Pas de changement à Jérusalem ou à Gaza

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La police israélienne a arrêté 17 Palestiniens protestant contre la Marche des Drapeaux, le 15 juin à Jérusalem-Est

Notre gouvernement du changement ne nous a pas donné 100 jours de grâce, ni même 100 heures de grâce. Il n’est peut-être pas juste de le juger sur ses premières heures d’existence, mais elles peuvent être le signe de ce qui va suivre. Cent minutes ont suffi pour se rendre compte que sur les questions les plus importantes de toutes, il n’y a pas de désaccords dans le nouveau gouvernement, et qu’il n’est pas différent du gouvernement précédent. Ce qui était sera.

Ses premières heures, qui auraient pu annoncer un changement, ont annoncé exactement le contraire. Les ministres auraient pu interdire la Marche des Drapeaux et dire aux Israéliens, aux Palestiniens et au monde entier qu’il y a une nouvelle équipe en ville, une équipe qui prend en considération les sensibilités d’un autre peuple. Au lieu de cela, le ministre de la Sécurité publique, Omer Bar-Lev, un représentant de la gauche dans le nouveau gouvernement, a gazouillé que « Jérusalem est la capitale éternelle d’Israël », adoptant avec une incroyable facilité le jargon nationaliste de Benjamin Netanyahou ou de Bezalel Smotrich en passant par Itamar Ben-Gvir.

Berlin est-elle la capitale éternelle de l’Allemagne ? L’ancienne Athènes celle de la Grèce ? A quoi sert toute cette pompe nationale ? Peut-être qu’un jour les Israéliens décideront qu’il serait préférable de déplacer la capitale à Afula ou à Dimona ? Peut-être à Tel Aviv ? Qu’y a-t-il d’éternel dans l’emplacement des bureaux du gouvernement ? Peut-être pourrait-elle être la capitale éternelle de deux nations ? Après tout, c’est ce que le parti de Bar-Lev  [travailliste] prétend soutenir.

Au lieu d’un gouvernement de changement apportant le changement et d’un gouvernement d’unité avec une faible lueur de gauche, il vire déjà à droite.

Derrière ces mots grandiloquents se cachait un feu vert pour la Marche des Drapeaux, alors que quelques semaines auparavant, Bar-Lev s’y était opposé. Ce que vous voyez de là, vous ne le voyez pas d’ici, et c’est ainsi que la Marche des Drapeaux s’est lancée dans une nouvelle campagne de provocation sauvage, dangereuse et violente au nom de la liberté de réunion. Cependant, pour vider brutalement des quartiers entiers de leurs résidents palestiniens, pour organiser une vile marche de guerre, pour permettre des chants racistes de « mort aux Arabes » au nom du maintien de la souveraineté, pour laisser une foule de voyous colons et leurs partisans cracher sur les Palestiniens, et pour préserver la croyance innocente qu’il y a une aile gauche dans ce gouvernement, il n’y avait pas besoin de Bar-Lev. Amir Ohana aurait fait mieux [ministre de la Justice puis de la Sécurité intérieure des deux derniers gouvernements Netanyahou, likoudnik, premier député de façon déclarée gay de droite].

Yair Lapid a fait l’éloge de Bar-Lev, comme l’a fait de tout cœur le Premier ministre – la fraternité des vieux potes de l’armée, un gouvernement d’unité. Au lieu d’un gouvernement de changement apportant le changement et d’un gouvernement d’unité avec une faible lueur de gauche, il vire déjà à droite.

Un gouvernement qui a laissé la Marche des Drapeaux se dérouler et l’armée de l’air bombarder Gaza n’est pas un gouvernement de réel changement.

Mais la Marche des Drapeaux n’a pas terminé à elle seule ses 100 premières heures de grâce. En réponse à celle-ci, les Palestiniens de Gaza ont lancé des ballons incendiaires sur Israël – une provocation bien plus justifiée que la Marche des drapeaux – et une fois de plus, Israël a prouvé qu’il y a peut-être eu un changement de gouvernement, mais pas de changement de mentalité. L’armée de l’air a bombardé Khan Younis. Gloire aux forces de défense israéliennes.

Pour l’instant, l’incident s’est terminé pacifiquement, mais le chemin vers l’escalade aurait pu être court. Vous n’avez pas besoin d’une longue mémoire : C’est ce qui s’est passé il y a environ un mois. Israël insiste pour ne jamais rien apprendre et ne jamais rien oublier : la marche aura lieu, les Palestiniens protesteront, les avions à réaction bombarderont. Le Hamas ne sera pas autorisé à nous dicter quoi que ce soit. Comme tout cela est pathétique.

Deux jours après une autre marche aux drapeaux – celle célébrant un exode de l’esclavage vers la liberté sur la place Rabin, avec des drapeaux roses prenant la place des drapeaux noirs de la rue Balfour – il semble déjà que la joie était prématurée et excessive. Peut-être n’y avait-il aucune raison de se réjouir. Il est facile de comprendre que ceux qui avaient fait de Benjamin Netanyahou le diable incarné se réjouissent maintenant de sa chute – un réconfort pour leur âme, le rêve de leur vie réalisé. Mais il est maintenant temps de comprendre qui l’a remplacé et de ne pas se contenter d’entrer dans une autre guerre ridicule sur le moment où la famille Netanyahou quittera la rue Balfour, hier ou demain.

Le nouveau gouvernement peut annoncer des changements, même s’ils sont modestes. La plupart de ses ministres sont supérieurs à leurs prédécesseurs en termes de standing, d’intégrité et d’engagement dans leurs tâches. Le nouveau gouvernement peut même entreprendre certaines réformes essentielles et nettoyer certaines écuries. Mais un gouvernement qui a laissé la Marche des Drapeaux se dérouler et l’armée de l’air bombarder Gaza n’est pas un gouvernement de réel changement.

 

Haaretz, 16 juin 2021

Traduit par Fausto Giudice

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