Queue de poisson à la sauce Youri Latortue

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Le très «vertueux» sénateur Youri Latortue, à la fois maître-homme et mètdam.

«Singulier petit pays», avait dit notre grand Louis Joseph Janvier. En effet, singulier pays où un président de la république, pour le plaisir, pour la narcissique jouissance de son pouvoir, fait arrêter illégalement, le jeudi 27 octobre 2011, un député en exercice à sa descente d’avion, alors que ce dernier revenait d’une semaine passée en France. Il le garde en prison tout juste le temps de savourer son exaction, et déclare par la suite qu’il n’y est pour rien «ni de près ni de loin».

La Chambre des députés pète, repète, rouspète, tempête, peste, admoneste, proteste et promet de faire savoir à cet enculé de président qu’elle ne tolérerait pas ce non-respect de la Constitution, à la rentrée Parlementaire du deuxième lundi de janvier 2012. Que pensez-vous qui arriva ? Quatre cent millions de gourdes à titre de pot-de-vin, débloqués à l’occasion des fêtes de fin d’année,  eurent raison de l’enthousiasme des députés. Bien évidemment, l’affaire finit en queue de poisson.

Singulier petit pays où un très proche asòs de ce même enfoiré de président, en fait le testicule gauche du chef dirais-je, son fournisseur en poudre blanche, son très intime confident, son exécuteur de transactions louches, disparaît sans laisser de traces. Un peu comme la fumée dans l’air. Ça se dissipe, se disperse, se volatilise. Plus rien, seulement les jours qui se suivent et se ressemblent par leur monotonie, l’air, le temps qui passe, l’air du temps, le soleil, la lune et les étoiles. Rien. On n’a jamais rien su de l’énergumène. Dissipé, dispersé, volatilisé. Du président «pas une syllabe», comme dirait ma grand-mère paternelle. Rien, anyen, nothing, nada, nichts, niente, anyen menm. Cette disparition de l’asòs du président a bien fini en queue de poisson.

Rendez-moi fou ou sage, comment un ambassadeur américain peut-il moralement se déculotter, baisser son kanson, en venant jeter à la face de tout un pays, de tout un parterre de journalistes que le président du pays où il est accrédité n’est pas un fils de l’Amérique mais bien un bon jan citoyen haïtien? On a même vu une très haute représentante de la francophonie, la plus haute représentante en fait de cette nébuleuse linguistique, venir encourager par son incongrue présence cette piteuse, calamiteuse, malheureuse, malencontreuse, désastreuse mascarade ambassado-présidentielle. Et après, rien, aucune réaction forte de l’opinion pour fustiger cette macaquerie, cette singerie, cette chimpanzerie à nulle autre pareille. Le vaudeville présidentiel est passé comme une lettre à la poste. La grimacerie montée par le chef de l’État a bien fini en queue de poisson.

Le 19 mars 2009, un certain Sandro Joseph, ancien directeur général de l’Office national d’assurance-vieillesse (ONA), était arrêté en sa résidence, inculpé de « blanchiment d’argent des fonds provenant de l’institution ». Dans le No. 37 de notre journal Haïti Liberté, édition du 1er au 7 Avril 2009, notre collaborateur Yves Pierre-Louis rapportait, dans un article intitulé « Dilapidation des fonds de l’ONA », les malversations en cours dans cette institution, filouteries mentionnées également par d’autres membres de la presse, à propos de prêts hypothécaires faramineux «non conformes à la législation en vigueur».

Ayant barboté dans la même mangeoire que son prédécesseur, le successeur de Joseph, Jean Alix Boyer,  se sentit obligé de voler au secours de son maître-à-manger, maître-à-goinfrer, en adressant une lettre à notre directeur, Berthony Dupont ; lettre assortie d’un avis relatif à  «des rumeurs de plus en plus persistantes circulant autour de l’octroi de prêts hypothécaires […] campagne de diffamation sciemment orchestrée» et avertissant menaçamment que «la diffamation est expressément prévue et punie par le Code Pénal».  Nous nous battîmes l’œil et le flanc gauche, enfin, je veux dire Berthony se battit…. La diffamation effectivement s’épuisa, s’évapora, et se métamorphosa en queue de poisson.

Ce n’est pas tout. Le mercredi, 21 avril 2010, Radio Signal FM rapportait : « Le directeur Général de l’Office d’Assurance Vieillesse, Jean Alix Boyer, entendu au Parquet de Port-au-Prince, […] Le syndicat de l’Ona a porté plainte contre M. Boyer pour corruption… L’Ona a perdu près de 85 millions de gourdes suite aux malversations qu’aurait orchestrées le directeur général, Alix Boyer, qui n’a pas payé les polices d’assurance de l’institution». Il y a eu poursuite (virtuelle) d’un directeur corrompu qui s’est terminée en queue de poisson. La tête [de l’ONA] est restée toujours aussi pourrie qu’elle l’avait été sous Sandro Joseph.         Demandez donc à Bernard De Graff, le successeur de Boyer qui a dû se présenter devant la Commission des Affaires Sociales du Sénat pour s’expliquer entre autres sur «de nombreuses accusations de corruption, de licenciement abusif, de dépenses et de salaires excessifs». Bien sûr, il s’en est sorti sans une égratignure, voire une grave blessure pénale. Une autre queue de poisson caractéristique du laisser-aller, du lesegrennen de la chose politique et administrative au pays.

Singulier petit pays où le monde politichien s’accommode de l’évolution en queue de poisson de la res politica. Tenez, Merten, l’ancien ambassadeur américain en Haïti, entre juillet 2009 et juillet 2012, vient de nous apprendre que le tortueux  Michel Martelly avait renoncé à son statut de résident permanent aux USA en retournant sa carte de résidence permanente à l’ambassade des États-Unis à Port-au-Prince en 2011. Or, selon le point E de l’article 39 de la loi électorale de 2008: « Pour être candidat à la présidence de la République d’Haïti, il faut  résider dans le pays depuis (5) cinq années consécutives avant la date des élections.»

Pour être en règle avec la loi, il aurait fallu que Michel Martelly renonce à son statut de résident permanent aux USA en 2005, ce qui n’a pas été le cas. Ergo, le candidat Martelly n’était pas qualifié pour être candidat à la présidence de la République d’Haïti. Point barre. On peut aisément déduire que le candidat Michel Martelly a ou bien menti lors du dépôt de ses pièces au CEP, ou bien bénéficié de honteuse complicité au sein dudit CEP, complicité générée et couverte par l’intervention inopportune, arrogante, déplacée et fréquente de «crooked Hillary», Hillary la véreuse, pour ne pas dire la vénéneuse. Après qu’on aura fait des gorges chaudes à propos de cette trop tardive mise au point de la part de l’ambassadeur Merten, aucune instance juridique ne viendra poursuivre Martelly pour fraude caractérisée. Je vous parie que ce crime électoral finira en queue de poisson.

Autant dire qu’il s’est développé en Haïti une culture politique de queue de poisson. Les mots «suivi», «transparence» semblent avoir été bannis du vocabulaire politicien haïtien. Folia occultanda, les feuilles doivent être cachées. Cacher les feuilles et couvrir ça, couvrir la nauséabonderie. Il ne faut donner suite à quoi que ce soit. Même quand un aryennafè se plaît à faire du tapage pour faire diversion ou pour se donner de l’importance, ce n’est que grand vent, petite voile. Son stratagème aboutira toujours à une queue de poisson. Ce qui m’amène à introduire le poissonneux, sinistre personnage nommé Youri Latortue, Youri le pourri, une queue d’homme, une crasse d’homme et pas-tout-à-fait-un-être-humain.

Au tout début de juillet 2011, le sénateur de l’Artibonite Youri Latortue qualifiait

Les deux larrons concoctant leur chantage devant aboutir à se répartir ainsi le pactole: 15% pour Micky, 15% pour Youri qui n’aura pas démérité de son surnom de «Monsieur 30%».
Les deux larrons concoctant leur chantage devant aboutir à se répartir ainsi le pactole: 15% pour Micky, 15% pour Youri qui n’aura pas démérité de son surnom de «Monsieur 30%».

d’«extrêmement grave» un article publié dans l’édition du 29 juin au 5 juillet de ce journal rapportant de nouveaux câbles de Wikileaks dans lesquels le parlementaire aux mille coups pendables est distinctement décrit comme «mafieux, vendeur de drogue et champion de la corruption politique».

Invité à Panel Magik le lundi 7 juillet, le «vertueux» Youri a rejeté d’un revers de main de telles accusations et a décidé de porter plainte. « Je vais poursuivre le journal en justice, avait-il annoncé avec fracas. Il est trop facile de vouloir détruire des gens en Haïti ». Haïti Liberté serait même allé au-delà des révélations faites par les câbles au dire du roublard Youri. Le con! Abruti de Youri! Crétin de Youri! Jusqu’au moment d’écrire cette rubrique, cinq ans plus tard, on attend encore la poursuite. Salisseur de poursuiveur! Une bravade, une rodomontade, une fanfaronnade, une tarasconade, une vacherie, une bravacherie de Youri qui a fini en queue de poisson.

Dans un câble du 27 juin 2007, l’ambassadrice des États-Unis à l’époque, Janet Sanderson, signalait que: « Parmi les observateurs politiques, c’est un article de foi que Latortue était impliqué dans le trafic de drogues sous Aristide et durant les premières administrations de René Préval». L’ancien ambassadeur Foley, dans un câble du 27 mai 2005, faisait état des propos rapportés à l’ambassade des États-Unis par un membre bien connu de la bourgeoisie haïtienne, l’homme d’affaires Fritz Mevs, à savoir que « Des trafiquants de drogue colombiens » travaillaient avec une « petite clique d’individus puissants et bien introduits, dont Youri Latortue… pour créer une entreprise criminelle qui se nourrit de l’instabilité et l’alimente ».

Pour ajouter au portrait de ce fieffé maffieux traînant avec lui sa carapace de corruption, un article du Figaro, «Les narco-trafiquants font main basse sur Haïti » (édition du 21 décembre 2004), présente Youri sous un jour peu reluisant: «Cet ancien policier, impliqué dans divers scandales [recevait]  du Premier ministre [de l’époque, Gérard Latortue, oncle de Youri] 24 000 dollars par mois pour l’organisation d’un service d’intelligence… …». Voilà donc ce très «vertueux» Youri, surnommé «Monsieur 30%» par le journal Le Figaro en raison du pourcentage qu’il exige en rétribution de passe-droits, embarqué dans l’entreprise de faire la lumière sur l’usage des fonds Petro Caribe à travers une commission sénatoriale bidon (pourquoi pas bidonne?) dont il tire les ficelles.

Le bidonnage a finalement débouché sur un rapport qui a recommandé que «les investigations soient approfondies sur pratiquement tous les fonctionnaires qui, en raison de la nature même de leurs responsabilités, sont intervenus dans la gestion du fonds Petro Caribe et que l’action publique soit mise en mouvement contre ceux dont l’implication s’est avérée confirmée dans cette vaste supercherie d’État» (souligné par nous). Ou tande bèf

Bien sûr c’est un bœuf qui n’a pas de cornes et qui beuglera à peine, car les fonctionnaires visés, nommés, identifiés, savent qu’entre larrons on se connaît bien, très bien et même trop bien. Les Jean-Max Bellerive, les Laurent Lamothe, les Jacques Gabriel, ministre des TPTC; les Daniel Dorsainvil, ancien ministre des Finances; les Michael Lecorps, ancien directeur du BMPAD; les Wilson Laleau et Marie Carmelle Jean Marie, anciens ministres des Finances; les Josefa Gauthier, ancien ministre de la Planification; les Florence Duperval, ancien ministre de la Santé et autres cibles de la vertuosité et grande «honorabilité» de Youri savent que c’est du théâtre, de la bruitsapaterie, bri sapat.

Épinglés pour divers forfaits: concussion, usurpation manifeste de titre, contrats antidatés, forfaiture, violations avérées de la loi de passation de marchés de 2009, détournement de fonds publics, complicité de détournement de fonds, faux et usage de faux, ces bracelets roses n’ont pas grand-chose à craindre de Youri. Comme disait ma grand-mère paternelle: «Se pase pran m, m a pase rele w; se gouden 10 ak 35; se 50 kòb ak 2 gouden». Ne barbotaient-ils pas, ne bafraient-ils pas, ne goinfraient-ils pas, ne grenouillaient-ils pas, ne grouillaient-ils pas, ne patouillaient-ils pas, ne pataugeaient-ils pas, ne se vautraient-ils pas, ne porcinaient-ils pas dans la mêmes mangeoire que Youri? Ils savent que ce dernier ne manque pas de grennzanno ka òfèv.  À moins de redouter que Youri ne leur fasse subir le sort du Père Jean Marie, ils ne se laisseront pas marcher dessus.

Toutefois, ma puce m’a soufflé à l’oreille que «les épinglés» de la Commission pourraient avoir de mauvaises surprises. À longue échéance, Youri peut être en train de se créer un capital moral et politique pour les présidentielles de 2022. Ça c’est son affaire. Mais à courte échéance, il faut compter avec la goinfritude, l’akrektude de Youri pour le pognon. Et s’il pensait surtout et avant tout faire du chantage? Il peut avoir en tête d’«arranger» tout ça pourvu qu’on lui donne 30% du magot que les mecs ont siphonné de Petro Caribe. Même, le stratagème peut avoir été concocté avec Martelly, c’est-à-dire que le partage serait en fait de 15% pour Micky, 15% pour Youri. Mezanmi! Sa m ye? Qui suis-je pour avancer cette hypothèse pas du tout délirante?

En fait, ce n’est pas que je sois un remarquable hypothétiseur. Tenez, lisez ce que  Danio Darius écrit dans  Le Nouvelliste en date du 19 août: «Affirmant qu’elle [Marie Carmelle Jean Marie] ne connaît pas tous les membres de la commission, elle accuse des gens qui auraient promis à certaines personnes épinglées d’enlever leur nom du document en échange du versement de fortes sommes d’argent évaluées jusqu’à 400 000 dollars américains». Encore une fois: sa m ye? Laissons Youri finir de mener son chantage éhonté à terme.

On n’entendra alors plus parler de Commission éthique. Toutes ces prétendues violations, tous ces détournements de fonds, tous ces faux et usages de faux, ces contrats antidatés et autres blabla forfaitudinaires seront choses du passé, dossiers classés, sans importance. Youri ap bèl ti gason après avoir engrangé quelques millions supplémentaires sur la tête de ces enkonduit ki pa respekte tèt yo. Tout ce scandale pétrocaribéen va finir en queue de poisson, une queue de poisson à la sauce mètdam de Youri Latortue.

21 Août 2016

 

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