Haïti : Des racines de l’impuissance aux ailes de l’errance

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Le sauvetage improbable des charognards © Erno Renoncourt

219 ans après son indépendance, Haïti se retrouve à errer comme un fossile anthropologique, dans une lente érosion de dignité collective, sans stratégie de cohésion sociale, sans leadership politique compétent, sans projet économique flamboyant. Mais, pouvait-il en être autrement quand la culture et le savoir ont, par malice et indignité, laissé la médiocrité mettre l’intelligence en déroute ?

Nous partons du postulat que l’errance haïtienne, dans son segment historique, situé entre l’indépendance, proclamée en 1804 par les marrons de la liberté, et l’indigence, assumée en 2022 par les marrons de l’indignité, n’est qu’un prolongement de la géostratégie de la déshumanisation, connue sous le nom de la traite des esclaves, qui a fait la gloire et la richesse des puissances occidentales, notamment européennes et nord-américaines.

Le dissensus fractal

Ceci étant posé, nous assumons qu’il y a une flagrante insignifiance dans une certaine pensée qui veut sensibiliser la communauté internationale à modifier son approche dans la problématique du gangstérisme institutionnel qui a achevé de stratifier la société haïtienne pour mieux structurer l’errance séculaire du peuple haïtien. Vu l’évidence de cette dynamique, seuls ceux qui sont analytiquement impuissants et insignifiants peuvent ne pas comprendre que le gangstérisme d’état, institutionnalisé par les CLINTON, l’OEA et l’ONU en Haïti, n’est que le modèle d’affaires sur lequel repose la gouvernance publique haïtienne depuis le fameux slogan Haiti is open for (Drug, Crime and Human Trafic) business. Slogan du banditisme légal assumé et repris, avec ferveur en décembre 2015, par le président de la Chambre de Commerce Haïtiano Américaine (HAMCHAM) qui avait fait l’apologie de la culture des mauvais arrangements, lors de l’impasse politique causée par les élections frauduleuses de 2015, en incitant les acteurs étatiques et non étatiques haïtiens à ne plus perdre le temps de rechercher et de trouver des solutions de justice, trop longues et trop coûteuses.

De ce fait, une telle insignifiance, provenant d’une personne aussi avisée que Madame Michaëlle Jean, parait très grave à la lumière des faits du réel problématique haïtien. Pourtant, en dépit de sa gravité, cette insignifiance n’est guère étonnante. Bien au contraire, elle est même intelligible puisqu’elle provient des milieux culturels, économiques, académiques et médiatiques qui, pour leurs succès personnels, ont appris à vivre, dès le lendemain de l’indépendance, dans les rêves blancs d’ailleurs. D’où leur indifférence, leur insouciance, leurs irresponsabilités et/ou leur inconscience dans leur prise de position et dans les alliances qu’ils nouent et les accointances qu’ils développent avec les intérêts étrangers, alors même que tout le collectif haïtien agonise et dérive vers les abysses de l’indigence comme un fossile anthropologique.

c’est l’enfumage nauséabond, alimentant le confort médiocre de ces milieux, qui a dérouté l’intelligence collective haïtienne.

Fort de ce constat, nous assumons le dissensus social en affirmant, de manière provocante, que c’est l’enfumage nauséabond, provenant du fumier foisonnant, alimentant le confort médiocre de ces milieux, qui a dérouté l’intelligence collective haïtienne. Pour mieux vivre tranquillement leur opulence indigente, ces milieux d’entre soi ont étouffé la pensée critique, obscurci l’horizon de la dignité nationale et réduit le champ des vibrations éthiques de la conscience collective. Dépourvus d’intelligence et incapables d’affronter les multiples incertitudes de l’écosystème, ils ont préféré trouver des consensus minoritaires pour échapper aux précarités en apprenant à vivre en transit sur le territoire en se projetant dans les rêves blancs d’ailleurs au lieu d’habiter le pays et de s’y enraciner dignement, responsablement et humainement. Ainsi, ils ont désappris à produire le coût cognitif et éthique nécessaire et indispensable quand il faut penser et agir avec intelligence à l’équilibre d’un possible humain dans la complexité du chaos qu’est la vie. En raison de leurs précarités humaines, il leur est plus facile de s’adapter à la routine confortable des légendes d’ailleurs et à la résilience que promeuvent les projets de l’assistance internationale. Car, en s’attachant à panser les maux de plus de deux siècles d’invariance plutôt que de penser au faisceau de causes qui les structurent, ils entretiennent les turbulences qui leur permettent d’émerger aux côtés de l’assistance internationale dans l’enfumage de cette performance paradoxalement défaillante.

N’ayant que leur enfumage transmettre, ils ont autorouté, avec arme et bagage, savoir et culture, vers les basses eaux marécageuses de la dépendance, là où les lettrés, humainement précaires, se bousculent pour se gaver, s’abreuver et se repaître tranquillement en toute indignité. C’est du reste pourquoi, l’axiomatique TIPÉDANTE cherche intranquillement à modéliser, en un jeu de données contextuelles, les postures managériales, professionnelles et humaines de ceux qui naviguent dans ces milieux, pour expliciter les failles qui peuvent objectiver les variables de responsabilité, comme leviers agiles, à portée de bras du collectif, pour une action collective innovante contre les pesanteurs insoupçonnées de l’invariance.

Nous défendons, envers et contre l’avis des experts, le point de vue minoritaire que l’enfumage qui obscurcit la dignité nationale haïtienne est entretenu par les étouffoirs communicants que forment les trois fumiers qui déversent leur indigence sur tout l’écosystème haïtien : nous voulons parler du cercle culturel, académique et médiatique des insignifiants, anoblis en lettrés pour leur indignité ; du club des automates médiocres, promus influenceurs politiques pour leur servilité et du cartel intouchable des hommes d’affaires fructifiant le business de l’argent sale et de l’impunité. Ce sont eux qui concourent à la perduration de la barbarie séculaire qui déshumanise Haïti, en alignant leur spectre radial sur les centres d’intérêt transnationaux, dans l’objectif de faire errer la gouvernance stratégique nationale, par occultation de l’intelligence collective (mise en déroute), par brouillage du radar éthique du leadership national.

La démarche TIPÉDANTE

En conséquence, nous croyons que c’est sous les strates des réussites de ces milieux qu’il faut creuser en profondeur pour détecter les fissures par où s’érodent la dignité nationale et l’intelligence collective. Car ce sont ces fissures qui deviennent, par rétroactions circulaires, des verrous qui bloquent de nouveaux possibles humains par dissipation turbulente l’engagement de SOI, source ô combien féconde de l’énergie de la cohésion sociale, ô combien nécessaire à l’irradiance de la flamme de l’intelligence collective. Nous pensons que c’est vers ce SOI métaphorique, projeté comme reliance entre la Société, les Organisations et les Individus, qu’il faut orienter les consciences, dans une perspective d’éducation à la responsabilité, pour forger le flambeau de la régénérescence en puisant dans la dignité et le courage de ceux qui ont allumé la flamme de l’indépendance. C’est cette flamme qu’il faut raviver pour trouver la brèche capable de propulser la nouvelle avant-garde du leadership national haïtien, conscientisée, intelligente,  regroupée et enracinée sur son territoire, dans le temps, pour qu’elle parte à la recherche de cette intelligence éthique déroutée vers les raccourcis de l’indignité et de la dépendance.

Photos de famille de l’insignifiance et de l’indigence © Erno Renoncourt

Pour nourrir ce nouveau front de dissensus, je rebondis sur la publication du Nouvelliste ([i]) de ce 5 janvier 2023, dans laquelle ce quotidien, propriété d’une famille appartenant à l’élite haïtienne, donne un écho retentissant de la dernière prise de position de l‘Honorable Michaëlle Jean. Celle-ci, ‘‘estime que les pays riches doivent admettre les erreurs qu’ils ont commises en Haïti et faire pression sur l’élite de la perle des Antilles pour qu’elle trouve une issue à la crise humanitaire actuelle’’. Toujours selon elle, ‘‘Ce qui est mis en danger, le grand risque, c’est la souveraineté nationale même de ce pays’’. Notre propos est de montrer l’insignifiance de ces prises de position qui, parce que ne tenant pas compte des paradoxes et de la complexité anthropologique, sociologique et géostratégique du drame haïtien, proposent des solutions et accumulent des rétroactions qui verrouillent davantage le pays sur son impuissance et confortent son indigence. Pour l’histoire, rappelons que Mme Michaëlle Jean a été ancienne gouverneure du Canada (2005 – 2010) et Secrétaire Générale de l’Organisation Internationale de la Francophonie (OIF) (2014 – 2019). Deux prestigieuses fonctions qu’elle a occupées au moment même où se mettait en place, aux États-Unis, au Canada et en France, la stratégie macabre qui a accéléré, entre 2011 et 2022, comme un propulseur le mouvement de précipitation d’Haïti vers le naufrage de son rêve de dignité et de liberté.  Et, durant l’exercice de ses honorables responsabilités, elle s’est toujours retrouvée dans le cercle intime des fossoyeurs nationaux et internationaux qui ont planifié, financé et sabordé la barque de l’indépendance haïtienne (voir photo famille de l’indigence ci-dessous), livrant tout un collectif impuissant aux fauves et charognards qui ont, de mémoire d’homme toujours traqué et dépecé les peuples pour affaiblir leur résistance.

Madame Michaëlle Jean semble avoir oublié qu’elle a été, par ses fonctions passées, en situation de pouvoir et de responsabilité, dans des contextes historiques qui étaient propices à un engagement humain de la communauté internationale en Haïti. Hélas, ce momentum, entre 2004 et 2021, confient sans doute les trames flamboyantes de la brèche qu’elle n’a pas su entrevoir pour orienter le destin d’Haïti ailleurs que sur cette voie de gangstérisme où l’a conduite la communauté internationale. A moins que les fonctions de Mme Jean n’aient été, comme nous le croyons, que des titres symboliques et des rôles d’automates influents, mais insignifiants, visant à enjoliver la géostratégie de la déshumanisation. Géostratégie si chère à l’occident, qu’il a besoin en permanence de la flouter par des impostures promouvant l’image de la diversité par l’accession de quelques personnalités noires au sommet des grandes institutions internationales.

Pour mieux rafraîchir la mémoire de Mme Michaëlle jean sur les forfaits et les méfaits assumés des organisations internationales en Haïti, je lui rappellerai qu’en dépit du fait que toutes les organisations internationales savent que l’écosystème informationnel de la gouvernance publique haïtienne est un foutoir incohérent et désarticulé favorisant un management d’improvisation comme porte dérobée de l’institutionnalisation de la corruption, de 1987 à 202, malgré les réformes de renforcement institutionnel portées et célébrées par les grandes agences internationales, il n’y a aucune organisation publique (et même privée) haïtienne qui possède un système d’information documentaire capable de refléter la cartographie de ses processus métiers pour permettre d’identifier les risques de corruption. Pourtant, il semblerait que l’OIF avait financé pour l’Office de la Protection du Citoyen entre 2012 et 2015 un projet d’informatisation qui a été un fiasco total. Et alors que ce fiasco semblerait être au nombre des nombreuses forfaitures ayant débouché, entre 2018 et 2019, en conflit ouvert et larvé entre l’ancienne protectrice et son administration (notamment avec l’ancien vice protecteur et l’ancien Directeur Général), allant même jusqu’au sabordage du système informatique de l’OPC (rassurez-vous, je sais de quoi je parle), l’OIF n’a exigé aucune évaluation de ce projet. Pourtant en 2021, après l’assassinat de Jovenel Moïse, Madame Michaëlle Jean déambulait dans la presse ([ii]) pour raconter combien les entrailles d’Haïti sont pourries et gangrenées par la corruption et que « l’assassinat du président Jovenel Moïse, le 7 juillet, n’était que la résultante d’une absence d’État de droit et d’une violence croissante des gangs armés ». Dommage que, pendant son mandat à l’OIF, cette organisation et toutes les organisations internationales semblent ne pas voir pris cette donnée en compte en finançant des projets qui n’ont été que de vastes champs d’application de cette corruption systémique.

Les droits humains : floutage et vernissage pour enjoliver l’éternelle déshumanisation

Ainsi, disons clairement à Madame Michaëlle Jean que sa lecture des dernières sanctions, prises par une partie de la communauté internationale à l’encontre de quelques puissantes personnalités haïtiennes, est erronée : il n’y a pas eu d’erreur dans la géostratégie de la déshumanisation que conduisent les USA, la France et le Canada en Haïti. Ces puissances sont dans la continuité de la logique de leurs intérêts néocoloniaux et hégémoniques. L’erreur de certains esprits simplistes est de croire, qu’en reconnaissant l’esclavage comme un crime contre l’humanité et en promouvant la culture de la diversité et les droits humains, les puissances occidentales sont devenues moins barbares. Ces esprits ne peuvent pas intégrer l’axe des paradoxes dans leur repère analytique pour comprendre que la géostratégie de la déshumanisation a appris à procéder par floutage, en recourant à des prismes d’enfumage dont le double standard : ce qui est promu en amont est toujours une valeur de contre feu pour mieux imposer en aval sa valeur antinomique qui n’est qu’imposture et enfumage. Croire en la promesse des droits humains, énoncée comme axiome d’un socle fondateur d’une certaine humanité unie, par des puissances occidentales, dont les intérêts sont stratégiquement dépendants de la déshumanisation, est la posture d’un esprit insignifiant

Dans une approche plus complexe, l’intelligence voudrait de préférence qu’une promesse, qu’importe qu’elle soit portée par un joli énoncé de stratégie et déclinée en des objectifs plus ou moins réalistes, n’ait aucune valeur en soi. Car, une valeur ne devient effective et ‘‘réelle’’ que dans le contexte d’une relation R entre des sujets A et B (John R Searle, La construction de la réalité sociale). On peut prendre l’exemple du droit universel de migration et montrer le double jeu qu’il cache selon que son contexte d’application mette en relation (entre autres relations possibles) des pays d’accueil et des pays de départ qui se reconnaissent comme ayant la même culture (Français et Ukrainiens) ou qui assument de partager des cultures différentes (Français et Tchadiens).  Autrement dit, il n’y a pas de droits théoriques universels en soi. Les droits ne prennent de sens que dans le contexte culturel, économique et éthique d’une société donnée, dans laquelle président des logiques d’affaires et des intérêts qui dépendent des hommes, de leur conscience et de leur disposition à appendre à ‘‘penser vrai (dans la complexité) pour appendre à agir avec intelligence en prenant le temps de donner du sens à leurs actions. Autrement dit c’est toujours au travers d’un contexte de difficultés et de frustrations que l‘intelligence se développe en poussant le sujet frustré à apprendre à faire corps avec le réel pour pouvoir le comprendre et mieux agir sur lui. Car on ne commande à la nature qu’en se soumettant à ses lois, ou pour reprendre autrement un certain Albert Einstein l’intelligence ne vient qu’en apprenant à passer plus de temps avec les problèmes qui ne sont que des frustrations.

En outre, il y a longtemps que la souveraineté nationale d’Haïti n’est qu’une imposture entretenue pour masquer l’asservissement total de l’écosystème haïtien. Et, à ce propos, je reprends la pensée de l’homme politique québécois René Lévesque, que doit bien connaître Madame Jean :   quand un pays confie à d’autres la sécurité de son territoire, la prise en charge de sa justice, la formation de sa police, l’orientation de ses institutions éducatives et sanitaires, la promotion culturelle et académique de ses élites, ce n’est plus un pays, mais une insignifiance, un lieu d’errance où cohabitent des êtres en sursis qui ne cherchent qu’à survivre. Dans sa quête pour la survie, entre malice et marronnage, le collectif haïtien n’a pas encore compris le sens de la mission d’un peuple libre et digne. Car le marron n’a pas le temps pour apprendre et transmettre : il se fait silencieux, il épie, guette les lieux où il y a de quoi se ressourcer, les mémorise comme des trésors pour revenir dans l‘obscurité les chercher. Dans ce jeu trouble, où la malice est la règle, le marron n’a pas de disponibilité pour la communication, il a peur du conflit, car il ne veut pas provoquer celui qui pourra lui apporter les ressources à sa survie. Ainsi, il ne peut pas agir avec intelligence, car il ne pense pas, ne communique pas et ne s’engage que pour accéder à une ressource qui lui permettra de survivre en soignant sa panse et son confort minimal insignifiant.

En conséquence, nous devons reconnaître que ces prises de position, pour sincères et bien intentionnées qu’elles puissent être, ne pourront pas changer la dynamique locale du chaos haïtien. Pour cause, celui-ci n’est que le résultat de la dynamique globale de l’éternelle géostratégie de la déshumanisation qui veut que la puissance des empires se construit toujours par d’odieux et d’immondes actes de barbarie. Cuba, Nicaragua, Venezuela, Rwanda, Congo, Indochine, Vietnam, Irak, Iran Libye, Afghanistan et Haïti sont quelques-uns des morceaux brisés du miroir étincelant qui reflète la barbarie et l’inhumanité de l’occident. Dans ce contexte, proposer que les mêmes charognards, formant le BIG GANG, qui ont planifié le naufrage haïtien, soient les mêmes qui coordonnent et mettent en place le sauvetage ne relève pas seulement de l’insignifiance, mais d’une volonté consciente ou inconsciente de perdurer le cauchemar du peuple haïtien.

Briser la dépendance pour redevenir intelligent

Dans l’un ou l’autre des cas, il y a une perte de sens ; car, à l’évidence, il est improbable de sensibiliser les démons qui régulent la dynamique de déshumanisation. Ils sont programmés pour vampiriser et sont fermés à toutes incantations ou supplications de bienveillance. On ne raisonne pas et ne supplie pas un esprit malfaisant, on le combat, on l’exorcise !  De même, face à la géostratégie de la déshumanisation, on ne quémande pas de bienveillance, on oppose une résistance collective, digne et insolente. Les peuples dignes sont ceux qui résistent, car ils ont des élites qui s’enracinent sur leur terroir et qui assument le coût éthique et cognitif pour entretenir l’intelligence collective. Le drame haïtien est qu’il a des élites culturelles et académiques qui ne connaissent pas ou n’assument pas leur rôle : elles courent après les rêves blancs d’ailleurs ou ne se destinent qu’à devenir des portefaix locaux des intérêts transnationaux ou les hommes à tout faire des oligarques étrangers du pays, et ce quel que soit leur niveau d’étude.

Pour cause, en Haïti, on n’accède à la médiatisation de la réussite politique, économique et académique que si on a un donneur d’ordre blanc auquel on obéit du doigt et à l’œil, ou si on assume d’être instrumentalisé comme couillon par les crapules économiques accréditées comme les nouveaux commissaires du BIG GANG dans leur rôle d’oligarques du shithole. Ici, ceux qui ne mangent pas directement dans les creux des mains des Clinton et des Soros, sucent les bouts d’os que jettent les Boulos, les Apaid, les Deeb, les Acra, les Brandt, les Abdallah et autres ‘‘Oliga-tollahs’’ du shithole. C’est du reste pourquoi les réseaux académiques et culturels ne peuvent pas prendre de position radicale dans la déshumanisation d’Haïti pour affirmer authentiquement, avec constance, cohérence et intelligence, leur dignité et leur rejet du gangstérisme. Ils ne peuvent que supplier leurs maîtres blancs pour qu’ils fassent pression sur les contremaîtres. Seule la pensée autonome, non subventionnée peut aller loin dans la critique, et c’est pourquoi les automates influents, dans leur rayonnement indigent, la détestent tant.

c’est par la fracture de 2004 que la souveraineté haïtienne a été profondément érodée par l’indigence du nouveau contrat social qui a été ensemencée dans la consciente des élites culturelles

Regardez les légions d’insignifiants anoblis qui avaient apporté leur appui au boycott du bicentenaire en 2004, Ce sont les mêmes qui viennent gémir aujourd’hui en 2022 en sollicitant l’assistance du blanc pour rétablir l’ordre et juguler le chaos que le blanc a financé, entretenu. Elles ont déjà oublié que ce sont elles qui avaient, vent debout, rejoint les 184 groupes de salopards, pour comploter avec le blanc contre la dignité nationale, rien que pour leur petit succès culturel, académique et littéraire ou économique. Rien ne peut encore prouver en quoi la légitimité de la lutte contre Jean Bertrand Aristide exigeait de chier sur un tel évènement à valeur symbolique planétaire. Le monde entier était rivé sur cet évènement qui, hélas, a été boycotté et sabordé par de puissantes injonctions diplomatiques, politiques et économiques. Sans vouloir nous attarder sur cet épisode malheureux, il faut admettre qu’il y a une insoutenable insignifiance chez les lettrés haïtiens qui n’ont pas compris que c’est par la fracture de 2004 que la souveraineté haïtienne a été profondément érodée par l’indigence du nouveau contrat social qui a été ensemencée dans la consciente des élites culturelles (Grenn Nan Bounda). Une once d’intelligence aurait pu faire comprendre à ces insignifiants, étonnants voyageurs de l’errance, qu’une alliance soutenue par toutes les puissances néocoloniales, par les oligarques qui se sont enrichis sous les Duvalier et qui ont financé tous le pogroms et massacres contre les paysans et les militants des organisations populaires et par les mercenaires traditionnels de la politique ne pouvaient qu’être, au-delà de la menace anti-démocratique du gouvernement lavalas, un complot contre la souveraineté du pays.

Le pire est que dans leurs travaux de recherche académique, financés par le blanc, ces insignifiants répètent en chorale cacophonique, pour faire plaisir au blanc et légitimer son ingérence sur tous les domaines stratégiques du pays, que l’intelligence est en déroute. Alors que ce sont elles qui tuent l’intelligence par leur dépendance vis-à-vis des intérêts étrangers, ils se couchent, sans pudeur, sans dignité, pour mieux s’aligner sur le plan des basses eaux où l’assistance internationale maintient les projets qu’elle finance sous leur haute expertise académique et managériale. N’avez-vous pas vu qu’il y a un puissant lien économique, académique, culturel entre ceux qui sont au pouvoir depuis 2011 et le blanc ?  Tous ceux qui ont apporté leur talent, leur rayonnement, leur savoir-faire malicieux et indigent, pour anoblir la médiocrité politique au pouvoir depuis 2011, doivent leur renommée au blanc. D’ailleurs, les sanctions en sont une preuve éloquente de ce lien de dépendance qui sert d’attracteur d’asservissement du pays.

Ainsi, pour commenter intelligemment les sanctions, on peut dire  contrairement à ce que laissent croire certains médias, certaines associations patronales, certaines associations socio-professionnelles, certains réseaux de droits humains, certains dignitaires comme Michaëlle Jean, ce qu’il se passe dans le shithole n’est qu’un refroidissement des strates sociales haïtiennes qui, devenues trop instables et chaotiques dans leur prolifération, menaçaient de rompre, par leur expansive agitation, l’équilibre de la géostratégie de l’errance conçue pour les espaces shitholiens comme Haïti par le biais des élites poubelles. Le démiurge, qui les contrôle et les finance, tente de les ramener à un état proche du point d’inflexion qui les réalignera sur l’axe de pilotage du gangstérisme polymorphe stratifié (GPS). Un pilotage qui semble avoir été gravement perturbé pendant plus de 4 ans, depuis notamment les révélations sur le scandale Petro Caribe en 2018. Or, objectivement, il faut que ce GPS reste, malgré son morcellement, une interface pilotée par le Big Gang, qu’est la communauté internationale, pour maintenir Haïti sur la trajectoire séculaire de son errance. De sorte qu’on puisse dire comme le maître du jeu qui déclare closes les mises et de lancer la partie : rien ne va plus, messieurs et mesdames les insignifiants. Le blanc a donné, le blanc a ôté, que le nom du blanc soit loué (inspiré de Job 1. 21).

Ainsi, sachant que dans leur forme ces sanctions ne sont que des postures diplomatiques pour préparer le prochain cycle de l’errance et que dans le fond elles ne peuvent être que des impostures sans effet politique sur la dynamique du chaos, dans une prochaine tribune, nous esquisserons en détail ce que Madame Michaëlle Jean et tous ceux qui veulent qu’Haïti sorte de ce marécage putride doivent faire pour permettre de ramener l’intelligence en déroute.

Quant à nous, nous continuons de croire qu’un collectif qui a survécu à la déshumanisation par la malice et le marronnage, qui furent des armes contextuelles efficaces contre le barbare blanc qui faisait la chasse aux nègres, et quand tout, depuis son indépendance, lui rappelle les notes et le décor de cette même déshumanisation, il ne peut que retrouver dans sa mémoire fragmentée, où règnent le grégaire et l’inconscient,  les réflexes des gestes et les trames de ce qui lui ont permis de survivre : d’où l’absence de lien entre le collectif et son pays, d’où les irresponsabilités, d’où les peurs collectives, d’où les stratégies à somme nulle qui poussent au sauve qui peut.

Quand  95% des maigres ressources du pays sont aux mains de moins de 10 familles étrangères, quand le leadership politique du pays est choisi pour avoir le profil corrompu et médiocre voulu par le blanc pour mieux lui imposer ses injonctions, quand le leadership culturel et académique est anobli par le blanc pour avoir l’insignifiance voulue par le blanc, c’est-à-dire juste utile pour reproduire la déshumanisation sans le blanc, mais futile pour le pays, il est logique que soient la violence et l’errance. C’est un enseignement des sciences cognitives et de la pensée stratégique : ce qui assure la survie du groupe est ce qui lui permet de se reproduire. Voilà pourquoi, pour reprendre la thèse fétiche qui semble justifier toutes les irresponsabilités, l’intelligence est en déroute en Haïti. Il faut donc trouver un propulseur pour remonter le temps et partir à sa recherche avant que tout ne s’effondre totalement.


Notes

[i] https://lenouvelliste.com/article/239898/michaelle-jean-estime-que-les-pays-comme-le-canada-devraient-prendre-leurs-responsabilites

[ii] https://www.courrierinternational.com/article/opinion-les-entrailles-dhaiti-pourries-par-la-corruption

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