L’assassinat de Capois-la-mort (8 octobre 1806)

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François Capois dit Capois la mort

Roger Petit-Frère affirme dans son texte que Pétion fut complice de l’assassinat du brave des braves, François Capois, dit Capois-la-Mort, dans les fossés de Limonade, peu avant le guet-apens du Pont-Rouge.

Voici ce que dit notre premier historien, Thomas Madiou, dans le Tome III (1803 – 1807) de son Histoire d’Haïti:

“D’une petite taille, il [Capois] avait les yeux vifs et perçants; d’une audace prodigieuse, il ne reculait jamais devant le danger. Il faisait mourir impitoyablement ceux de ses soldats qui commettaient quelque lâcheté. Il était cependant aimé de ses troupes qui se croyaient invincibles quand il marchait à leur tête.” (page 34)

Ton maître Christophe est bien heureux de m’avoir pris dans ce piège, car, sous peu, je lui aurais fait sentir la vigueur de mon bras; finissons-en vite

“La mort de Clervaux donna une libre carrière à l’ambition de Christophe qui n’eut plus de concurrents parmi les généraux; Capoix seul, dont le caractère était indomptable, lui inspirait des inquiétudes; il continua à surveiller sa conduite avec une nouvelle assiduité, et instruisit Dessalines de ses moindres paroles qu’il dénaturait pour le perdre. Pourcely, colonel de la 9e, et Jacques Louis rendaient compte à Christophe de toutes les démarches de Capoix.” (page 286)

“Christophe, dès les premiers jours d’octobre [1806] avait su qu’une révolte dût éclater contre Dessalines, dans l’arrondissement des Cayes; il s’était résolu à faire assassiner, dans le Nord, le seul général qui pût, par son caractère et son influence, contre-balancer sa puissance, après la chute de Dessalines, devenue à ses yeux inévitable. Il ordonna à Capoix de se transporter du Fort-Liberté au Cap. Le moment était arrivé pour lui de tout oser pour se défaire de ce général, et Dessalines succombant, faire tourner les événements à son profit. Il envoya le général Romain, l’adjudant-général Gérard et le général Dartiguenave s’établir en embuscade, avec un bataillon d’infanterie, aux fossés de Limonade. Dès que le général Capoix, sortant du Fort-Liberté, apparut dans le grand chemin, Romain et Gérard accoururent au-devant de lui et l’invitèrent avec respect et soumission à s’arrêter pour se rafraîchir. Capoix, sans défiance, descendit de voiture et tendit la main à Romain et au même instant, Gérard, aidé de quelques grenadiers qui étaient sortis de l’embuscade, se saisit de son épée et lui déclara qu’il était prisonnier. Il ne fit aucune résistance et dit à Romain: “Ton maître Christophe est bien heureux de m’avoir pris dans ce piège, car, sous peu, je lui aurais fait sentir la vigueur de mon bras; finissons-en vite”. Il se plaça à cinq pas d’un peloton et reçut la mort, atteint de plusieurs balles. C’était le 8 octobre, jour de la prise d’armes de Méceron, à Garata. Concordance de faits dévoilant les rapports qui existaient entre Christophe et les gens du Sud.” (page 395)

Voilà.

Cet assassinat crapuleux me rappelle un beau passage d’un célèbre roman de Victor Hugo, “Quatre-vingt-treize”. Il se passe pendant l’insurrection royaliste des Chouans, en Vendée, en 1793. Le commandant républicain, Gauvain, vient de laisser un chef chouan se sauver. Le représentant en mission – l’on dirait aujourd’hui le commissaire politique – lui demande pourquoi.

– Parce qu’on ne se met pas à quinze cents pour tuer un homme! Répond Gauvain.

Christophe, lui, avait envoyé trois généraux et mille hommes tuer Capois…

Il y a une différence entre un soldat et un assassin.

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