L’insignifiance de la classe politique va-t-elle ‘‘ donner le gain’’ au ‘‘Blanc’’ ?

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Mme Helen Meagher La Lime, des États-Unis, Représentante spéciale pour Haïti du Secrétaire général de l’ONU, souriante, et le président de facto au regard vag. « Plus près de toi La Lime, plus près de toi. Jovenel l’a fait, madame, pourquoi pas moi ? »

Flash ! C’est un coup de tonnerre dans le ciel d’Haïti à peine endormi.  Le président de facto Jovenel Moïse a été crapuleusement assassiné à son domicile, dans la nuit du mardi 6 au mercredi 7 juillet, « vers une heure du matin », lors d’une attaque menée par un commando armé non identifié selon des premiers témoignages. Martine Moïse, l’épouse du de facto, a été blessée par balle durant l’attaque. Le site Rezo Nodwès, relatant les déclarations de témoins, a rapporté que ‘‘les meurtriers seraient des mercenaires qui se seraient fait « passer pour des agents de la DEA afin d’avoir accès sans difficulté aucune à l’intérieur de la résidence ».

Au moment d’écrire ces lignes, les commentaires vont bon train sur les circonstances du meurtre, tandis que les autorités policières n’ont encore soufflé mot sur les dessous, les raisons sinistres de la ténébreuse attaque contre le domicile du président de facto Jovenel Moise et de son odieux assassinat que nous dénonçons haut et fort.

Les médias mentionnent un « calme plat » au pays, à Port-au-Prince (Port-aux-Crimes ?). Mais, de façon tout à fait étonnante, même les gangs qui jusque là taillaient leur banda criminel un peu partout dans la capitale se sont retranchés dans leur bastion, jouissant, apparemment, de cette calme platitude. Est-ce à croire qu’une main scélérate ou quelque cerveau méphistophélique avec plein contrôle de ces malfrats leur aurait ordonné de prendre quelques jours de deuil ou de repos « bien mérités » ? S’ils reprennent du service bientôt on aura alors clairement la réponse à cette lugubre question.

Par quel inattendu hasard le Commissaire du Gouvernement de Port-au-Prince, Me Bed Ford Claude, a-t-il déjà invité des hommes d’affaires influents, les grosses pointures que sont Reginald Boulos, Dimitri Vorbe et Jean-Marie Vorbe ; les anciens sénateurs Steven Benoît et Youri Latortue ainsi que le chef de la sécurité du palais national Dimitri Hérard pour être entendus, ce lundi 12 juillet 2021, dans le cadre de l’enquête sur l’assassinat du président de facto décédé Jovenel Moïse ?

Comme pour aider le hasard, le site Télépluriel, en date du 19 juillet, est venu, pour ainsi dire, jeter l’huile sur le feu commissarial en signalant que « Réginald Boulos, Dimitri Vorbe et Youri Latortue étaient des opposants farouches du défunt président Jovenel Moïse. … L’ancien sénateur Steeven Benoît, lui aussi farouche opposant au pouvoir en place… » Que de faroucheries ! Est-ce une farouchante manœuvre de diversion bien ficelée pour égarer l’opinion ? Ou bien, est-ce la première étape de la bien connue formule « l’enquête se poursuit » ?

Pour sa part, l’ancien maire de la ville des Cayes, le truculent Gabriel Fortuné, a carrément, rondement accusé Réginald Boulos et Dimitri Vorbe, traités de “flibustiers” du pays. Il les a accusés d’être les commanditaires de cet acte barbare : « Le président a été trahi par ses gardes du corps. Il est victime d’un complot par l’oligarchie haïtienne, en particulier Réginald Boulos et Dimitri Vorbe. Mais aussi par une frange de l’opposition haïtienne et des membres de la famille politique du président» (Haïti 24, 9 juillet 2021). Au passage, au sein de cette ‘‘ flibusterie’’, Fortuné a épinglé le turbulent ancien sénateur Antonio Cheramy que je m’imaginais n’être qu’un pauvre ‘‘boucanier’’.

L’assassinat du président de facto a eu lieu le jour même où Ariel Henry devait être investi après que le premier ministre de facto Claude Joseph eut été révoqué il y a quelques jours par Jovenel Moïse (suivez mon œil). C’est une étrange, mystérieuse, intrigante et bizarre coïncidence qui donne à penser (pas de mauvaises pensées forcément, mais les Haïtiens disent volontiers que ‘‘le mal existe’’). Je paraphraserais volontiers Alexandre Dumas dans Les Mohicans de Paris et dirais (sans arrière-pensée) : « Cherchez le PM révoqué, pardieu ! Cherchez le PM ! »

Or, voilà que l’ancien chef de gouvernement, kidonk ‘‘Ti Claude’’, semble surfer sur ce drame pour se remettre en selle, alors qu’en cas de vacance du pouvoir, l’intérim, selon un save en affaires constitutionnelles, juridictionnelles, institutionnelles et même criminelles, est censé être assuré par le président de la Cour de Cassation René Sylvestre, lui-même décédé le 23 juin dernier. Un quelconque intéressé a-t-il pu envoyer un mort Covid-19 sur le magistrat à titre préventif ?

Les trois mousquetaires de la perfide La Lime : Claude Joseph, révoqué; Ariel Henry, nommé mais pas installé; Joseph Lambert, l’institutionnel.

Voyons comme Claude Joseph s’est empressé de combler le vide post-assassinal. Vite il s’est autodéclaré ‘‘CHEF’’. C’est la rage ! Il s’est même cru autorisé à déclarer l’état de siège pour bien se caler dans son siège de PM. Or, on n’est ni en cas de guerre civile ni en cas d’invasion par une force étrangère et, de surcroît, seulement l’Assemblée nationale, devenue inopérante d’ailleurs il y a plus d’un an, peut donner son aval pour une telle siègerie, une singerie en fait. Et puis, abcès sur le clou, Joseph et Henry sont tous deux illégitimes. Mais comme dans ce foutu pays d’Ayiti Toma, l’insignifiance est reine, il n’y a pas de quoi s’étonner.

Entre-temps, même si quelques esprits bien intentionnés et honnêtes prêchent une démarche pragmatique rapide qui nettoie les écuries d’Augias et ouvre sur une perspective authentiquement démocratique, profitable aux intérêts de la population, il n’empêche que des appétits politichiens s’aiguisent déjà. La nature ayant horreur du vide, les moustiques, les maringouins, les bigailles politiques ont commencé à bigailler, à montrer leurs aiguillons peu après l’annonce de l’assassinat de Jovenel.

En effet, lors d’un consensus tètchat entre les différents partis et regroupements politiques du pays, les maringouins d’un sénat sur lagraba ont approuvé le choix du sénateur du Sud-Est, Joseph Lambert, comme nouveau président provisoire de la République en se basant sur l’esprit de l’article 149 de la constitution haïtienne. L’animal devait prêter serment le samedi 10 juillet 2021, au Sénat. Certains des moustiques qui avaient peut-être eu le pressentiment ou le sentiment que Madame Helen Meagher La Lime n’aurait peut-être pas apprécié cette initiative ‘‘interhaïtienne’’ se défilèrent au dernier moment donnant ainsi le gain au ‘Blanc’, enfin, à la ‘Blanche’. On voit bien l’insignifiance de nombre de nos compatriotes.

Au bord du précipice politique laissé par l’assassinat de Jovenel, se tiennent des acteurs politiques qui cherchent chacun à pousser son voisin dans l’abîme pour émerger comme l’homme du moment, l’homme post-jovenellien en qui La Lime aura mis toutes ses complaisances. Mais voilà, la communauté internationale favorise chaudement une continuité avec Claude Joseph tandis que les gros moustiques politiques et les maringouins de la société civile sont partisans d’une rupture dans la continuité.

Et quelle rupture ? Un arrangement bidon, une transaction bidonne et brouillonne avec Joseph Lambert comme président et Ariel Henry comme Premier ministre, ce dernier déjà nommé par ‘‘le défunt’’ après révocation de Claude Joseph. Or, aucun des acteurs n’est prêt à faire un dépassement de soi, d’autant que la majorité des partis politiques en présence avaient critiqué le choix d’Ariel Henry d’intégrer le pouvoir de Jovenel Moise. L’insignifiance et l’indigence morale de nos politiques n’est plus à démontrer.

Dans les intervalles, il a circulé un ‘‘ un appel à toutes les forces de changement pour constituer un bloc solide, déterminé et engagé dans la construction d’un pays où nous pourrons vivre dignement, dans le respect de l’autre et de la vie, en sécurité… L’éthique, l’honnêteté, l’intégrité, la compétence, le patriotisme, la sincérité, sont des valeurs qui nous guident pour faire la politique autrement.’’ Pourquoi le dire ? Ces ‘‘valeurs’’ vont de soi après tout. Pourquoi lapalissader ?

À regarder la liste des signataires on peut difficilement en trouver un qui n’ait pas une boucle d’oreille chez un orfèvre de la place : tous (ou presque) des insignifiants, au sens haïtien du terme, incapables d’un compromis minimal, rationnel ; incapables d’affronter ‘‘la Blanche’’, kidonk Mme La Lime pour lui dire : nou p ap pran ni Toussaint, ni Henri, ni Lambert, les mêmes bèbèbèbè… bè, les mêmes Tomazo liés au ‘‘défunt’’Jovenel.

Pourquoi, au départ, alapapòt, ne pas exiger immédiatement l’annulation du referendum bidon de Jovenel ? Pourquoi ne pas demander immédiatement, haut et fort, l’annulation des élections chanpwèl programmées pour cette année, dans un climat de peur et de violence ? Pourquoi ne pas réclamer l’abrogation pure et simple des mille mesures arbitraires prises unilatéralement, gwoponyettement, par ‘‘le défunt’’ et son gouvernement, telle cette pleine et entière décharge accordée aux ex-Premiers Ministres et ex-ministres (sic) qui ont ‘‘servi le pays’’ (resic) de 1991 à 2017 ? Voilà qui refléteraient les valeurs ‘‘d’éthique, d’honnêteté, d’intégrité, de patriotisme, de sincérité … pour faire la politique autrement’’. Autrement, il faut stigmatiser l’insignifiance de ‘‘l’appel à toutes les forces de changement’’.

Le navire de la transaction bidonne échoua donc sur les quais de La Lime. Et les tireurs de ficelle n’ont pas tardé à montrer la longueur de leur queue. En effet, une délégation d’officiels américains (Conseil national de sécurité, Département d’État, Sécurité intérieure et Département de la justice) était attendue le dimanche 11 à Port-au-Prince.  Ces officiels devaient s’entretenir dimanche après-midi, à l’ambassade américaine, avec (comme par hasard) le premier ministre en fonction Claude Joseph, le premier ministre nommé Ariel Henry et… le président du Sénat, Joseph Lambert. Il est à parier que cet entretien va se tenir sous le signe de l’insignifiance de nos trois compatriotes.

Le ‘‘Blanc’’ (macorné avec la ‘‘Blanche’’) n’a de cesse de réclamer, sinon d’exiger une ‘‘entente’’ entre les acteurs dans le but de lui cracher ‘‘ses’’ élections plus vite que vent, même avec un taux de participation de 10% de la population, au mieux. Alors, partageons dès maintenant le gâteau post-électoral. Madame La Lime et Michele Sison avec Hillary Clinton comme conseillère spéciale décideront du prochain président d’Haïti de concert avec la section de tabulation des votes. À chacun des signataires, les plus insignifiants, les moins compétents, les plus sousou, les plus génuflexionants devant les trois ‘‘ Blanches’’ on distribuera les postes de PM, ministres, secrétaires d’État, directeurs généraux, directeurs adjoints et autres souflantyou.

Au fait, le titre de l’article aurait pu être : L’insignifiance de la classe politique va sûrement ‘‘ donner le gain’’ au ‘‘Blanc’, puisque l’insignifiance et l’indigence morale, comme nous venons de le montrer, sont les deux traits distinctifs auxquels on reconnaît nos politiques à mille lieues à la ronde. Les aspirants aux postes de pouvoir doivent chanter, paraphrasant un hymne catholique : « Plus près de toi La Lime, plus près de toi. Jovenel l’a fait, madame, pourquoi pas moi ? »

13 juillet 2021

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