Cinq conditions pour la renaissance d’Haïti

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(English)

«La nouvelle société renaîtra des cendres de l’ancienne », a écrit le célèbre communiste allemand Karl Marx. Devrons-nous donc commencer à réfléchir sur la construction d’une nouvelle Haïti, car l’effondrement complet de l’ordre ancien s’est, effectivement, bien produit ? Pour la première fois de toute notre histoire, notre pays se retrouve dans une phase critique, où il n’y a pas un seul élu, pas une seule institution fonctionnant en toute légalité, pas une once de légitimité constitutionnelle au sein de l’actuel gouvernement. Ce mécanisme honteux est directement lié à la conséquence des mauvaises gouvernances, la corruption et ses corollaires qui ne font que plonger le pays dans une gestion malsaine et mesquine.

De cette perspective, peut-on construire un nouvel ordre haïtien ? Oui, nous le pouvons, mais un nouveau schéma architectural est nécessaire ; pas celui qu’a entrepris le Premier ministre de facto Ariel Henry sous le diktat des puissances tutrices. Puisque rien n’est encore joué, tout  demeure possible pour qu’Haïti renaisse de ses cendres. Voici nos propositions : les cinq piliers nécessaires et indispensables à la construction d’une société nouvelle, juste, souveraine et prospère par le peuple haïtien et pour le peuple haïtien.

1) Non à l’intervention étrangère !

Rien de bon ou de durable ne peut être construit en permettant aux mêmes puissances impérialistes, qui ont exploité nos ressources et notre force de travail, saboté nos efforts de lancer la démocratie haïtienne, de se convertir en nos habiles bienfaiteurs. Elles nous ont conduits dans un bourbier politique et économique bien précis, comment prétendre maintenant qu’elles peuvent nous libérer de leur barbarie ?

Rien de bon ou de durable ne peut être construit en permettant aux mêmes puissances impérialistes, qui ont saboté nos efforts de lancer la démocratie haïtienne, de se convertir en nos habiles bienfaiteurs.

Aucun emballage ne pourra changer cette réalité fondamentale. Les Etats-Unis ont déjà   essayé plusieurs formules différentes entre autres, avec les Nations-Unies, l’Organisation des États Américains (OEA) et, enfin, un conglomérat régional ou mondial de marionnettes et d’alliés, comme la « Coalition of the Willing » (coalition des volontaires) qu’ils avaient concocté comme une couverture internationale pour leur invasion illégale de l’Irak en 2003. Toute solution produite par le « laboratoire » impérialiste devrait être rejetée, car elle contiendra du poison violent contre l’autodétermination haïtienne. Le peuple haïtien doit forger ses propres solutions, avec ses propres forces comme l’avaient fait nos ancêtres.

2) Résister aux projets de sape

La résistance dans la lutte est la première condition de la victoire.  L’Administration Biden vient de déployer un nouveau programme migratoire pour offrir aux Haïtiens des visas de travail pour une durée de deux ans. C’est une distraction, un mirage pour nous tourner davantage en dérision. En fait, l’impérialisme conditionne toujours les exploités et les opprimés tout en les instrumentalisant de sorte qu’ils ne deviennent pas un catalyseur de changement, de remise en état et de reconstruction de leur pays.

Cette solution est sans issue. C’est abandonner notre pays au moment le plus critique. Ce stratagème, est le propre du capitalisme sauvage de brader d’abord l’indépendance des pays appauvris et ensuite par la misère et la faim forcer les peuples à tourner le dos à l’avenir de leur patrie au lieu de s’y atteler pour forger leur devenir dans leur pays.

3) Rejeter toute alliance «contre nature»

La notion sur laquelle on insiste aujourd’hui à propos des « Accords » politiques, est « le plus grand nombre de signatures, étant le mieux». Cela implique un nombre incalculable de faux endossements. C’est une illusion complète de croire que n’importe quel « consensus », de surcroit truqué, pourrait apporter une solution porteuse d’un projet national.

Haïti, comme d’autres néo-colonies, est divisée en classes antagonistes, où une classe dirigeante vit de l’exploitation des forces du travail de l’autre : capitalistes contre ouvriers et grands propriétaires terriens contre paysans pauvres. Par la plus classique des politiques de diviser pour mieux régner, Washington a misé sur Ariel Henry pour gouverner le pays. Dans le même temps, il a assuré une grande promesse aux groupes de Montana.

Nous, les masses haïtiennes, devons refuser de marcher sous la direction de la bourgeoisie haïtienne et des grands intérêts qui prédominent dans ces coalitions opportunistes et capitalistes de la classe politique, qu’elle soit de Musseau, de Montana, de Pen ou Karibe, etc.

4) L’unité des forces politiques saines

L’alternative serait de préférence une alliance de toutes les forces saines de la nation, des organisations ouvrières incontestablement nationalistes, anti-impérialistes, des organisations populaires conscientes et conséquentes. Toute organisation progressiste qui se tient vraiment aux côtés des masses défavorisées, particulièrement, les ghettos, les bidonvilles, et défend leurs intérêts.

Aucun groupe n’est parfait. Il suffit que des militants sincères et dévoués prédominent dans leur leadership, des gens fidèles, sincères aux principes professés. Ils doivent intensifier la lutte pour parvenir à une unification nationale effective et totale. En clair, un front uni progressiste, voué à une véritable Révolution en Haïti. Seule une coalition des exploités et des opprimés en harmonie avec les aspirations populaires peut nous montrer la voie afin d’atteindre le niveau de l’objectif souhaité.

5) Un gouvernement progressiste

La première étape consiste à la constitution d’un gouvernement de solidarité nationale et populaire. Vient ensuite la seconde, peut-être la plus dure s’agissant d’essayer de survivre face à la réaction contre-révolutionnaire et à l’assaut des puissances impérialistes.

Ce nouveau régime ne survivra guère par des concessions ou des compromis avec les impérialistes. Sa survie dépendra d’une solidarité franche avec d’autres pays progressistes et tous les peuples frères en lutte pour la transformation de leur société.

La victoire glorieuse de nos ancêtres a marqué le début de la fin de l’esclavage et du colonialisme dans le monde entier.  La présente et future génération d’Haïtiens peut à nouveau inaugurer une nouvelle ère de l’histoire de l’humanité. Nous en sommes capables !

Par conséquent, il convient de terminer par une autre citation de Karl Marx : « Si vous pouvez isoler les gens de leur histoire, alors ils peuvent être facilement persuadés. » Dans ce cas, ne nous séparons pas de notre histoire, rappelons-nous de préférence qui nous sommes. Résistons à la pression de nos oppresseurs qui nous poussent à renoncer à notre souveraineté et à notre brillant avenir d’avant-garde dans notre lutte courageuse pour la liberté et le socialisme pour qu’enfin Haïti renaisse de ses cendres.

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