La stratégie du moindre mal

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Haïti n’est pas un accident de l’Histoire. Ce n’est pas un pays né à la faveur de la volonté des grandes puissances qui ont finalement décidé de le libérer de leur emprise coloniale.

Notre liberté n’a pas été un cadeau ! C’est après des siècles d’agression, d’occupation, d’exploitation et de répressions imposées par les hordes esclavagistes que la résistance et la lutte glorieuse des masses des travailleurs considérées en ce temps comme des bêtes de somme l’ont acquise grâce à une excellente organisation et une parfaite mobilisation anticoloniale et anti-esclavagiste.

Nous avions accédé à notre indépendance grâce à la lutte, à la mobilisation des travailleurs de l’époque en comptant sur nos propres forces. C’est le fruit d’une conscience révolutionnaire selon laquelle nous sommes devenus le maitre de notre destin, donc à nous de le façonner nous-mêmes.

Dire que ce pays ne pouvait pas faire de progrès sinon n’a jamais fait aucun progrès et ne fera point de développement comme certains le pensent c’est mal comprendre notre combat et notre handicap. Notre ennemi a fait feu de tout bois, il n’a jamais pour autant désarmé, ni désespéré ; toutes ses tentatives ont été pour nous imposer à nouveau sa domination criminelle.

La crise qui sévit en Haïti est une manifestation au grand jour d’une guerre continuelle sans merci. C’est la résultante de cette guerre en sourdine qui ne dit jamais son nom mais qui se déroule de façon à nous empêcher de diriger notre destinée, à gommer une épopée dont le peuple a été le grand architecte, construite grâce à d’immenses sacrifices et qu’il continue encore à défendre sans se décourager avec une détermination et une volonté inébranlables.

Dans la lutte de classe, il n’y a pas de moindre mal.

Notre plus grand malheur, c’est de savoir que certains de nos dirigeants pour ne pas dire la majorité d’entre eux agissent de connivence avec les puissances impérialistes pour liquider le pays de façon à nous empêcher de sauvegarder les acquis de notre indépendance et de notre souveraineté nationale. Connivence contre laquelle nous n’y pouvons encore rien, faute d’une organisation structurée sous l’égide d’une avant-garde révolutionnaire.

Nos dirigeants ne sont que des fossoyeurs de la patrie. Ceux récemment qui nous ont été imposés soit par des farces électorales ou par transition nous ont apporté d’incommensurables malheurs et souffrances puisqu’ils ne sont que des obstacles dressés contre l’avancement du pays. En ce sens, le président actuel Jovenel Moise est un exemple palpable. Il est sans aucun doute le plus mal placé pour continuer à diriger ce pays. Cette assertion vaut aussi bien pour l’opposition traditionnelle que pour cette cohorte de partis politiques de la même lignée de laquais des puissances impérialistes en formation, ces valets qui se bousculent pour le remplacer et continuer à servir la cause des classes dominantes pro-capitalistes.

Rien ne pourra sortir de ces deux engeances malfaisantes à la traîne des capitalistes. Sauf qu’il y aura des retouches cosmétiques pour nous mystifier davantage et cacher la vraie réalité du pays, ce qui en fait nous ramènera face au même ennemi de classe sous d’autres visages.

Entre deux maux mortels, peut-on choisir le moindre ? Dans la lutte de classe, il n’y a pas de moindre mal. Dans la lutte pour le changement et contre un ennemi de classe, il n’y a guère de moindre mal.

La conclusion qui s’impose est de bâtir le mouvement révolutionnaire des masses, la seule et la vraie pilule médicale capable de remédier aux cancers du système capitaliste. Il faut construire la lutte socialiste contre ces maux. Nous n’avons pas à miser ni à choisir sur le moindre mal. De même qu’il n’y pas de moindre mal entre l’esclavage et le capitalisme, il n’y en a pas non plus entre cette opposition et ce pouvoir, qui ne sont que deux faces d’une même médaille.

Sous la férule de l’un ou l’autre de ces deux maux, les conditions de vie et de travail auxquelles sont soumises nos paysans, nos ouvriers, nos artisans ne peuvent que renforcer davantage la domination coloniale d’un système qui permet aux possesseurs des moyens de production d’exploiter la force de travail de ceux-là qui ne possèdent rien.

Notre lutte actuelle est un combat implacable contre nos ennemis de classe décidés à nous appauvrir davantage pour qu’ils se plaisent à dire que nous sommes le pays le plus pauvre et le plus arriéré de l’hémisphère. Le fossé qu’ils ont creusé entre eux et nous se rapporte à une question de classe, c’est sur le terrain de la lutte de classe que nous devons le combler.  Mal logés, mal nourris, mal éduqués, les travailleurs sous-payés, vivent dans des ghettos et ceux qui les exploitent au profit des colons étrangers sont installés dans leurs luxes et conforts habituels.

À la lumière de ces faits, l’alternative qui s’impose est de bâtir le mouvement de masses populaires de façon à mener enfin le combat nécessaire contre les violences, les exactions dont sont victimes les travailleurs et les étudiants. Il faut construire la lutte ! Nous n’avons pas à miser sur la stratégie du moindre mal, qu’ils s’appellent candidats de l’opposition ou du pouvoir, ils sont et seront les représentants des nantis et des vautours du système d’exploitation capitaliste.

Les conditions lamentables que connaissent les masses populaires sont des conditions structurelles de survie des patrons des classes dominantes capitalistes. La lutte pour un changement fondamental n’est pas simplement d’améliorer le sort des exploités, il s’agit de lutter pour la transformation sociale de l’appareil d’Etat à leur bénéfice.

L’enjeu n’est pas d’obtenir pour les masses défavorisées des conditions moins tragiques, moins pénibles, mais de faire en sorte que l’ensemble des masses prolétariennes du pays accède au rang d’êtres humains et vivent comme tels.

Seul un pouvoir des travailleurs organisés peut nous délivrer de ce leurre pernicieux qu’est la stratégie du moindre mal.

 

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