Pour l’histoire et la Vérité

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Si jusqu’à présent notre mémoire s’est souvenue des progressistes, militants, révolutionnaires qui ont donné leur vie pour que triomphe la cause des opprimés, pour qu’un autre monde soit possible, cette fois-ci, elle se souvient, pour les dénoncer, de ceux et celles qui ont trahi les masses en se laissant instrumentaliser par l’impérialisme et leurs restavèk locaux.  Nous nous en souvenons comme de la trahison de Conzé.

En ce 214è anniversaire de l’Indépendance d’Haïti, le journal a tenu à publier, pour qu’on ne l’oublie jamais, la honteuse «Déclaration de principe sur la Commémoration du Bicentenaire de l’indépendance haïtienne» publiée par un «Collectif du NON» au mois de septembre 2003 et signée par un groupe d’«artistes, écrivains(nes), intellectuels-elles, éducateurs-trices». Ils disaient: «Nous… Déclarons refuser de nous associer à des célébrations officielles à travers lesquelles le gouvernement ne vise qu’à rechercher une impossible légitimité».

L’opposition à l’époque avait bien le droit de prendre ses distances avec le personnage Aristide et son régime dont elle dénonçait «la dérive totalitaire, l’incompétence et la corruption», les excès et les outrances. Mais la célébration du Bicentenaire de l’Indépendance, ce seul jour du 1er Janvier 2004, relevait d’un « lieu de mémoire » qui n’appartient nullement à Aristide. L’opposition a refusé une trêve pour ce seul jour, et a tragiquement boycotté la célébration de cet historique anniversaire. Il est à noter que rien ne la forçait à célébrer conjointement avec le régime. Cette opposition largement faite d’éléments de la classe moyenne et d’étudiants (en majorité fils du peuple) s’est laissée entraîner et mystifier par une bourgeoisie rétro qui voyait le pouvoir politique et, potentiellement économique, lui échapper. Elle défendait donc âprement ses intérêts de classe.

Après que ce “Collectif” eut fini de boycotter le bicentenaire de l’Indépendance, après le coup d’État-kidnapping du président Aristide, on n’en a plus entendu parler. On ne l’a pas vu sortir de « Déclaration de principe » sous le gouvernement de Préval qui fut «un échec» selon le RNDDH, encore moins sous les gouvernements de Martelly et de Jovenel Moïse l’inculpé dont on n’a pas encore entendu à date dénoncer  «l’incompétence et la corruption qui caractérisent l’actuel gouvernement».

Les «démarches de réparation et de restitution», légitimes, ne requièrent plus, depuis belle lurette, «la nécessité d’une réflexion, d’un dialogue voire d’une action à venir à la mesure de la complexité de ces notions». «Les conditions d’existence révoltantes de huit millions d’haïtiens et d’haïtiennes [qui] ne font que se détériorer, face à l’incapacité et l’inaction d’un gouvernement qui dilapide, gaspille les fonds publics et détruit la structure administrative», ont miraculeusement disparu sous Préval, Martelly le fieffé jouisseur et Jovenel l’inculpé.

Le «Collectif du NON» affirmait: «Ce gouvernement travaille aujourd’hui à canaliser toute l’attention de la communauté internationale et des personnalités étrangères intéressées par le Bicentenaire vers une campagne de propagande aux fins de légitimation d’un «pouvoir usurpé». Pourtant, on sait que Leslie Manigat arrivé en deuxième position, lors des élections de 2006, avec moins de 12 % des suffrages, avait fulminé contre “l’illégalité” de la décision du Conseil électoral, qu’il avait qualifiée de “comédie machiavélique” et de “coup d’Etat par les urnes“.

Dépité, exaspéré par les manifestations populaires dont le mémorable épisode de la piscine à l’hôtel Montana, Manigat  s’était lâché: «La violence vient d’être récompensée», et dénonçait «les pressions de certains milieux internationaux». Il avait expliqué sa défaite par « la misère du peuple, qui s’est trompé », et par “les erreurs stratégiques” de la classe politique, qui ne s’était pas unie derrière un candidat. Entendez: derrière lui. Refusant de «souscrire à la forfaiture et d’accepter le fait accompli», il est rentré dans sa coquille. Pourtant, le gouvernement de Préval n’a pas été qualifié de «pouvoir usurpé» et aucune «déclaration de principe» n’a jamais été publiée par les «NONistes-GNBistes» signataires dont plusieurs étaient manigatistes.

De «pouvoir usurpé», parlons-en lors des élections de 2006. Voici ce qu’en disent des courriels échangés par le clan Clinton et mis en ligne le 7 septembre 2016 par le «Center for Economic and Policy Research» (CEPR): «Mirlande Manigat, professeur de droit constitutionnel et ancienne première dame, et Célestin sont arrivés respectivement en première et en deuxième position, selon les résultats préliminaires, ce qui les envoyait au second tour. Martelly était troisième, quelques milliers de voix derrière […] Avec les partisans de Martelly dans les rues, qui étaient parfois violents, et l’envolée des protestations, les Etats-Unis ont fait monter la pression en mettant en doute publiquement les résultats, quelques heures après qu’ils ont été publiés».

«Dans les 24 heures qui ont suivi, des hauts fonctionnaires du Département d’Etat américain avaient déjà entamé des discussions avec des groupes du secteur privé haïtien prévoyant de forcer Célestin à se retirer de la course […] Le gouvernement haïtien a finalement demandé qu’une mission de l’Organisation des États américains (OEA) vienne en Haïti pour analyser les résultats. La mission, malgré qu’elle n’ait pas effectué un recomptage ou un test statistique, a recommandé de remplacer Célestin au second tour par Martelly. Sous pression, le gouvernement haïtien a fini par accepter les recommandations de l’OEA […] ce sont les États-Unis qui avaient financé la mission de l’OEA et qui ont fait plus de pression sur le gouvernement haïtien»

«Un e-mail de Graham* a été envoyé quelques jours avant qu’Hillary Clinton voyage en Haïti, au milieu de la crise en Egypte, pour forcer la main du gouvernement. Mills** a transmis le message de Graham à Hillary Clinton, avec une note: « Nous discuterons de cela dans l’avion» à laquelle Hillary avait répondu simplement: « Bill m’a parlé de cela et est très inquiet de ce que je fais et de ce que je dis demain». ”Comme nous tous”, a répondu Mills. Le lendemain, Hillary Clinton a voyagé en Haïti et a rencontré Préval. ”Nous avons essayé de résister et c’est ce que nous avons fait, jusqu’à la visite d’Hillary Clinton”, a eu à dire Préval. «Ce fut quand Préval a compris qu’il n’avait pas moyen de s’en sortir qu’il a accepté. Martelly a remporté le second tour

A-t-on jamais entendu les «Collectifistes» dénoncer cette flagrante violation de la constitution, ou «Les conditions d’existence révoltantes de huit millions d’haïtiens et d’haïtiennes [qui]ne font que se détériorer, face à l’incapacité et l’inaction d’un gouvernement qui dilapide, gaspille les fonds publics et détruit la structure administrative» ? Ont-ils jamais exprimé qu’«Il serait dommage que ce pouvoir puisse à l’avenir se prévaloir de la passivité de ses victimes et/ou de l’appui de personnalités et d’institutions étrangères»?

De ce qui vient d’être exposé, il est clair que tout ce beau monde GNBiste-NONiste-opportuniste avait une mission claire en ce moment historique de célébration du bicentenaire de notre indépendance. Ils l’ont exécutée à la lettre, et sitôt renversé le régime d’Aristide, ils n’ont rien eu à redire  du gouvernement de Préval, fruit d’un “coup d’Etat par les urnes“. Quant au gouvernement de l’obscène, misogyne Martelly, dilapidateur des fonds de Petrocaribe, protecteur et soutireur anbachal des Sonson  La Familia, Evinx Daniel, Clifford Brandt et autres, ils en ont accepté les pires dérives sans jamais dire kwik.

Ils ont fermé les yeux car c’était leur gouvernement, celui de Apaid Junior, celui de Guy Philippe machann dwòg, celui de cette bourgeoisie qui s’est beaucoup dépensée et a beaucoup dépensé pour accoucher d’un Jovenel Moïse mal élu et inculpé pour blanchiment d’argent. On dit que le sang appelle le sang, on peut tout aussi bien dire: la classe appelle la classe, la classe des profiteurs, des restavèk de l’impérialisme. Aussi l’on comprend pourquoi et comment certains ont été récompensés pour leur trahison et ont bénéficié de postes de ministres et de directeurs généraux. Et ceux-là, celles-là qui ne jurent que par l’Hexagone et la langue de Molière ont bien bénéficié de prix littéraires pour du travail bienfait. Bravo les Conzé !

 

Déclaration de principe sur la Commémoration du Bicentenaire de l’indépendance haïtienne

Pétition rendue publique le 30 septembre par des intellectuels-elles, artistes et éducateurs -trices haitiens-ennes autour de la célébration des 200 ans d’indépendance d’Haïti.

L’année 2004 est proche et ramène le 200ème anniversaire de l’indépendance de la République d’Haïti. Nous, artistes, écrivains(nes), intellectuels-elles, éducateurs-trices, signataires de la présente déclaration, conscients de la portée de cet événement tant sur le plan national que sur le plan universel, tenons à exprimer notre vision et notre position par rapport aux manifestations qui auront lieu en la circonstance.

L’indépendance d’Haïti réalisée en 1804 est le résultat d’un ensemble de luttes entreprises à Saint-Domingue contre l’esclavage. Cet événement a entraîné toute la chaîne des abolitions au cours du XIXe siècle dans la région Caraïbe et latino-américaine et représente une date de première importance dans l’histoire universelle en tant que moment d’application concrète des principes d’égalité et de liberté.

Nos inquiétudes sont grandes devant l’orientation que le gouvernement haïtien actuel est en train de donner à la célébration officielle du Bicentenaire de notre indépendance. En effet, ce gouvernement travaille aujourd’hui à canaliser toute l’attention de la communauté internationale et des personnalités étrangères intéressées par le Bicentenaire vers une campagne de propagande aux fins de légitimation d’un pouvoir usurpé et reconnu aujourd’hui comme despotique et totalitaire, négateur des principes et des valeurs à la base de la révolution haïtienne.

A trois mois de la célébration du Bicentenaire de la République d’Haïti :

1) Les démarches de réparation et de restitution, l’incompétence et la corruption qui caractérisent l’actuel gouvernement  ne constituent aujourd’hui qu’une tentative désespérée du pouvoir pour faire diversion par rapport à ses propres responsabilités et trouver un bouc émissaire en couverture à son échec. Nous reconnaissons la nécessité d’une réflexion, d’un dialogue voire d’une action à venir à la mesure de la complexité de ces notions. De telles démarches ne peuvent être envisagées qu’entre partenaires responsables partageant les valeurs fondatrices de liberté, d’égalité et de respect de la personne humaine. La dérive totalitaire, l’incompétence et la corruption qui caractérisent l’actuel gouvernement le disqualifient en ce qui a trait à la conduite de cette procédure.

2) Les conditions d’existence révoltantes de huit millions d’haïtiens et d’haïtiennes ne font que se détériorer, face à l’incapacité et l’inaction d’un gouvernement qui dilapide, gaspille les fonds publics et détruit la structure administrative. De plus, ce gouvernement installe à dessein la société haïtienne dans l’insécurité aux seules fins de se perpétuer au pouvoir : les vols, les viols, les disparitions, les harcèlements et les assassinats sont en effet le lot quotidien de la population.

3) Tandis qu’une vingtaine de journalistes ont été contraints à l’exil, l’assassinat de deux d’entre eux est resté impuni alors que, dans l’un des cas, les meurtriers, partisans du gouvernement en place, ont publiquement revendiqué leur crime et continuent à fanfaronner sans avoir jamais été appréhendés. Ces mêmes partisans continuent de maintenir les journalistes et les organes de presse indépendants sous la menace constante de leurs violences.

4) Le pluralisme politique est systématiquement refusé par l’actuel gouvernement. En témoignent la mise à sac et l’incendie des locaux de la plupart des partis politiques de l’opposition et les arrestations arbitraires régulières et les disparitions de militants et de militantes politiques. Cela malgré les prescrits de la Constitution, malgré les protestations de tous les secteurs de la vie nationale répercutées dans la résolution 822 de l’Organisation des Etats Américains (OEA).

5) Enfin le droit à la libre circulation des hommes et des femmes n’est pas reconnu. Certaines portions du territoire sont officiellement interdites aux partis politiques de l’opposition et aux organisations de la société civile.

Face à cette dérive totalitaire, nous, artistes, écrivains(nes), intellectuels-elles, éducateurs-trices

* Déclarons refuser de nous associer à des célébrations officielles à travers lesquelles le gouvernement ne vise qu’à rechercher une impossible légitimité. Ne pas nous associer au gouvernement, ce n’est pas nous opposer à l’unité haïtienne, c’est au contraire la défendre.

* Invitons le peuple haïtien et les institutions et personnalités étrangères à ne pas se prêter aux manipulations et aux tentatives de séduction du pouvoir tyrannique établi actuellement en Haïti. Il serait dommage que ce pouvoir puisse à l’avenir se prévaloir de la passivité de ses victimes et/ou de l’appui de personnalités et d’institutions étrangères dont l’action, fondée sur une intention bienveillante, ne viendrait que le sortir de l’isolement auquel l’Histoire et le peuple haïtien qu’il martyrise entendent bien le condamner.

Fait à Port-au-Prince le 29 septembre 2003.

Suivent les premières signatures.

– Claude-Henri Accacia

– Michel Accacia

– Gesner Armand

– Jean-Claude Bajeux

– Anthony Barbier

– Jessy Ewald Benoît

– Pierre Buteau

– Jean Casimir

– Georges Castera

– Suzy Castor

– Syto Cavé

– Amos Coulanges

– Jean Coulanges

– Magalie Comeau Denis

– Patrice-Michel Derenoncourt

– Max Dominique

– Frank Etienne

– Marie-Andrée Etienne

– Pierrot Exama

– Enock Charles Faustin

– Jude Charles Faustin

– Jean-Claude Fignolé

– Reynold Guerrier

– Michel Hector

– Reynold Henry

– Laennec Hurbon

– André Lafontant Joseph

– Frandley Denis Julien

– Dany Laferrière

– Yves Lafortune

– Yanick Lahens

– Ricardo Lefèvre

– Danièle Magloire

– Jessy Manigat-Chancy

– Daniel Marcelin

– Gérard Mathieu Junior

– Myriam Merlet

– Jean Metellus

– Marc-Ferl Morquette

– Jean Michel

– James Noel

– Raoul Peck

– Claude Pierre

– Michèle Pierre-Louis

– Vogly Pongnon

– Emelie Prophète

– Guy Régis Junior

– Jacques Roche

– Wooly Saint-Louis

– Paul Saint-Preux

– Amilcar Similien (Simil)

– Michel Soukar

– Evelyne Trouillot

– Michel Rolph Trouillot

– Lyonel Trouillot

– Gary Victor

 

Notes

Pour ceux qui nous ont exprimé le souhait d’adjoindre leurs signatures à cette première liste, nous leur indiquons l’adresse électronique suivante : haitipetition2004@voila.fr

*Laura Graham, chef des opérations à la Fondation Clinton en 2012.

** Cheryl Mills, bras droit, conseillère de Hillary Clinton.

 

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