La blague des États généraux sectoriels: Les komokyèl, azizwèl et popetwèl s’amusent

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Les membres du Comité de Pilotage et du Secrétariat technique d’organisation des États généraux Sectoriels de la Nation. Que de pilotes sur un avion au moteur twoukoutoup twoukoutap.

Pour qui sont ces serpents qui sifflent sur vos têtes?”
Racine (Andromaque)

Le temps, les circonstances, les événements m’ont amené à développer une philosophie que je qualifierais de “pessimo-optimo”. Une formulation tout à fait inhabituelle, peu traditionnelle, je dois l’avouer. Pourtant, je suis sûr que si elle avait été émise par un grand save du calibre d’un Spinoza, d’un Jürgen Habermas, d’un Axel Honneth, d’un René Girard ou d’un Alain Badiou, la chose ferait sans doute l’unanimité. Même, elle passerait avec des applaudissements.

Notez que je pourrais aussi bien dire “pessimisme-optimisme”. Mais c’eût été plus conventionnel, plus orthodoxe, plus conformiste, plus guindé, bref, banal. Aussi, j’aime bien mon machin “pessimo-optimo”. Comparé à tous ces “ismes” du genre libertarianisme, positivisme, contractualisme, ethnocentrisme, structuralisme, empirisme, il fait détendu, relax, dépouillé, simple, naturel, sobre, modeste, neuf. Je le trouve doté d’une sorte de plasticité, d’élasticité, de flexibilité, de krepsolité, comme le krepsòl. En effet, en fonction des circonstances on peut être porté à être plus optimo que pessimo ou vice versa. Une philosophie krepsolante à n’en pas douter.

Voyez ces lycéens qui ont survécu à la tuerie du 14 février dernier à Parkland, en Floride. Ils sont à l’origine d’une formidable et puissante manifestation à travers les États-Unis au cours de laquelle ils ont exigé un contrôle plus strict des armes à feu y compris le bannissement des fusils d’assault. Ils espèrent avoir gain de cause aux élections à venir au cours des prochains mois, au cours des prochaines années, grâce à leurs bulletins de vote.

Ann-Valéry, l’«orage épluché», loray kale a, avait été surprise «en flagrant délit» de copier des fichiers des ordinateurs au Palais national appartenant à Sophia Saint-Rémy-Martelly et à Gregory Mayard-Paul.

À écouter ces jeunes, je tends à être pessimiste au départ, parce que, d’une part je connais l’insensibilité, la perfidie, le cynisme des politiciens dont la grande vertu est de savoir rouler les gens dans la farine de leurs intérêts personnels. D’autre part, dans leur grande majorité, ils sont totalement à la merci de la ténébreuse National Rifle Association (NRA), le très puissant lobby des armes à feu aux États-Unis. Quoique pessimiste au départ, je ne peux m’empêcher pourtant de partager l’optimisme, l’engagement, la détermination, l’honnêteté de ces lycéens  qui en plus d’être révoltés par le crime monstrueux perpétré de sang froid sur leurs camarades d’école, sont écœurés par le sans gêne éhonté, l’indécente apathie, la cynique indifférence, l’imperturbable sans vergognerie de leurs  législateurs tétanisés par la puissance d’argent de la NRA.

Au terme de ce détour “pessimo-optimo”, nous voici arrivé au carrefour, kalfou danjere du   Comité de Pilotage et du Secrétariat technique d’organisation des États généraux Sectoriels de la Nation (CPSTOEGS), tout un gros nom pour tuer les petits chiens. Cette initiative apparemment concoctée par Jovenel l’inculpé vient à point nommé pour mettre à l’épreuve ma philosophie “pessimo-optimo”. D’abord, je doute fort que  notre cher  concocteur de sectorialité ait pu, seul, concevoir, penser, conceptualiser, voire enfanter cet énorme attrape-nigaud. Ensuite, je soupçonne, subodore, flaire que cette nigauderie sent le “laboratoire”, l’ambassade cinquante-étoilée, pour ne pas dire une sorte de diabolique et machiavélique “triple entente” franco-canado-états-unienne appuyée dans les coulisses par cette frange croupionne de la bourgeoisie qui  a financé la campagne de l’actuel président inculpé.

Ce soupçon et cette subodoration ne sont pas fortuits. En effet, on serait bien naïf de croire que les coups d’État contre Estimé, Fignolé, Aristide (en 1991) sont le simple fait de militaires haïtiens félons et entreprenants, ou que le choix d’Ertha Trouillot Pascal, première femme présidente, ait eu lieu selon les exigences de la constitution haïtienne. Pas vraiment. Derrière les militaires, derrière les juges de la Cour de cassation et le général Abraham il y avait sans aucun doute l’ombre veillante, malveillante, pas du tout vacillante, guidante, conseillante sinon ordonnante de l’ambassade américaine.

J’ose affirmer que l’idée de ces États généraux sectoriels est le fruit d’une machiavélique manœuvre de diversion et de poudre aux yeux venue au secours d’un gouvernement aux abois. Elle vise à occuper les esprits des naïfs, des sots, des badauds, des nigauds, des lourdauds, des corniauds, des koyo, des andouilles, des niquedouilles, des simplets, des crédulets, des bourriquets, des crétinets, des benêts et autres andouillets. Et comme le pays n’en manque pas de ces dadais et dadaises, alors les machiavelleux se disent: abusons de leur crédulité,  de leurs cerveaux fêlés et réglons nos affaires.

À vous dire vrai, cette machiavellitude est  une image en miroir d’El Rancho. Pour utiliser une terminologie gastronomique, on pourrait même dire que cette combine Elranchotte est  comme un plat fumant de magouilles épicées à la Chibly Langlois. L’appétit est au rendez-vous d’autant que la recette chiblyte a été exécutée par un grand cuisinier, Mgr Kébreau, un fin connaisseur des mets duvaliéro-macoutes, lui qui avait le privilège de pouvoir festoyer à la table des Duvalier.

Le prélat, comme par hasard, a été nommé président du Comité de Pilotage et du Secrétariat technique d’organisation des États généraux Sectoriels de la Nation (CPSTOEGS). Nous voyons déjà un déséquilibre, un fòskote dans l’initiative, puisque à la présidence trône un personnage religieux au passé très controversé et qui risque de l’emporter sur le laïc, un peu comme le veut la règle de grammaire machiste stipulant que le masculin l’emporte sur le féminin. Nous soupçonnons aussi un lourd fòskote je dirais idéologique, d’autant que selon les chwichwichwi qui nous sont parvenus, l’homme ensoutané aurait souhaité un ton, un profil «chrétien» à l’aventure étato-sectorielle. «Fòk se yon bagay kretyen», aurait dit monseigneur Kébreau qui n’est pas crétin et sait fort bien ce qu’il affirme.  

Evans Paul (à droite de Baby Doc), souriant, fraternisant avec Michel Martelly et deux de ses anciens bourreaux : feu l’ex-dictateur Jean-Claude Duvalier et l’ancien président-général Prosper Avril. Remarquer le visage hébété, bèkèkè du nazillon Jean-Claude.

Le président inculpé s’est fait ou s’est laissé entourer par du ”beau monde”, un joli parterre de GNBistes kanni, kabrit tomazo de son enclos politico-social, avec une ou deux exceptions. Tous ou presque tous tiennent bien leur français (le chic du chic intellectuel) et font mieux que gazouiller en anglais. Assurément, même un gazouillage facilite les entrées et sorties à l’ambassade cinquante-étoilée. Plusieurs d’entre eux ont un titre, un diplôme, un CV bien garni. Même, j’ai cru reconnaître parmi eux des écrivains, des politologues, des sociologues, oups! un communicologue (sic), c’est quoi ce truc? Bref, un sérail qui convient au rang social du président inculpé.

Signalons dans cet aéropage du CPSTOEGS quelques belles chelèn: Me Joseph Guerdy Lissade,  éminent numismate; Amary Joseph Noël, communicologue, chercheur, dont le livre Haïti semences d\’avenir et le slogan Faisons un nouveau Bois-Caïman doivent avoir impressionné l’inculpé;  Jean Emmanuel Eloi, sociologue; Eugenia Romain, militante des droits de la femme et des enfants dont l’essai La politique est-elle une jungle? sied à merveille à l’initiative présidentielle ; Mimerose Pierre “Manzè” Beaubrun, anthropologue, écrivaine, chanteuse de Boukman Eksperyans.

Ne voilà-t-il pas que le CPSTOEGS, comme l’Afrique de René Dumont, est mal parti. En effet, dans une lettre ouverte à Monseigneur Louis Kébreau en date du 31 mars, parue dans Le Nouvelliste, Claude Moïse, historien,  auteur, analyste politique s’est ainsi adressé au prélat: «J’exprime mon étonnement de n’avoir pas été consulté avant d’être désigné membre du comité de pilotage» auquel, en passant, il souhaite “pleine réussite dans sa mission”. Peut-être qu’il faut s’attendre à une lettre du même genre de la part de Frère Francklin Armand, Fondateur-Supérieur des Petits Frères et des Peties Soeurs de l’Incarnation. En effet, l’homme nous paraît être comme un cheveu dans la soupe aux magouilles du président inculpé.

L’Afrique des États généraux de Jovenel est d’autant plus mal partie que l’inculpé a fait appel au poste de Conseiller spécial de la «boîte sectorielle» à Evans Paul, le magouilleur par excellence, le caméléon né, le vieux rat de la politique, le rat au dos épluché, le rat dokale, le GNBiste patenté, le «prisonnier de la Toussaint» que Prosper Avril avait torturé, montré à la TNH et qui quelque trente ans plus tard, aux Gonaïves, fraternisait avec ses deux anciens bourreaux le mòfreze Jean-Claude et le sadique Prosper Avril. Evans Paul : quel choix de mauvaise augure ! Quel choix malheureux!

D’autres noms nous donnent quelques frissons: Rony Desroches, l’ancien ministre de l’Éducation des militaires du CNG de Namphy-Regala. Michèle Duvivier Pierre-Louis, ancienne PM de Préval, renversée par le Sénat le 30 octobre 2009. Dans le temps elle collabora au régime Duvalier en occupant le poste de responsable de l’aéroport Toussaint Louverture, ci-devant aéroport François Duvalier; Monseigneur Louis Kébreau qui à la veille de la prestation de serment d’Aristide, mettait en garde contre des “temps difficiles”  et qui avait lancé aux duvaliéristes son sinistre «N’ayez pas peur». Ce même Kébreau avait appelé le président Michel Joseph Martelly à enfiler son pantalon (macoute) de «Sweet Micky» l’obscène, afin de pouvoir diriger le pays.

Comme disait ce loustic, je suis «craint et même peur» de voir au sein du club sectoriel le nom de Guy Michel Vincent, certes politologue et auteur de Typologie des partis politiques, mais il fut un conseiller de Martelly, en compagnie du transfuge lavalas Mario Dupuy; de Guichard Doré, un dur parmi les durs du Parti Haïtien Tèt Kale (PHTK); de Grégory Mayard-Paul, fidèle ami, «testicule gauche» de Sweet Micky; du sinistre Calixte Valentin, assassin gran rak, meurtrier de Octanol Dérissaint, un jeune commerçant de Fond Parisien; de «l’uruguayen» aux longs doigts et longues dents Pierre-Richard Casimir ; sans oublier les Daniel Supplice, Albert Chancy, Pierre-Antoine Louis, Saint Fort Lilè Balthazar, roulibeurs sur le dos du bœuf.

Au sein de ce ramassis de «pilotes» signalons aussi la présence de Raphaël Paul Gustave Magloire, coordonnateur  du Mouvement pour la Réconciliation et la Renaissance Nationale (gwo non k pou touye ti chen) qui fut, de Mars 2004 à Juin 2005, le Conseiller spécial du premier ministre Gérard Latortue, l’homme lige de l’impérialisme, parachuté par Washington. Avant d’être un fonctionnaire du gouvernement de facto de Latortue, il avait travaillé aux États-Unis pendant sept ans pour le compte de la United States Information Agency une agence de propagande des États-Unis qui joua un rôle important dans le maintien de la guerre froide entre l’Ouest et le bloc soviétique. C’est tout dire de l’homme. C’est tout dire aussi où nos «pilotes» ont été formés.

 La personne peut-être la plus pittoresque, la plus excentrique, la plus haute en couleur de ce bordel de «pilotes» est sans doute Ann-Valéry Timothée Milfort, la puissante ex-présidente du PHTK et très influente ex-cheffe de cabinet du président Michel Martelly. Elle dut laisser le Palais national en catastrophe, suite à une raclée qui lui avait été administrée par Sweet Micky, aux yeux de qui elle avait commis l’ultime trahison, le plus vil outrage.

Ce beau monde va donc piloter (sic) le choix des secteurs qui viendront étoffer les États généraux sectoriels.

En effet, l’«orage épluché» Ann-Valéry, loray kale a, avait été surprise, flagramman délirant, «en flagrant délit» de copier des fichiers des ordinateurs au Palais national appartenant à Sophia Saint-Rémy-Martelly et à Gregory Mayard-Paul. Selon des témoins oculaires, la Milfort aurait encaissé force gifles, kalòt marasa, sabò, coups de poing, et même des coups de pied, de même que des bordées d’obscénités dont Martelly est un distributeur exclusif. C’est ce qu’a rapporté Haïti Express News, dans on édition du 4 Février, 2016).

Ce beau monde va donc piloter (sic) le choix des secteurs qui viendront étoffer les États généraux sectoriels. Parmi eux, pas un seul représentant de syndicats militants, de la paysannerie, des madan sara, ossature du commerce informel; pas un seul représentant du monde des handicapés, des cultes réformés, d’une communauté musulmane croissante, des chauffeurs de taxi, des étudiants d’université. On suppose que Marie Carmelle Mentor représente le secteur vaudou ; Eugenia Romain,  le secteur des droits de la femme et des enfants, et Mimerose Pierre “Manzè” Beaubrun le secteur musical sur fond de culture du pays.

Ils sont à peu près une trentaine de “pilotes”de bombardiers, chasseurs, chasseurs-bombardiers. Selon leur âge, ils sont répartis en pilotes de jour, pour les plus jeunes des magouilleurs, et pilotes de nuit pour les plus madrés, les plus tordus de la bande. On peut parier qu’ils vont faire traîner le pilotage d’autant qu’ils le feront à vue. Plus l’expérience pilotante durera, mieux ce sera pour le bombardier ou le chasseur, si l’on pense que chaque “pilote” devrait gagner 200 000 gdes (environ $3109 US) par mois à éplucher des wès.

Manifestement, l’esbroufe, le bluff de la “Caravane du changement” n’a pas fonctionné, et les leaders de partis politiques n’ont pas mordu à l’hameçon. Ils sont en zing de contrariété, anxieux de s’asseoir à la table sectorielle pour faire entendre leur voix et savoir où éventuellement ils pourront se caser: une sinécure à Washington, en République dominicaine, au Japon, dans un consulat à Chicago, à New York, Montréal ou Miami. Bien sûr, il y aura des palabres à n’en plus finir. On ne sait si les conciliabules se tiendront à El Rancho ou “La Rancha”, mais la presse en aura pour ses analyses, ses reportages.

Jean Emmanuel Eloi, sociologue, étalera bien ses connaissances en matière d’Etudes en Développement Intégré.  Raphaël Paul Gustave Magloire sera dans son plat pour déblatérer sur la «Réconciliation et la Renaissance Nationale». Frantz Bernard Craan, coordonnateur du Forum économique du secteur privé devrait avoir la formule-miracle pour corriger le déficit au niveau des recettes douanières estimé à plus de 400 millions de dollars ».  Le numismate Joseph Guerdy Lissade serait tellement heureux de voir l’inculpé faire imprimer, pour sa collection, une pièce de monnaie historique à l’effigie de Martelly avec au verso le cri de rassemblement du communicologue Amary Joseph Noël: « Faisons un nouveau Bois-Caïman ». Le typologue (sic)  Guy Michel Vincent serait dans son plat, à conseiller Mgr Kébreau, président ensoutané du CPSTOEGS, à défaut de ne plus conseiller le président Martelly engoncé dans ses accoutrements obscènes.

Après avoir dressé un tel tableau, comment me demander d’être “optimo”? Je ne puis que tendre au “pessimo”. Il faut s’attendre à un El Rancho II pour sauver l’inculpé qui a les deux pieds dans une même graine de soulier. Peut-être que les tireurs de ficelle demanderont au PM Lafontant de s’effacer. Peut-être que l’ambassade multi-étoilée demandera au “conseiller spécial” Evans Paul ou un autre mec du même sérail de se “sacrifier” au nom des “intérêts supérieurs de la nation” pour permettre à Jovenel de souffler, d’autant que Lafontant est une nouille, une poule mouillée, un grand niais, une belle nullité.

Le temps passera; le temps pour les sectoriels de palabrer et de s’emplir les poches; le temps pour les opposants de se tenir cois; le temps pour les gangs de Grand Ravine de liquider un autre journaliste; le temps d’une autre “enquête qui se poursuit”; le temps pour Mme Legagneur de sécher ses larmes; le temps pour les évêques et les pasteurs protestants d’exhorter les fidèles à “prier pour la paix”, le temps pour les komokyèl, azizwèl et popetwèl de continuer à s’amuser; le temps pour l’ambassade américaine de trouver la dernière formule qui apaise la colère des masses; le temps pour le peuple de «mûrir son grison dans le secret de sa nuit corporelle» jusqu’à ce que les matchopwèl rendent compte.

2 Avril 2018

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