette lettre de cadrage du Premier ministre, on aurait pu croire que plus rien ni personne ne pouvait empêcher la réalisation des scrutins. Et pour cause. Le plus difficile était fait, dans la mesure où l’argent qui est le nerf de la guerre de ce côté-là était prévu. Constitué. Au point. Dans sa lettre de cadrage du budget 2025-2026, le locataire de la Primature expliquait avec minutie les détails et le processus de financement de ce projet constitutionnel, référendaire et électoral dans son ensemble.
Cette lettre enlève tout le doute que quelqu’un pourrait avoir sur la volonté des autorités de transition de passer le pouvoir à des élus comme il est prévu entre les parties prenantes dans l’Accord du 3 avril. Lisez un extrait de cette fameuse lettre : « (…) Le Gouvernement a déjà entrepris un ensemble d’initiatives concrètes en vue de la tenue des prochaines élections. Le décret référendaire, publié le 3 juillet 2025, marque une étape décisive dans le déclenchement effectif du processus électoral. Le Basket Fund destiné au financement du processus électoral, initialement établi à 39 millions de dollars US au 30 novembre 2024, a été par la suite renforcé par une contribution additionnelle de 10 millions de dollars. Par ailleurs, un financement complémentaire de 27,5 millions de dollars est programmé pour l’alimenter d’ici septembre 2025. Un avant-projet de la nouvelle Constitution a été mis en débat en mai 2025 afin de recueillir les réactions et les propositions du peuple haïtien.
Ces avancées s’inscrivent dans la perspective d’un référendum national qui sera organisé dans les mois à venir, suivi d’élections générales inclusives, conformément à l’Accord du 3 avril 2024 (…) (…) La réforme constitutionnelle est incontournable pour la réorganisation de la société. Elle constitue le fondement indispensable à la reconstruction de l’État de droit et au rétablissement durable de l’ordre démocratique. De plus, l’organisation d’élections crédibles et la passation du pouvoir à des autorités démocratiquement élues représentent l’objectif ultime de la transition politique en cours. Le Gouvernement entend faire des prochaines élections un tournant décisif pour la démocratie haïtienne. À cet effet, il importe de renforcer les capacités opérationnelles du CEP, d’assurer la sécurisation complète du processus électoral, de garantir l’acheminement du matériel de vote sur l’ensemble du territoire et de former adéquatement les agents électoraux. L’introduction de technologies fiables visera à améliorer la transparence du scrutin et à limiter les risques de fraude. Des campagnes de sensibilisation seront également menées, notamment à l’intention des jeunes, des femmes et des populations rurales, afin d’encourager une participation large, inclusive et citoyenne (…) »
Le 19 août 2025, nouvelle visite des membres du CPT au Conseil Electoral Provisoire à Pétion-Ville. Le nouveau Coordonnateur du Collège Présidentiel, Laurent Saint-Cyr, accompagné de l’un de ses collègues, Frinel Joseph, chargé des affaires électorales au CPT et de son chef du gouvernement, Alix Didier Fils-Aimé, ont eu une importante réunion de travail avec les membres du CEP en vue de prendre connaissance de l’avancement des préparatifs du référendum et des élections à venir. D’entrée de jeu, les deux membres du Conseil Présidentiel ont démontré le rôle essentiel du CEP en tant qu’institution indépendante dans la réalisation des élections dans le pays.
Lors de cette rencontre, le Président du CPT, Laurent Saint-Cyr, devait réaffirmer une nouvelle fois son soutien sans réserve avec l’appui du Premier ministre et l’engagement total de l’Etat à tous les niveaux y compris les moyens financiers pour la réussite de cette entreprise commune. A sa sortie de la réunion avec les membres de l’organisme électoral ce mardi 19 août 2025, Laurent Saint-Cyr, au nom de sa délégation, a précisé ces quelques points : « L’organisation des élections relève exclusivement de la responsabilité du Conseil Électoral Provisoire (CEP). L’Exécutif n’entend nullement s’immiscer dans ses prérogatives. Sa mission est de garantir un environnement sécuritaire et institutionnel propice afin que le peuple haïtien puisse choisir librement, en toute indépendance, ses dirigeants. »
Le même jour, au cours de la 22e séance de « Les Mardis de la Nation », rencontre hebdomadaire organisée par le pouvoir pour faire le point devant la presse sur les activités du gouvernement et le CPT, Joseph André Gracien Jean, le ministre en charge des questions constitutionnelles et électorales auprès du Premier ministre, allait annoncer le lancement d’un vaste programme au profit des partis politiques. Ce programme consiste à encadrer les partis politiques dument reconnus par le ministère de la justice dans divers domaines, notamment en les encourageant à se moderniser. Lors de son intervention, le ministre Jean expliquait que ce projet placé sous l’autorité du Premier ministre a pour objectif principal :
« D’aider les partis reconnus par le ministère de la Justice à se moderniser et à mieux se préparer pour les prochaines élections. Ce plan vise à rendre les partis plus professionnels, plus transparents financièrement et plus compétents dans leur organisation. Le projet qui va durer trois mois offre des formations en gestion, en finances, en recrutement et en stratégie électorale. Les partis seront aussi encouragés à utiliser les nouvelles technologies, comme des sites web, des bases de données et des outils d’analyse électorale. »
Pour ne pas laisser toute la couverture médiatique à son ministre en charge des élections, le service de Communication de la Primature a immédiatement émis, après la fin de la conférence, un communiqué de presse pour reprendre mot pour mot ce que le ministre venait de dire devant les journalistes à la Villa d’Accueil, une façon de bien faire comprendre à l’opinion publique que c’est bien le chef du gouvernement qui pilote le programme. « Le ministre a également rappelé que le chef du gouvernement, Monsieur Alix Didier Fils-Aimé, reste fermement attaché aux dispositions de l’Accord du 3 avril 2024, notamment aux chantiers de la sécurité publique, du référendum et de la réforme constitutionnelle, ainsi qu’à l’organisation d’élections générales sur l’ensemble du territoire national dans les délais fixés par ledit accord » note la Primature ce 19 août 2025.









