Pleins Feux Sur : Guy « Ti Guy » Paul

« Un pitch aérien» | (Port-au-Prince – 1957)

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A partir de là, ‘’Ti Guy’’ était prêt pour apporter sa contribution à la formidable épopée de l’ « Ensemble Sélect ». Devenant sur les traces d’Assade Francoeur la seconde voix indispensable du groove koupe.

Guy Paul a eu de sa part une ingénuité infatuée de culture. Produit authentique du Bas-Peu-de-Chose, ‘’Ti Guy’’ a surtout évolué dans une atmosphère où la musique et le football constituaient les seules évasions des adolescents. En plus de grandir dans une zone auréolée de tant d’émanations sociables. Ainsi qu’un lieu d’éclosion et de campement de multiples chantres, comme l’enfant adoptif Joe Trouillot, le berceau d’Ansy Dérose, le cercle d’Emerantes de Pradisnes, la résidence de Guy Durosier suite à son premier exil en 1970. Et d’innombrables ténors tels que Gatien Désir l’enfant de St. Raphaël, les capois Momo Jasmin et Roger Colas, le domaine d’Yvon Louissaint, les pénates du port-de-paisien J. Robert Telfort avant qu’il devienne Cubano, le fief d’Harold Joseph, le champ d’Hervé Bléus et tant d’autres mal connus dont les vocalises ont diverti l’adolescence de G.P.

En fait, on ne le rencontre jamais sans qu’il ne soit en délire de fredonner un air à la mode. Pour dire que ce mec a toujours eu le miaulement aux tripes. Ce qui va être renforcé par la présence dans son voisinage de trois bardes d’envergure : le chanteur de la joie de vivre et du kadans ranpa André Dorismond, de l’interprète de Maria leve Jean Benjamin et de l’intello et présentateur à Radio Haïti Inter, Gérard Hilton. Qui l’ont maintes fois inspiré dans leurs excursions domiciliaires. Malgré tout, l’univers de ‘’Ti Guy’’ n’est point limité à ses rêves musicaux. Car, en grand plan il y a le sport roi, le football qui agrandit l’imagination des mômes. Et, Guy en est aussi un adhérent assez qualifié et fait montre de ses atouts durant les championnats juvéniles. En outre, son frère ainé Will Léon ‘’Ti Pitou’’ est footballeur vedette du Victory Club, équipe fanion de sa zone ; et postulant en sélection. Avec plus qu’un tour dans ses manches ‘’Ti Guy’’ s’avance confiant pour atteindre ses cibles.

Guy n’a pas lésiné et est resté au chevet de son maitre et idole

Entre temps, les années passent et s’accentuent les passions. Ainsi que vont les modes et les influences. Après les enfances tumultueuses marquées par la glorieuse génération des 1940-50. Et de surcroit, être affecté par les sonorités du fameux groupe « La Grande Puissance» de son quartier ; lequel a représenté la plus populaire bande pédestre du pays. La filiation successive l’ayant atteint tout aussi affectivement. Guy s’emballe à toutes les sonorités vocales qui l’animent: Pascal Albert, Dadou, Cubano, Badet, Shoubou, Assade, Sergo Paul, Célestin, Dérose, etc. Et surtout, son idole Gesner ‘’Coupé’’ Henry, qui lui donne des idées. Parallèlement son brio pour le football s’intensifie, de même que pour sa passion musicale. Ce qui l’instigue à des improvisations impromptues en compagnie d’un autre pote du coin, Patrick Appolon.

Imprégné d’un souffle félin et d’un pitch aérien, il est assiégé par les guitaristes de sérénades qui veulent s’offrir son high pitch épinglé. En plus des contraintes scolaires, et de la priorité donnée au foot qui lui offre plus de visibilité. La musique est encore à cette étape une distraction. Dont il continue à s’alimenter dans ce carrefour culturel qu’est sa zone. Qui a successivement pris part à la génération mini avec les frères Smith et Franky J. Baptiste, Serge Rosenthal, Léon Millien entre autres. Puis, a engendré les ‘’soul brothers’’ comme : Manno S., Dunac etc. A l’avènement du mouvement rasin avec des contributeurs comme : Harry Tiesfield, Ayizan et Azouke Sanon, Jean Raymond Giglio, Eddie François et autres. ‘’Ti-Guy’’ est aussi membre de la section rythmique du formidable groupe ambulatoire « Lobodia », qui avait pris le relais des légendaires : « Grande Puissance » et « Diabolo ».

Entre temps, sa trajectoire de footballeur a pris de l’ampleur. Et ‘’Ti-Guy’’ a fini par gagner sa place de titulaire au sein de l’équipe Victory Sportif Club du Bas-Peu-de Chose. Tout en continuant à cultiver le répertoire de l’« Orchestre Sélect ». Ensemble dont il est aussi un groupie, qui est bien toléré dans l’entourage. A preuve qu’un jour au cours d’une répétition chez Robert Denis ; alors que le chanteur vedette Assade Francoeur ne s’était pas montré, Guy s’est permis de se substituer à Francoeur en injectant son falsetto dans le morceau Ogou feray. Ce qui a rendu Bobby admiratif ; en suggérant au roi Gesner Henry de s’accommoder de cet étonnant gamin. Un conseil que le bon ‘’Coupé’’ n’a pas pris du temps à exécuter. C’est ainsi que dans l’après-midi même ‘’Ti Guy’’ a reçu une proposition du maestro, pour se produire à l’Olympia.

Une sortie musicale sans précédent pour Guy Paul, qui doit aussi performer sur deux fronts. Jusqu’à ce que l’ambiance des scènes et des nanas l’aient emporté sur l’aura des terrains de foot. De ce fait, il décide juste après un match contre l’Excelsior de raccrocher les crampons. En donnant son adhésion au football. A partir de là, ‘’Ti Guy’’ était prêt pour apporter sa contribution à la formidable épopée de l’ « Ensemble Sélect ». Devenant sur les traces d’Assade Francoeur la seconde voix indispensable du groove koupe. Une époque transitoire qui a vu un certain remue-ménage au sein de cet orchestre ; avec l’intégration de nouveaux talents pour la relève tels que : Louixène Florestal, Onel Henry, Gesner Henry Jr., Jean C. Julien et, entre autres, ‘’TiGuy’’ à l’avant- poste. Juste à côté du roi ; et prenant de la bouteille sous sa supervision.

Tout en apportant sa fraicheur, son exubérance et sa voix haut-perchée, toute imprégnée de bonds aériens et d’une musicalité accrue à la sarabande de l’ « Orchestre Sélect ». Avec en plus, une proportion à servir de transitions et d’ornements aux prêchi-prêcha et onomatopées du monarque, qui s’en est servi à cœur joie. En fait, ce fut une sorte de renaissance pour Jean Gesner Henry qui s’est bien régalé autour de cette nouvelle garde. Fort de nouveaux hits comme : espion, bébé bèl pawòl, jeune amateur, fanm et tant d’autres auxquels Guy Paul a arrosé de son timbre vertigineux, empli de ‘’salvo’’ et de trémolos. Ainsi qu’une kyrielle de tubes immortels qui ont garni le formidable répertoire du groupe, de Miyam miyam à Ti tèt la ; qu’il a repris en solitaire ou en duo avec Henry. Pour lequel Guy était devenu une sorte de fils adoptif.

C’est ainsi que lorsque la maladie et le surmenage ont commencé à décimer la vielle garde du groupe, y compris son leader inamovible Jean Gesner Henry, ‘’Ti Guy’’ est de ceux chargés pour perpétuer la fureur, le brillement et la variation du koupe. Ce qu’il a su faire à coups de gueule impromptus ; pendant que le roi était alité et ne pouvait plus nous transporter sur des charbons ardents. Pourtant, Guy n’a pas lésiné et est resté au chevet de son maitre et idole ; jusqu’à son dernier soupir. Après la mort de Henry, Guy et quelques survivants du groupe ont essayé de colmater les brèches. Mais on ne pouvait rien substituer à l’ombre géante du légendaire maestro. De ce fait, on verra ‘’Ti Guy’’ refaire surface avec l’ensemble « Konpa Manba » au pays. Puis, le « Logik Sélect » à NY ; avec lesquels il s’évertue à entretenir l’héritage sacré du rythme koupe.

Des initiatives qui n’ont pas fait mouche. Obligeant Guy à prendre un sabbatique, tout en examinant ses options. Lesquelles ne se sont pas matérialisées au cours de cette dernière décade. A part quelques prestations de bénévolat dans lesquelles il a rallumé les vielles flammes. Et entre les boulots incompatibles, il respire encore de musique dans sa base à Brooklyn, où il rêve encore d’un come-back.

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