Victoire : le peuple a bel et bien manifesté !

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Plusieurs milliers de manifestants ont parcouru différentes rues de la commune de Petionville, puis sont passés par Delmas pour se rendre à Port-au-Prince, la capitale aux cris de « Si yo tire sou nou, n ap mete dife »Fò l ale, fo l ale, fòk Jovenel Moise ale ! »

Déclaration étonnante qu’on n’a pas entendue dans le pays depuis la fin du régime dictatorial des Duvalier.  Sur les ondes de certaines radios et stations de telévision de la capitale, de très tôt ce matin du mardi 24 octobre 2017, le ministre de l’Intérieur Max Rudolph Saint-Albin déclarait catégoriquement qu’ « Il n’y aura pas de manifestation aujourd’hui ».

C’est depuis la veille que le gouvernement essaie de manipuler la population pour l’empêcher de manifester sinon de saboter la manif du 24 Octobre. Ainsi, le lundi 23 octobre 2017, le Premier ministre Jack Guy Lafontant a réagi lors d’une conférence de presse « aucune manifestation violente ne sera tolérée à travers le pays. Les manifestations, émaillées d’actes de violences, visant à casser les pare-brises de véhicules, lancer des jets de pierre sur les gens et mettre le feu à des pompes à essence, ne sauraient nullement être acceptées. La justice va poursuivre tous les contrevenants ».

De gauche à droite le dirigeant de la plateforme Pitit Desalin Moise Jean-Charles et l’avocat Me André Michel

En guise de réponse, les organisateurs de la mobilisation,  également dans une conférence de presse demandent aux agents de la Police Nationale Haïtienne de prendre leurs responsabilités de façon à éviter des dérapages et ils profitent de l’occasion pour  accuser tout bonnement les partisans du pouvoir qui seraient à l’origine des violences enregistrées dans les récentes mobilisations particulièrement celles du 17 octobre dernier au cours de laquelle des coups de feu ont été tirés à Delmas 5 et Delmas 45 et des délinquants ont tenté d’incendier deux stations d’essence au niveau de Delmas 52 et Delmas 83.

On se rappelle le rôle néfaste du faux syndicaliste, Montès Joseph qui avait saboté la grève du lundi 2 octobre. Cette fois-ci le gouvernement a utilisé le ministre de l’Intérieur même Max Rudolph Saint-Albin, flanqué du Secrétaire d’état de la sécurité publique Léon Ronsard Saint-Cyr et le chef du parquet du Tribunal de première instance de Port-au-Prince, Clame-Ocnam Dameus. Ils ont pris comme prétexte pour essayer d’annuler la mobilisation que les  organisateurs de la manif annoncée par le porte-parole de l’opposition plurielle Me André Michel et l’ancien candidat à la présidence, le sénateur du Nord Moise Jean-Charles pour le mardi 24 octobre  n’avaient pas respecté les normes policières. Le ministre de l’intérieur a insisté que le Conseil Supérieur de la Police Nationale (CSPN) après une réunion la veille a pris plusieurs résolutions concernant cette manifestation. Pour enchainer ensuite que « désormais, est fini l’ère d’une simple notification à la police pour gagner les rues »

« Les manifestations violentes de ces derniers jours sont tout, sauf des manifestations. Ce sont des actes de banditisme et de vandalisme. Nous autres l’Etat, nous disons non ! Vous avez le droit de manifester ; mais il faut le faire pacifiquement, tranquillement et dans la sérénité » ajouta-t-il. Et pour couronner le tout, le gouvernement a ressuscité un décret pris le 23 juillet 1987 par le gouvernement militaire dirigé par le général Henri Namphy  pour illustrer sa démarche.

Le ministre de l’Intérieur Max Rudolph Saint-Albin

Ce décret a été également réhabilité par le pouvoir Lavalas du gouvernement Aristide-Neptune le 29 janvier 2004 dont l’article 2 précise que « toute personne désirant organiser pacifiquement une réunion sur la voie publique doit en donner notification, quarante-huit heures avant la réunion, aux forces de police de sa localité. A cet effet, elle déclinera à l’agent de police chargé de recevoir cet avis, son nom, prénom, âge, profession, demeure ou domicile, le lieu précis de cette réunion ou manifestation, son but, son itinéraire, sa date et sa durée. Faute par l’organisateur de se conformer aux prescriptions de cet article, la manifestation sera interdite ».

Tout juste après cette déclaration faite sur les antennes de la Radio Caraïbes à l’émission « Jounal Premye Okazyon », le dirigeant de la plateforme Pitit Desalin Moise Jean-Charles répliqua et sans aucune hésitation il rejeta les propos du gouvernement en rappelant au peuple que la manifestation est maintenue sans aucun changement.

L’avocat André Michel pour sa part a signalé que les interventions des membres du gouvernement étaient gratuites et non avenues puisque la notification relative à la manifestation du 24 Octobre 2017 avait été régulièrement signifiée à la PNH le vendredi 20 Octobre 2017. D’ailleurs, la notification avait été remise personnellement à Alain Auguste, directeur départemental de l’Ouest. Et pour conclure,  l’avocat tout comme Moise affirma que « Personne ne peut nous empêcher de manifester. La police a été notifiée de la manifestation et nous allons gagner les rues ce mardi que le gouvernement le veuille ou non à Pétion-Ville… »

le pouvoir impopulaire au lieu de saboter le 24 octobre a mobilisé davantage la population

Effectivement, la manifestation planifiée à 8 Branches du peuple a bel et bien démarré devant l’église Saint-Jean Bosco de Pétion-ville.  Plusieurs milliers de manifestants ont parcouru différentes rues de la commune de Petionville, puis  sont passés par Delmas pour se rendre à Port-au-Prince, la capitale aux cris de « Si yo tire sou nou, n ap mete dife »Fò l ale, fo l ale, fòk Jovenel Moise ale ! »

Au lieu de s’achever devant le Palais national  comme on l’avait prévu, c’est devant le Parlement que la manifestation a pris fin, juste après un discours de l’ancien sénateur Moise Jean-Charles qui  outre les masses populaires a joué un rôle fondamental  à la réussite de cette journée historique qu’il a illustrée en ces termes : « C’est une grande victoire pour le peuple haïtien qui a levé le défi du gouvernement »

En d’autres termes, le pouvoir impopulaire au lieu de saboter le 24 octobre a mobilisé davantage la population qui ne lutte plus maintenant pour le retrait de la loi de Finances 2017-2018, ni contre le Conseil électoral permanent ; mais pour le départ sans conditions du président inculpé Jovenel Moïse et de sa clique PHTkiste au pouvoir.

Par ailleurs une autre manif est déjà lancée pour le mercredi 25 octobre 2017 sur la route de l’aéroport international.  Le peuple haïtien vient de montrer au gouvernement et aux forces réactionnaires  que lorsque les masses populaires sont déterminées et s’unissent, rien au monde ne peut les empêcher  de vaincre leur ennemi.

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