Ce qui s’est passé à la Citadelle Laferrière, ce n’est pas seulement une erreur humaine.
Non. C’est une collision entre un lieu sans contrôle, une activité sans règles, une foule sans protection et un système sans responsabilité. Et quand ces éléments se rencontrent, la catastrophe n’est pas une surprise. Elle devient inévitable. Elle devient logique.
Parce que disons la vérité, sans détour : En Haïti, organiser sans autorisation est devenu banal. Contourner les règles est devenu une intelligence sociale. Et l’absence de contrôle est devenue une habitude collective.
On vit dans un pays où les règles existent mais ne s’appliquent pas, les institutions existent mais ne contrôlent rien, et responsabilités existent mais ne tombent sur personne.

Et pourtant, 30 morts. Pas sous les balles. Pas sous les décombres. Pas sous la colère de la nature. Mais dans une soirée dans un lieu qui incarne notre histoire, notre dignité, notre résistance.
Ce qui choque et ce qui devrait encore plus inquiéter, c’est la réaction immédiate : “Il y a eu négligence”, “le DJ est irresponsable”, ou “les autorités n’ont pas fait leur travail”.
Ces phrases rassurent. Elles donnent l’illusion qu’on comprend. Mais comment un tel événement a-t-il été possible dans un lieu censé être protégé par l’État ?
Sur le papier, tout est là : Des institutions. Des lois. Des autorités (mairie, ISPAN, ministère).
Mais dans la réalité ?
Personne ne contrôle réellement l’espace de la Citadelle Laferrière. La Citadelle existe juridiquement mais elle n’est pas gouvernée structurellement.
Dans un pays fonctionnel, un site comme celui-là est protégé. Ici ?
Tout existait sauf l’essentiel : la structure. Et le plus inquiétant n’est même pas ce drame. Le plus inquiétant, c’est ce qui vient après. Le silence. L’oubli. La routine qui reprend. Parce que ce système nécrotique ne s’effondre pas. Il absorbe les crises, les morts, et les scandales. Et il continue comme si de rien n’était.
Comme toujours, il y aura une enquête, des déclarations, et peut-être des sanctions. Mais soyons honnêtes : Est-ce que cela changera quelque chose à la structure qui a rendu ce drame possible ?
Car au fond, la vérité est plus dure que la douleur : ce qui s’est passé à la Citadelle Laferrière n’est pas seulement une tragédie. C’est une démonstration brutale que le danger en Haïti ne vient pas seulement de ce qui est visible mais de ce qui n’est pas organisé. Et tant que cette absence d’organisation restera la norme, ce type de drame ne sera jamais une exception.
Reposez en paix. Mais nous, il est temps d’ouvrir les yeux.









