Inde : le syndicat GATWU obtient la réintégration de 1.257 travailleurs

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Des travailleurs expriment leur solidarité au syndicat GATWU

Au bout de huit mois de lutte et de campagne de solidarité internationale, le Syndicat des travailleurs du vêtement et du textile (GATWU) a signé, avec le fournisseur de H&M Gokaldas Exports, un accord qui reconnaît le syndicat et réintègre les 1.257 travailleuses – en majorité des femmes – qu’il avait licenciées.

 

Après le premier confinement de la Covid-19, la société de confection Gokaldas Exports, implantée dans l’État de Karnataka, en Inde, s’était servie de la pandémie comme excuse pour abattre le syndicat dans son usine Euro Clothing Company (ECC-2). Elle avait commencé par déménager les machines le 30 mai et, le 8 juin, elle avait fermé l’usine et renvoyé tous ses 1.257 travailleurs. Ces licenciements étaient illégaux au sens de la législation fédérale du travail.

Gokaldas a plus d’une vingtaine d’unités de production. Cependant, ECC-2 était la seule dont le personnel était syndiqué, avec 900 personnes membres du GATWU, affilié à IndustriALL Global Union, et à sa fédération, Unions United. ECC-2 confectionne des vêtements pour des marques européennes. À l’époque, cette usine produisait pour H&M, son principal client, et Gokaldas prétendait que des annulations de commandes de H&M étaient la cause de la fermeture. H&M a démenti et dit qu’elle avait payé tous les vêtements produits.  

Avant comme après la fermeture de l’usine, la direction a mené une campagne antisyndicale agressive, allant par exemple jusque dans leurs villages pour menacer les travailleurs. Mais ils n’ont pas cédé et ont occupé l’usine dès l’annonce de la fermeture et tenu bon pendant 50 jours, ce qui leur a permis d’obtenir les salaires qui leur étaient dus.

IndustriALL a d’abord écrit à l’entreprise le 9 juin. IndustriALL et H&M ont un accord-cadre mondial (ACM) qui garantit la liberté d’association dans la chaîne d’approvisionnement de l’entreprise. Les violations sont vérifiées par un Comité national de contrôle. Gokaldas a refusé d’abord de rencontrer le comité puis de s’engager dans une procédure de conciliation.

IndustriALL a lancé une campagne internationale avec, notamment, une Journée d’action mondiale le 4 septembre. L’affaire a reçu une large audience dans les médias et le soutien du Worker Rights Consortium qui a fait pression sur des marques américaines telles que GAP et Columbia. Appliquant son ACM, H&M a annoncé son intention d’arrêter de se fournir chez Gokaldas si elle ne respectait pas la liberté d’association.

En Inde, le GATWU a maintenu la pression sur l’entreprise, et sa détermination a payé. Le 1er février 2021, Gokaldas Exports a signé un mémorandum d’accord avec le GATWU, sa centrale nationale NTUI, et IndustriALL.

Les principaux points de l’accord sont : Tous les 1.257 travailleuses et travailleurs qui étaient employés lorsque l’usine a fermé retrouveront un travail s’ils en font la demande avant le 15 mars 2021.

L’usine ECC-2 ne rouvrira pas, mais les travailleurs pourront retrouver un emploi dans deux autres usines.

L’entreprise assurera le transport vers les usines.

Le GATWU est reconnu comme seul agent de négociation pendant trois ans dans toutes les usines où plus de 20 pour cent du personnel est affilié.

Padma, une grande activiste syndicale employée à ECC-2, a ainsi réagi : « Nous avons toujours su qu’après une telle lutte, nous récupérerions la totalité des 1.257 emplois. C’est grâce au long combat qu’ont mené tous les travailleurs, ainsi que le GATWU, la NTUI et IndustriALL. »

Nagamma, une travailleuse de ECC-2, ajoute : « Nous nous sommes battues parce que nous n’avons que nos emplois pour survivre. Tous les travailleurs devraient en tirer les leçons et se syndiquer. Ce n’est qu’avec des syndicats puissants qu’on peut lutter contre des firmes de cette taille. »

 Pour la présidente du GATWU, Prathibba R : « C’est la détermination du syndicat et de ses membres qui, avec la solidarité internationale, a permis un accord comme celui-là, comme on n’en a jamais vu avant. Le GATWU continuera à organiser les travailleurs de l’habillement et à se renforcer ».

Manifestation de solidarité au syndicat GATWU

Le secrétaire général d’IndustriALL, Valter Sanches, a pour sa part déclaré : « Contre toute attente, c’est une immense victoire pour le GATWU. Sur la toile de fond de la pandémie mondiale qui a causé un carnage économique et des pertes d’emplois, le GATWU a récupéré les emplois et obtenu sa reconnaissance qui lui servira à se développer dans l’entreprise. Le courage et la détermination de ces travailleuses est une source d’inspiration pour nous tous.

Cette victoire montre aussi l’importance de nos accords-cadres mondiaux. Accompagnés d’une solide campagne sur le terrain et de la solidarité internationale, ils sont le levier qui nous conduit à la victoire. Je tiens à remercier tous nos affiliés du monde entier qui ont participé aux actions de solidarité. »

Selon le secrétaire général de la NTUI, Gautam Mody, : « C’est à cela que sert un syndicat fort : des membres unis et militants qui font un syndicat fort, une centrale nationale forte et un syndicat mondial fort. La solidarité et le soutien que nous avons reçus sont incroyables. Cela nous a motivés et renforcés. IndustriALL a montré ce qu’un syndicat mondial combattant peut obtenir. »

 

Industriall 8 février 202

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