Le procès mondialisé du système capitalisme impérial

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2ème partie 

La mise en accusation de ce système destructeur par le Centre de Recherche et d’Analyse en Histoire Contemporaine d’Haïti (CRAHICH) en 217e année de l’indépendance

L’image du capitalisme en Haïti aujourd’hui s’apparente à l’esclavage du temps colonial

Le capitalisme impérial contemporain garde encore les empreintes de l’esclavagisme (11) en Haïti. Ces individus-captifs transportés et transplantés en Amérique, venus d’Afrique notamment sur les côtes du Sénégal, du Benin, du Congo, du Dahomey et de la Guinée-Bissau, etc. qui constituaient le moteur de l’enrichissement du colonialisme esclavagiste semblent être, à nos yeux : des damnés de la terre pour faire un clin-d’œil à Frantz Fanon dans son texte publié en France en 1961. Le colonialisme, l’esclavagisme, le racisme et le ségrégationnisme impactent encore notre société. Ce constat patent nous permet de soutenir sans ambages qu’il existe en Haïti un système d’apartheid qui ne dit pas son nom.

La persistance ou la perpétuation des caractéristiques essentielles du système esclavagisme (qui perdurent encore à bien des égards), me pousse à me demander si les descendants des hommes et des femmes esclavagisés ne sont pas condamnés à la misère à vie par le capitalisme. En tout cas, les descendants d’esclaves africains d’Haïti, eux-mêmes, dans leur grande majorité, vivent dans une situation infrahumaine, d’une part et le mode de traitement indigne d’un être humain qu’on applique aux ouvriers haïtiens, d’autre part constituent à eux-seuls des exemples parfaits et suffisamment éloquents pour justifier cette similitude du capitalisme (ou l’esclavagisme moderne) à l’esclavage aux siècles derniers. Par, exemple leur salaire de misère aujourd’hui équivaut à $ 5.49  (12) pour une journée de huit heures de temps de travail et les conditions exécrables dans lesquelles ils travaillent peuvent en attester. À cela, ne peut-on pas ajouter le non-respect total de la dignité humaine qui est symptomatique des agissements des patrons à l’égard de nos ouvriers-ères et travailleurs et travailleuses dans les usines ? Avec un salaire « poitrinaire » (13) et sans aucun avantage compensatif, ils subissent une forme d’esclavage assoupli et déguisé. Tout compte fait, il parait de toute évidence qu’Haïti et tous les autres petits pays opprimés, à quelques exceptions près, soit condamnée par le capitalisme impérial à une peine infamante.

Il est vrai, nous reconnaissons que le genre de traitement que les capitalistes nous inflige est pareil dans d’autres pays dominés, mais il y a lieu quand même de dénoncer, à bien des égards, un agissement de deux poids deux mesures à l’endroit d’Haïti, ce qui mous incite à penser que nous aurions commis un « un crime un pardonnable » à l’instar du « péché originel (14) » au regard de ce système d’exploitation. Est-ce que le fait d’oser choisir de : « vivre libre ou mourir » est un « crime impardonnable » pour le capitalisme mondialisé ? Car, en fait, du XVIe siècle à nos jours les conditions d’existence de ce groupe humain d’origine africaine n’ont pas « fondamentalement changé » comme l’a souligné Luc-Joseph Pierre (15) au sujet de la masse d’esclaves de St-Domingue devenus, au début du XIXe siècle, citoyens haïtiens. Cette catégorie sociale dont le sort semble pérenne n’a de cesse d’être victime au cours du 19e et 20e siècle et ce processus de victimisation devient endémique par la suite, selon l’auteur qui le décrit en ces termes :

Les conditions d’existence n’ayant pas fondamentalement changé aux 19e et 20e siècles, atrocités, maladies, calamites, misères, sous-développement, mortalité, mais aussi croyances, superstitions, ignorance, analphabétisme continuant de se poser en facteur déterminants de la condition humaine pour l’ensemble de ces catégories sociales, l’esclave des 16e, 17e et 18e siècles devenus bossale-marron vivant dans l’exclusion au 19e siècle, puis peyizan-moun mòn victime d’ostracisme au 20e siècle, n’aura pas vu sa situation et son statut évoluer de façon significative pour lui permettre de prendre ses distances de l’état nature et de sortir du climat accablant dans lequel se déroulait son existence.

En ce sens-là, sachant que la liberté et la dignité humaines sont inaliénables, nous soutenons que le capitalisme est un système qui doit être inévitablement combattu jusqu’à sa destruction totale pour instaurer un nouveau projet pour le bien-être et l’épanouissement plein et entier de toute l’humanité sous la base d’égalité, d’équité et de justice sociale.  En effet, il y a lieu d’établir la pleine responsabilité du capitalisme dans la misère, dans les calamités, la précarité et même l’invivabilité la plus abjecte de la majorité de la population mondiale en général, et en particulier celle d’Haïti. C’est dans cette logique que nous nous engageons à dresser au nom d’Haïti cet acte d’accusation contre ce système destructeur mondial qu’il convient, répétons-le, de combattre jusqu’à son anéantissement purement et simplement afin d’instituer un nouvel ordre mondial. Il me semble pour l’instant que le communisme serait l’alternative la plus admirable, la plus viable et la plus humainement soutenable en tant qu’idéal de vie la plus digne du genre humain.

  1. Les méfaits du capitalisme en Haïti du début du XIXe siècle à nos jours.

Dès le lendemain de la naissance de la première république noire du monde, on a dû fait face aux divers fléaux : d’une part deux ans après la proclamation de l’indépendance, les anciens-libres, la nouvelle aristocratie noire et mulâtre a comploté et assassiné l’empereur Jacques premier le 17 octobre 1806 pour s’accaparer des biens et des terres libérées au prix du sang de nos vaillants ancêtres esclavagisés. Alors que jusque-là les anciens-libres ou les fils des anciens colons français détenaient encore 66 % de grande habitation coloniale (16). En ce sens, en tuant l’Empereur Jacques 1er, c’est le premier coup inaugural de nouvelle oligarchie contre le projet « socialisme dessalinien ». Bien qu’une telle assertion ne fasse pas unanimité chez les historiens et intellectuels haïtiens, il nous parait, pourtant, évident que le libérateur avait un projet de société ave un certain penchant socialiste. Il faudra donc approfondir cet aspect pour y voir plus clair. Car, Dessalines, de son côté voulait étatiser des terres détenues entre les mains des anciens colons de st-Domingue en procédant par la vérification des titres de propriétés dans le but d’aboutir à une véritable réforme agraire peu à peu. En réclamant toutes les terres comme héritages de leurs pères, Dessalines leur avait rétorqué : « et les pauvres noirs dont les pères sont en Afrique, n’auront-ils donc rien ? » Cette réponse a été pour les oligarques une déclaration de guerre, laquelle a conduit à l’assassinat de l’empereur et aussi à l’échec de son projet de bien-être fondé sous la base d’équité et d’égalité. Il s’agissait, pour ainsi dire, d’un coup fatal contre le développement et la poursuite de la révolution anti-esclavagiste, anticolonialiste, antiraciste et antiségrégationniste de Saint-Domingue. Par-delà, les anciens libres entamèrent une contre-révolution active à St-Domingue pour saper la révolution des « va-nu-pieds » et remettre le pays libéré sous l’auspice de la France à condition qu’ils jouissaient un peu plus de droits sociopolitiques.

La « dette » de l’indépendance d’Haïti, un fardeau qui continue encore à peser lourd …

Vers 1820 et 1822 (après la mort du Roi Christophe qui opposait à l’idée de payer une indemnité pour la reconnaissance de l’indépendance), avec le concours d’un dirigeant haïtien, (un traitre, un corrompu), du nom de Jean-Pierre Boyer (17) poursuivant le plan enclenché par son prédécesseur, Alexandre Pétion, un ancien libre, mulâtre comme lui, remet Haïti à la France. Cette dernière impose au pays (depuis lors) une dépendance néocoloniale suivant laquelle, la jeune République était astreinte à acheter son indépendance entre les mains de la France esclavagiste, battue et capitulée à la dernière bataille de Vertières le 18 novembre 1803. Pour ce faire, l’ancienne métropole de la colonie de Saint-Domingue, sous l’égide du Roi de France, Charles X, nous ordonne une ordonnance (18) du 17 avril 1825) suivant laquelle Haïti devait verser 150, 000,000 de francs-ors à la France en guise de dédommagement des anciens colons français et du rachat de la reconnaissance de l’indépendance (19) proclamée, il y a plus de deux décennies.  Précisément le 3 juillet 1825, le pays a été contraint de payer à la France 150 millions (20) de francs-ors destinés à « indemniser » les anciens colons maîtres d’esclaves pour perte « de propriétés », en échange de la reconnaissance de son existence en tant qu’État-nation (21), écrit Jérôme Duval dans un article intitulé : « de la colonisation à l’esclavage économique ». Cette double (22) « dette » fallacieuse a coûté beaucoup à la jeune République tout en enrichissant hideusement, la France. Ce qui fait qu’Haïti a vécu pratiquement tout le XIXe siècle en étant endettée. La France nous a rançonnés durant plus d’un demi-siècle après la fondation de notre État-nation, cela s’étend de 1825 (23)  à 1886, soit 61 ans d’endettement injuste et illégitime. Une somme équivalente à dix ans le budget de la république à l’époque (24). Cela va sans dire pourquoi, par exemple, aujourd’hui la France (25)  est l’un des pays les plus riches (5e) au monde, avec son PIB par habitant qui s’élève à : $ 555421 USD, tandis que Haïti est l’un des pays les plus pauvres de la planète (15e) et surtout celui, le plus appauvri du continent d’Amérique avec un PIB de $ 697 USD (26) par habitant en Avril 2021, suivant les données statistiques du rapport de la Banque Mondiale publié sur son site.

Notes

11« L’histoire d’Haïti est frappée du sceau de l’esclavage qui a laissé des empreintes encore présentes dans la vie des Haïtiennes et des Haïtiens. La forme dominante du travail dans la société esclavagiste était le travail forcé que fuyaient celles et ceux qu’on a appelé les marrons. Cette nécessaire représentation du travail comme pénibilité à fuir se retrouve-t-elle encore aujourd’hui dans le rapport au travail en Haïti ? » Ces propos découlent de cette conférence, publié sur ce site : https://calenda.org/849493 lors d’une vision conférence réalisée par charesso le 30 avril 2021.

  1. Voir l’arrêté présidentiel publié le 31 octobre 2019 dans le journal officiel Le moniteur, spécial # 20 fixant le salaire minimum dans le secteur de la sous-traitance à 400 gourdes pour une journée de huit heures de temps de travail.
  2. C’est ainsi que nous l’appelons en Haïti dans le monde syndical pour parler du « salaire de subsistance » Certains salaires ne permettent pas de subsister en Haïti.
  3. Voir péché adamique.
  4. Dans Haïti. Vodou. Esclavage et identité, l’auteur mettant en évidence les méfaits de l’esclavage sur le devenir des haïtiens et soutient que les séquelles sont visibles ils caractérisent voire déterminent même l’identité des masses esclaves. P. 14.

16 Le chiffre 66 %, nous l’écrivons avec un peu de réserve, car nous ne l’avons lu que seulement dans un petit livret titré : « Pou kisa yo asasinen Desalin ? », publié par une organisation progressiste basant dans département du centre du pays, dénommé : komite rezistans popilè Benwa Batravil. L’auteur du dit-livret ne s’inscrivant pas dans un registre scientifico-académique, ne donne absolument aucune référence des propos de leur pamphlet. Cependant pour les besoins de la cause et par souci académique, nous nous faisons l’impérieuse obligation d’aller vérifier les plus authentiques documents historiques sur la période, nous n’en trouvons pas encore d’autres sources corroboratives de cette donnée précise. Toutefois, les propos de l’historien Paul Moral ne disent pas le contraire. En effet, l’idée selon laquelle, la plus grande quantité d’habitation coloniale d’Hayti se trouvaient encore monopolisée plus de deux ans après entre les mains des anciens-libres nous parait évidente à bien des égards. Toutefois, cela reste à vérifier du point de vue de quantification précise. Voir Paul Moral, LE PAYSAN HAÏTIEN (étude sur la vie rurale en Haïti), Éditions Fardin, Haïti, 2002, pp. 29-31.

  1. 17. Homme politique et soldat, président d’Haïti de 1818 à 1843, né à Port-au-Prince en 1776, mort à Paris le 9 juillet 1850. Jean-Pierre Boyer, mulâtre de père provençal et de mère guinéenne, est élevé en France. Après avoir combattu le général noir Toussaint Louverture et s’être rallié au chef mulâtre Alexandre Pétion, il est au côté de ce dernier contre Henri Christophe, quand l’assassinat de l’empereur Jean-Jacques Dessalines (1806) transforme en rivaux les deux leaders. Désigné par Pétion pour lui succéder à la présidence (1818) Boyer peut unifier le pays après la mort de Christophe. Pendant sa présidence, Jean-Pierre Boyer tente d’enrayer le déclin de l’économie, initié avec la révolte victorieuse des esclaves noirs contre leurs maîtres français dans les années 1790, en faisant voter le Code rural. Ce texte tente d’attacher les travailleurs agricoles à leurs plantations en leur interdisant de quitter celles-ci, d’entrer dans les villes, de créer des fermes ou d’ouvrir des boutiques en propre. Il prévoit aussi la création d’une police rurale pour mettre ses dispositions en application. Ce dispositif ne parvient pas toutefois à arrêter le déclin de la production. Boyer négocie un accord avec la France en 1825, par lequel celle-ci consent à reconnaître l’indépendance d’Haïti contre le paiement d’une lourde indemnité, à titre de compensation pour le massacre de planteurs français par des esclaves noirs pendant les guerres d’indépendance. Même réduits de 150 millions à près de 60 millions de francs en 1838, ces paiements, ajoutés à la destruction des plantations, représentent un fardeau financier impossible à assumer pour un pays déjà appauvri. Jean-Pierre Boyer entretient aussi une immense armée et des fonctionnaires corrompus qui harcèlent continuellement la population rurale. Le fossé entre paysans noirs de la campagne et mulâtres des villes se creuse pendant sa présidence. La corruption et le marasme économique mènent à une rébellion en 1843, qui oblige Boyer à fuir à la Jamaïque, puis à Paris, où il achève sa vie. Cf. https://www.universalis.fr/encyclopedie/jean-pierre-boyer .
  2. 18. L’article 2 de cette ordonnance stipule clairement ce qui suit : « Les habitants actuels de la partie française de St-Domingue verseront à la caisse des dépôts et consignations de France, en cinq termes égaux d’année en année, le premier échéant le 31 décembre 1825, la somme de cent cinquante millions de franc destinés à dédommager les anciens colons qui réclameront une indemnité ». Cela est documenté dans un mémoire publié en 1828 à Nantes au nom de plusieurs anciens colons propriétaires résidant à Nantes sous le titre de : Sur l’indemnité des anciens colons de S-Domingue Mémoire publié au nom des anciens colons propriétaires résidant à Nantes. Là-dans, l’ordonnance est publiée textuellement. Voir ce lien : http://www.manioc.org/gsdl/collect/patrimon/archives/PAP11183.dir/PAP11183.pdf .
  3. 19. L’article 3 stipule : « Nous concédons, à ces conditions, par la présente ordonnance, aux habitants actuels de la partie française de l’isle de St-Domingue, l’indépendance pleine et entière de leur gouvernement ».
  4. 20. Suivant la Loi du 30 Avril 1826 votée en France.
  5. 21. Propos tiré dans un article de Jérôme Duval, publié sur le site de PAPDA, en voici le lien : https://www.legrandsoir.info/haiti-de-la-colonisation-a-l-esclavage-economique.html .
  6. 22. Afin de souligner que pour payer la dette de l’ordonnance, Haïti était obligé d’emprunter entre les mains des financiers français une « dette onéreuse » Cependant la dette a été renégociée en 1838.
  7. 23. Suivant les prescrits de l’ordonnance de Charles X du 17 Avril 1825.
  8. 24. Voir Benoît Joachim, les racines du sous-développement en Haïti, Port-au-Prince, Haïti : Imprimerie H. Deschamps, 1979.
  9. 25. Rapport banque mondial, avril 2021. En visitant ce site : banquemondiale.org/fr
  10. 26. cit.,

A suivre

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