Présidentielles USA : Qui a le momentum ?

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L'ancien vice-président de Barack Obama, Joe Biden et le sénateur démocrate Bernie Sanders

Depuis la seconde moitié du xxe siècle, le processus de l’élection présidentielle américaine prend environ un an. Qu’il s’agisse du suffrage indirect à la fois pour les primaires et pour l’élection générale, riche en événements, le processus de cette joute reste complexe.

En dépit de sa durée et de sa complexité, l’élection américaine suscite de l’intérêt et de la curiosité chez des millions de gens non seulement aux États-Unis d’Amérique, mais dans le reste du monde. Compte tenu des enjeux stratégiques, géopolitiques, économiques et sécuritaires, elle reste une préoccupation pour bon nombre de pays ayant ou non des rapports avec les États-Unis. Jusqu’ici, l’élection présidentielle américaine n’a pas d’équivalent. D’une façon ou d’une autre, elle affecte le fonctionnement et la gestion du reste de la planète. Aujourd’hui encore, les relations diplomatiques d’un quelconque État avec Washington demeurent les plus importantes. Pays d’Amérique du Nord indépendant en 1776, les États-Unis sont considérés comme l’instance planétaire d’homologation démocratique. Car du premier Président George Washington à l’actuel Donald Trump, mis à part des petits incidents dans l’histoire politique de ce pays, la culture démocratique se perpétue. De ce fait, bon nombre de pays ont leurs regards tournés vers la politique américaine, particulièrement à la plus prochaine élection présidentielle de novembre 2020.

la présidence des États-Unis est le bureau politique le plus important dans le monde.

Dans ce contexte, il est impératif d’accorder une attention soutenue au processus afin de saisir les causes qui garantissent une telle stabilité démocratique. Comprendre les aboutissants et tenants des rapports internationaux des États-Unis avec les autres pays reste un pilier fondamental. Pouvoir suivre minutieusement les temps forts de cette joute ainsi que du processus conduisant à l’une des prestigieuses institutions de la politique américaine comme la présidence peut faire une grande différence. Car, que l’on veuille ou non, le caractère et la vision du locataire de la Maison-Blanche pendant les quatre ans de mandat, ont et auront toujours des influences déterminantes sur le monde politique, économique et social. À juste titre, l’auteur Robert S. Hirschfield dans son livre titré The Power Of The Presidency: Concept And Controversy a écrit que la présidence des États-Unis est le bureau politique le plus important dans le monde. Mais, pour bien comprendre l’importance de ce bureau, il faut d’abord comprendre les impacts et enjeux qui peuvent en découler du pouvoir du premier citoyen des États-Unis.

Les enjeux des élections présidentielles du 3 novembre 2020

Ce n’est pas sans intérêt que l’analyse minutieuse des temps forts de l’élection présidentielle américaine a suscité autant de passions et de réflexions aux États-Unis ainsi que dans le reste du monde, puisque, au-delà des leçons démocratiques à tirer des présidentielles américaines, l’enjeu reste de taille pour les ressortissants des autres pays. L’apport économique, politique et social dont bénéficient certains pays, soit directement avec le gouvernement des États-Unis ou par le biais de leur diaspora dans ce pays d’opportunité dépend grandement de l’issue de ces élections. D’une façon ou d’une autre, le devenir de beaucoup de peuples et de leurs dirigeants est lié par ce processus. Autant dire qu’il se révèle important pour les dirigeants ainsi que pour leurs compatriotes éparpillés un peu partout aux États-Unis d’accorder une priorité à l’élection présidentielle américaine.

L’ex-maire de New York, Mike Bloomberg a annoncé mardi qu’il y renonçait, face au nombre de candidats déjà dans l’arène.

Les États-Unis, terre d’asile ou pays d’opportunité, continuent, même avec des toutes dernières mesures prises par le Bureau de l’Immigration, à attirer les immigrants venant d’un peu partout. Par rapport au nombre d’étrangers venant s’établir sur leur territoire, l’Amérique reste le premier pays d’immigrant. On estime á des millions le nombre d’immigrants clandestins vivant dans le pays. Ce qui fait, à chaque campagne électorale, la question migratoire est toujours soulevée dans les débats entre les candidats dans la course à la présidence. Tout en étant un sujet important, une réponse à une question sur l’immigration peut, dépendamment de la position du candidat, soit mobiliser ou démobiliser une frange de l’électorat.

De plus, les crises politiques au Venezuela, en Libye, Syrie, Iran, Irak, Afghanistan, Pakistan, le problème israélo-palestinien, Corée du Nord, la prolifération nucléaire, le commerce international et le problème de l’environnement, en un mot, la prééminence militaire américaine dans le cadre de la protection de leur territoire et intérêts américains dans le monde sont autant de conflits auxquels il faudra aborder avec la finesse d’un homme d’État compétent si toutefois on voulait éviter des catastrophes regrettables dans le monde. Ce qui fait, si « les problèmes politiques sont les problèmes de tout le monde et les problèmes de tout le monde sont des problèmes politiques », par analogie, l’élection présidentielle américaine demeure l’affaire de tout le monde.

Mais, avant d’arriver aux élections générales du 3 novembre 2020 pour savoir qui sera le prochain locataire de la Maison Blanche en janvier 2021, si Président Trump, étant en poste actuellement, peut d’office se présenter aux élections pour un second et dernier mandat, par contre, les candidats du Parti démocrate, dans le cadre des élections primaires pour leur nomination, sont, depuis bien des mois de campagnes et d’un scrutin qui a commencé depuis quelques semaines, dans différents États, en quête de délégués.

A cette phase, pour une majorité de 3, 979 délégués en jeux, le nombre magique pour remporter la nomination à la présidence est de 1,991 délégués. Parmi les candidats, il y a le sénateur de Vermont, Bernie Sanders, l’ancien magistrat du South Bend de l’Indiana, Pete Buttigieg, respectivement les sénatrices du Massachusetts, Elisabeth Warren et du Minnesota, Amy Klobuchar, l’ex-maire de New York, Mike Bloomberg et l’ancien vice-président Joe Biden. Le processus du scrutin décrit ci-dessous est celui du début de calendrier y compris le Super Tuesday de la course à l’investiture du Parti démocrate.

Début du processus

Comme c’est le cas depuis 1972, le processus avait commencé le 3 février dans l’État de Iowa, suivi du New Hampshire le 11, Nevada le 22 et la Caroline du Sud le 29. Avec 155 délégués, soit seulement 4% du total des délégués alloués, officiellement, depuis quelques semaines, le processus pour la nomination du Parti démocrate suit son cours,

Déjà, des analystes commentent les éventuelles difficultés que devait rencontrer le Président sortant quant à sa réélection. De par ses analyses, des experts de la politique américaine essaient, minutieusement, de décortiquer les enjeux. Les questions pleuvent : Qui représentera le parti démocrate aux élections générales du 3 novembre 2020 « Quelles sont les chances du Président sortant ou de son éventuel adversaire de gagner ? », « Quels sont donc les enjeux de cette élection ? », « Qui mène dans les sondages et pourquoi ? »

En dépit de tous les questionnements sur les enjeux des élections générales du 3 novembres 2020 et les grandes étapes des primaires démocrates, le « Super Tuesday » était le carrefour incontournable pour les candidats et un temps fort pour des analystes et experts qui se sont versés dans le domaine. Il était parce qu’il s’agissait du jour où le plus grand nombre d’États votaient simultanément pour désigner le candidat du Parti qui pourra se présenter éventuellement à l’élection présidentielle de novembre.  Ainsi, si la route qui conduit au 1600 Pennsylvania Avenue, avec un marathon électoral, est un parcours d’un combattant, le « Super Tuesday » est un carrefour ‘’4 chemen’’ obligé à traverser avec beaucoup plus de précautions ou de préférence le train à ne pas rater sous aucun prétexte par les candidats qui aspirent être le locataire de la grande Maison Blanche localisée à cette adresse. Puisque, sur les 3979 délégués disponibles et de 1,991 pour avoir accès à la Convention démocrate qui aura lieu du 13 au 16 juillet, 2020, au  Fiserv Forum à MilwaukeeWisconsin, 1344 étaient en jeux lors du « Super Tuesday. »  D’où la nécessité de faire une brève historicité de ce dernier.

Histoire du « Super Tuesday »

Contrairement aux différentes primaires organisées séparément depuis le mois de février, en général, ce qui donne aux primaires du « Super Tuesday » un caractère exceptionnel, c’est son ampleur par rapport aux précédents caucus.  « ce procédé offre l’opportunité à plusieurs grands États de le faire en même temps. »

Cette tradition « Super Tuesday » remonte pour la première fois le 8 mars 1988.  « À l’époque, les Démocrates des États du Sud comme le Texas, l’Alabama, la Floride, la Géorgie, la Louisiane, le Tennessee, le Mississippi, le Kentucky et l’Oklahoma, dont l’objectif était de trouver un candidat valable, c’est-à-dire capable de les représenter honorablement, ont décidé ce jour-là de voter en bloc. »  

Depuis lors, l’expression « Super Tuesday » a fait son chemin et est devenue aujourd’hui une étape très importante non seulement pour les deux grands partis (démocrate et républicain), mais aussi pour tout candidat qui cherche la nomination de son parti. Par ordre chronologique, voici la liste des « Super Tuesday » :

8 mars 1988,
10 mars 1992,
12 mars 1996,
7 mars 2000,
2 mars 2004,
5 février 2008,
6 mars 2012
1 mars 2016 et
3 mars 2020

L’importance du « Super Tuesday » du 3 mars 2020

Comme la Californie et le Texas, certains autres États qui votaient ce 3 mars sont aussi parmi les plus peuplés du pays.  Ils sont également d’une grande diversité ethnique.  Ce qui fait que le « Super Tuesday » du 3 mars était d’une importance capitale car le candidat qui gagne le plus grand nombre de délégués ce jour-là est assuré d’être le candidat qui trouvera la nomination pour son parti. Comme c’était effectivement le cas pour le gouverneur de l’Arkansas William Jefferson Clinton en 1992, le sénateur Robert Dole en 1996, le gouverneur du Texas George W. Bush et le vice-président Albert Gore en 2000 etc.

Avec 1344 délégués en jeux, le « Super Tuesday » du mardi 3 mars était une étape cruciale dans le processus de désignation du candidat démocrate dans la compétition électorale, c’est-à-dire, un train à ne pas rater. En outre, il était d’une importance capitale, puisque, jusqu’à hier, la course était grandement ouverte entre le sénateur Sanders, l’ancien Vice-président, Joe Biden et la sénatrice Elizabeth Warr. Il était encore plus après que le milliardaire Tom Steyer, Pete Buttigieg et Amy Klobuchar ont mis fin à leurs campagnes.

Quant à Michael Bloomberg, complètement absent dans les primaires de février, mais à coups de millions, présent dans toutes les grandes chaines de télévisions, le milliardaire qui dépense plus d’argent que tous ses concurrents réunis, devrait, lors du Super Tuesday, marquer son début, si toutefois il voulait affronter Donald Trump lors de la présidentielle de novembre.

Non seulement il n’avait pas participé aux premiers caucus du mois de février, mais il avait aussi raté son premier débat à Las Vegas.  Ce qui explique que le Super Tuesday était une urgence pour Mike Bloomberg de gagner grandement.  Mais, après ses résultats décevants du mardi 3 mars, mathématiquement, les chances d’être le candidat nommé pour le Parti démocrate est quasiment impossible.

Pour sa part, Joe Biden, avec sa victoire en Caroline du Sud samedi 29 février, l’ancien vice-président de Barack Obama a, après trois défaites consécutivement à Iowa, New Hampshire et Nevada, il repartait à l’assaut des primaires démocrates. C’était cet élan qu’il avait besoin pour aborder le Super Tuesday du 3 mars avec plus de confidence. Avec cette Victoire, déjà, il se présentait non seulement comme une alternative au sénateur démocrate Sanders, il se croyait aussi être le seul capable de battre Donald Trump aux élections générales en novembre de cette année. « Vous m’avez propulsé sur la voie pour aller battre Donald Trump », a déclaré l’ancien vice-président, en se présentant comme « un démocrate de toujours, un fier démocrate, un démocrate Obama-Biden »

Dans le cas de Elisabeth Warren, le « Super Tuesday » du 3 mars était l’occasion pour elle de rattraper son départ raté en février. Car au cas d’un mauvais résultat, elle compromettra considérablement, voire totalement sa chance d’être la candidate nommée pour représenter le Parti démocrate aux prochaines élections générales du 3 novembre 2020. Mais, malheureusement, comme durant les primaires de février, elle a raté le train du Super Tuesday.

La Victoire de Biden le Samedi 29 février n’avait pas seulement permis à l’ancien VP d’avoir un nombre quelconque de délégués, mais elle était avant tout une affaire de dynamique qui offrait plus d’exposition médiatique, des moyens de lever plus de fonds, des soutiens des Super délégués et organisations politiques de basses dans le pays. Car si les victoires des uns permettaient plus de momentum dans les campagnes, une série de défaites des autres, dans une certaine mesure, empêchait aux donateurs de contribuer convenablement aux perdants. Pour l’instant, si Bloomberg et Warren ont raté le train, Biden a le momentum. Avec ce momentum, sénateur Sanders, trouvera t-il l’énergie nécessaire, les moyens financiers et soutien des Supers délégués pour mener le combat a un éventuel ’brokered convention’’ ?

Prof. Esaü Jean-Baptiste

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