Home Editorial Message à la présidente du Venezuela, Delcy Rodríguez

Message à la présidente du Venezuela, Delcy Rodríguez

0
2227

Le peuple haïtien, qui lutte pour un changement total et fondamental face à l’impérialisme américain qui le domine depuis plus d’un siècle, ne saurait souhaiter que certains pays en lutte tels que le Nicaragua, Cuba et le Venezuela s’inclinent devant l’influence réactionnaire de l’administration américaine dirigée par Donald Trump.

C’est pourquoi nous, à Haïti Liberté, adressons ce message à Delcy Rodríguez, la présidente par intérim qui, pour ainsi dire, entretient des relations controversées avec les États-Unis afin de l’exhorter à faire preuve de plus de prudence dans la manière dont son gouvernement traite avec l’impérialisme américain.

Toutes les plaisanteries ne sont pas de bon goût. Il convient d’éviter celles qui ne sont que le reflet des projets futurs, des orientations et des objectifs essentiels des forces impérialistes dont le dénominateur commun ne laisse aucun doute.  Le 12 mai dernier, le compte officiel de la Maison-Blanche a publié une image de la carte du Venezuela aux couleurs du drapeau américain, accompagnée de la légende : « 51e État ». Ce n’est pas une simple plaisanterie, mais bien une menace que les forces progressistes vénézuéliennes ne doivent pas prendre à la légère.

En Haïti, nous avons acquis une vaste expérience avec ces vautours, ces traitres en puissance. Les Etats-Unis n’ont pas reculé à faire le chantage diplomatique le plus grossier pour faire échec à la résistance populaire haïtienne. Le gouvernement de facto en place est composé en grande partie de leurs marionnettes.

Nous craignons que le sacrifice d’Alex Saab n’ait un effet terriblement démoralisant sur le moral et la santé idéologique des masses vénézuéliennes qui se sont montrées si héroïques au cours des années passées.

L’une des leçons que nous en avions tirées est la suivante : si vous dites bonjour au diable, il vous dévorera ; si vous ne lui dites rien, il vous dévorera tout de même. Se prêter au jeu de la collaboration avec l’impérialisme est la faute la plus grave qu’un petit pays des Amériques puisse commettre dans les conditions établies préalablement par l’ennemi. Envisager de collaborer pour le vaincre en espérant le duper ne mènera nulle part. C’est précisément ce que l’ancien président haïtien Jean-Bertrand Aristide tentait de faire, en jouant le jeu de la marionnette face à l’impérialisme américain.

Une fois que l’on s’engage sur la voie du compromis, des combinaisons au sommet, celle-ci ne mène qu’à une seule destination : la capitulation. Après l’enlèvement de Nicolás Maduro et de son épouse, la députée Cilia Flores, le 3 janvier 2026, un événement au cours duquel plus de 100 personnes ont été tuées par les envahisseurs américains, le gouvernement par intérim du Venezuela s’est lancé dans un jeu d’amitié avec l’impérialisme, ce qui est extrêmement inquiétant. Les relations diplomatiques entre les gouvernements des États-Unis et du Venezuela ont été rétablies, sans qu’aucune condition n’ait été imposée par le pays victime. Peu de temps après, le gouvernement intérimaire a écarté Alex Saab du pouvoir lors d’un remaniement ministériel.

Par la suite, il convient de noter que les délégations américaines sont parvenues à vous rencontrer, Mme la présidente et que Donald Trump diffuse même une propagande visant à faire croire que vous êtes soumise à son contrôle. Des visites d’officiels américains se sont multipliées, celle du directeur de la CIA, John Ratcliffe, puis, d’une délégation de la Banque mondiale (BM) conduite par Susana Cordeiro Guerra, vice-présidente de cette organisation pour l’Amérique latine et les Caraïbes.

Le jeudi 30 avril, un avion d’American Airlines en provenance de Miami a atterri triomphalement à l’aéroport international Simón Bolívar, au Venezuela, marquant le premier vol commercial direct entre les Etats-Unis et le Venezuela depuis sept ans. Le coup de grâce a été donné par l’extradition vers les États-Unis d’Alex Naim Saab Moran, homme d’affaires d’origine colombienne un proche conseiller du président vénézuélien Nicolás Maduro.

Rappelons qu’en 2023, il avait été libéré dans le cadre d’un échange de prisonniers impliquant des citoyens américains détenus au Venezuela. Par la suite, il était devenu ministre de l’Industrie.  En février dernier, sa nationalité vénézuélienne a été révoquée, puis il a été arrêté à Caracas, lors d’une opération conjointe menée par les services d’enquête américains et vénézuéliens. Bien qu’il n’existe aucun traité d’extradition entre le Venezuela et les États-Unis, il a néanmoins été livré, tel un colis encombrant aux autorités américaines.

Ces faits sont alarmants et graves. À tel point qu’ils donnent le sentiment que l’impérialisme gagne progressivement du terrain, se rapprochant sans doute du scénario que Donald Trump considère comme le seul succès international de son second mandat : l’éviction de Nicolás Maduro et la garantie du pillage du pétrole vénézuélien, parmi d’autres ressources naturelles.

Il ne nous appartient pas de demander des comptes sur ce qui se trame au sein du gouvernement vénézuélien exprimant une contradiction majeure. Toutefois, nous les haïtiens conscients partageons les mêmes inquiétudes du peuple vénézuélien, car nous avons le même ennemi commun. La classe ouvrière haïtienne est un allié naturel et historique du peuple vénézuélien. Dans l’ensemble nous sommes tous, frères, travailleurs unis par la fraternité universelle car les prolétaires n’ont pas de patrie.

En effet, l’impérialisme ne fait que multiplier des manœuvres pour imposer leur domination et perpétrer leur politique génocidaire contre le genre humain. L’une des raisons pour lesquelles l’impérialisme a saboté le Venezuela, Cuba, le Nicaragua et Haïti (notamment avec le célèbre programme CHNV de l’administration Biden), c’est précisément de pouvoir les réduire à l’état de délabrement dans lequel il a plongé Haïti.

Madame la Présidente, comme vous l’avez dit : « Toute décision prise par le gouvernement du pays depuis que nous avons pris nos fonctions, après les événements du 3 janvier, a été prise dans l’intérêt du Venezuela, pour défendre le Venezuela. Il n’y a aucune autre considération. »

Où réside l’intérêt du Venezuela dans une politique ouverte de compromission avec l’ennemi du peuple vénézuélien ? L’enlèvement du président Maduro serait-il dans l’intérêt du Venezuela ou des puissances impérialistes capitalistes ? Imaginez si les dirigeants de la Révolution Cubaine avaient livré Ernesto « Che » Guevara à la réaction internationale !

À ce dangereux carrefour, nous devons agir et résister à toutes les tendances nationalistes bourgeoises.  La résistance à toutes les manœuvres impérialistes nous donnera davantage de force et de détermination pour poursuivre notre combat et nous affranchir de leurs griffes. La résistance du peuple vénézuélien est indispensable et impérative en ce moment crucial, elle seule constitue un obstacle majeur à l’application du plan colonialiste visé. La mobilisation populaire, ce dont le peuple vénézuélien s’est montré prêt et a été capable de faire au cours de ces 27 dernières années, doit constituer un rempart contre tout processus d’affaiblissement. Nous craignons, en particulier, que le sacrifice d’Alex Saab n’ait un effet terriblement démoralisant sur le moral et la santé idéologique des masses vénézuéliennes qui se sont montrées si héroïques au cours des années passées.

L’impérialisme ne vise pas seulement Nicolás Maduro, mais aussi et surtout toutes les composantes de la révolution bolivarienne anti-impérialiste initiée par le leader charismatique Hugo Chávez. De toute évidence, toutes les forces progressistes et révolutionnaires doivent s’unir pour contrecarrer les manœuvres impérialistes visant l’extermination des masses laborieuses et le renversement des régimes progressistes et révolutionnaires, dans le but d’affaiblir les mouvements de libération nationale.

Une victoire du peuple cubain contre les menaces américaines serait une victoire pour tous les peuples épris de paix et de liberté. Une victoire du peuple vénézuélien contre l’agression américaine constituerait un puissant catalyseur pour la juste lutte de libération nationale du peuple haïtien et de tous les peuples opprimés du monde.

LEAVE A REPLY

Please enter your comment!
Please enter your name here