Les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets

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Peut-on comparer la situation qui a produit le coup de force de septembre 1991 et celle qui a conduit au kidnapping de février 2004 à ce que nous vivons présentement dans le pays ? Ce ne sont évidemment pas les mêmes époques et si l’on doit se fier aux déclarations peu ambiguës de Madame La Lime et du Core Group, aucune perspective de coup d’état sanglant ou en douceur ne semble être à l’ordre du jour. 

Effectivement, 1991 et 2004 ont réussi non pas nécessairement grâce à la mobilisation scélérate engendrée par les sordides manigances de la bourgeoisie d’alors contre un pouvoir en qui se reconnaissaient les masses défavorisées ; mais du fait que tout d’abord, dans le cadre des intérêts des puissances impérialistes, l’arrêt de mort du gouvernement Lavalas avait été signé depuis belle lurette par Washington, Paris et Ottawa aux antipodes du vœu démocratique des masses populaires haïtiennes qui s’identifiaient à leur président.    

En réalité, il n’y a aucun point de ressemblance sauf que ce qui saute aux yeux c’est le fait que nombre des acteurs actuels de la scène politique ont été présents et même ont été   antérieurement des protagonistes clefs en 1991 et, surtout, en 2004, utilisant à satiété presque les mêmes discours et les mêmes pratiques démagogiques.

Qu’est-ce qui ne marche pas se demandent-ils ? D’ailleurs, certains des nostalgiques sans pudeur ont même avancé que Jean-Bertrand Aristide n’avait pas fait autant que Jovenel Moise, pourtant le ‘‘Blanc’’ s’est débarrassé brutalement de lui. Quel est alors l’obstacle actuel qui empêche les impérialistes de soutenir ‘‘nos’’ positions courageuses et vigoureuses ? Quel revirement déchirant de la politique occidentale à notre égard ! L’opposition dans sa majorité est en réalité contrariée, du fait qu’elle n’arrive pas à comprendre les raisons pour lesquelles, il y a tant d’écueils sur la route du déchouquage de l’actuel locataire du palais National.  Son mécontentement vient du fait que toutes les recettes de cuisiner les coups de force ont été utilisées ; malgré tout, le processus n’est guère arrivé à termes. Sa frustration tient justement du fait que les forces impérialistes occidentales ne passent pas leur coup de fil habituel pour dire au président concerné de faire ses valises, n’envoient pas un avion le chercher ou ne viennent pas le kidnapper pour le conduire de force, hors du pays, comme cela a été le cas pour Jean-Bertrand Aristide.

Ainsi, la boucle était bouclée, la bourgeoisie apaidiste apaisée, la mission de la trinité France-Ottawa-USA accomplie.

Faisons un peu marche arrière et, pour mieux comprendre, ouvrons une courte parenthèse historique des faits allant du 5 décembre 2003 au 29 février 2004.  Rappelons la fameuse journée du 5 décembre véhiculant la rumeur digne de la propagande d’un Joseph Goebbels à l’effet que le recteur de l’Université d’Etat d’Haïti Pierre-Marie Paquiot avait eu ses deux jambes fracturées (par des lavalassiens enragés bien sûr). Pas une seule ! Deux. À quel hôpital avait-il été soigné ? L’avait-on jamais vu sortant d’un hôpital les deux jambes emplâtrées ? Secret de polichinelle…

Le 27 décembre 2003, le substitut du commissaire du gouvernement, Me Daméus Ocnam, annonçait son départ pour les États-Unis pour ne pas vouloir participer à un «plan du pouvoir Lavalas» visant à arrêter Messieurs André Apaid Junior, Coordonnateur du Groupe des 184, Hervé Saintilus, Président de la Fédération des Étudiants Universitaires Haïtiens, et Me Gervais Charles, Bâtonnier a.i. de l’Ordre des Avocats de Port-au-Prince, également avocat d’Apaid, suite aux événements survenus à l’occasion de la manifestation du 22 décembre 2003. 

La propagande allait donc bon train, en boucles sur les stations GNB, affirmant (sans preuve) qu’un bébé âgé de 3 jours avait été volé à l’hôpital, qu’il avait été vidé de son sang (sic) et que son corps ainsi dépourvu du précieux liquide de vie, desséché, avait été réduit en poudre pour qu’il servît les desseins du président Lavalas. Sans coup férir, et pour compléter le tableau d’épouvante, le 28 février 2004, la feuille de chou The Sun titrait : « Les gangs pro-Aristide terrorisent la ville ». 

Le gouvernement de Boniface/Latortue et celui de Préval aux bons soins des ministres de la Justice Bernard Gousse et Paul Denis ont porté plainte aux Etats-Unis contre l’ex-président Jean-Bertrand Aristide, exilé en Afrique du Sud, pour avoir volé des « millions de dollars » aux caisses publiques et participé au trafic de la drogue. Ainsi, la boucle était bouclée, la bourgeoisie apaidiste apaisée, la mission de la trinité France-Ottawa-USA accomplie.

Rappelons en passant qu’en 2003-2004 la fausse gauche antipopulaire en profitait pour asseoir son alliance tactique avec les puissances impérialistes.

 Des mensonges taillés sur mesure, à vous couper le souffle, tissés par l’opposition d’alors. Celle-ci utilisait les procédés les plus vils et les plus grossiers pour enfoncer davantage le pays dans le malheur au profit des puissances exploitantes occidentales, pour consolider l’entreprise déstabilisatrice du ‘‘laboratoire’’, perpétuateur de l’adage : diviser pour régner. 

  Les conjonctures passées ont mené à l’accession de Michel Martelly et celle de Jovenel Moise à la Première Magistrature de l’Etat haïtien. Les deux sont les retombées avérées des deux coups d’état passés qu’une certaine opposition gnbiste criminelle, antinationale a façonnés. La conjoncture présente ne laisse entrevoir aucun indice. Rappelons en passant qu’en 2003-2004 la fausse gauche antipopulaire en profitait pour asseoir son alliance tactique avec les puissances impérialistes. 

L’Opposition qui ne cesse de supplier l’OEA, les Nations-unies et les puissances tutrices feint d’ignorer encore, que le PHTK est le résultat net de leurs viles tractations en tant que laquais de l’impérialisme et traitre à la Nation. Alors, peut-on demander à l’impérialisme d’abandonner ou de trahir ce qui est sa raison d’être ?

Les mêmes causes ne produisent pas toujours les mêmes effets pour les intérêts impérialistes. Hier, le ‘‘Blanc’’ était contre Aristide à cause du chaos (qu’il avait créé) ; aujourd’hui il soutient Jovenel malgré le pire chaos.

L’ordre du jour est au combat révolutionnaire pour forger l’unité de classe et préparer la lutte totale qui infligera au gouvernement, à l’opposition et à leur patron des puissances impérialistes la défaite qu’ils méritent. 

 

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