La Terre sera Chine (4)

(Quatrième partie)

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Beijing, Chine, décembre 1994. Officier posant dans la Cité interdite. L’Occident a peur d’un dirigeant fort comme Xi Pining, qui mène de front plusieurs luttes: pour développer l’économie, mettre fin à la pauvreté, à la pollution, à la corruption, à la désunion. Photo par Alexandra Panaguli.

Chine comme actrice

3) La Chine, finalement, et son dirigeant. Le 11 mars 2018 l’Assemblée nationale populaire a voté en faveur de la proposition du Comité central du Parti communiste chinois de mettre fin à la limite de deux mandats présidentiels, ouvrant la voie à la présence illimitée de Xi Pining à la tête de la Chine. Quelque chose, à propos, que Trump et ses acolytes républicains aimeraient beaucoup copier. D’ailleurs, celui-ci a commenté: “Président à vie … Je pense que c’est génial. Peut-être que nous devrons essayer cela un jour”.

De plus, les délégués ont approuvé d’ajouter à la constitution que “La direction du Parti communiste chinois [soit Xi Jinping] est la caractéristique déterminante du socialisme aux caractéristiques chinoises” (le titre complet est “la pensée de Xi Jinping sur le socialisme avec des caractéristiques chinoises pour la nouvelle ère”). Finalement, Xi se donne le pouvoir absolu d’éliminer ses adversaires en donnant pleins pouvoirs aux commissions de contrôle qui “exerceront indépendamment leur pouvoir de contrôle et ne seront soumises à aucune ingérence de la part d’un organe administratif, d’un organisme public ou d’un individu.”

«Le vote a été largement considéré comme un exercice d’approbation. Deux délégués ont voté contre le changement et trois se sont abstenus, sur 2.964 voix ». Exactement comme au Sénat des Etats-Unis où tous les Républicains ont voté pour exonérer Trump lors de la procédure d’“impeachment”, à l’exception d’un seul, Mitt Romney.

A première vue, cela semble en contradiction avec la philosophie chinoise pour laquelle le monde et la nation sont au-dessus de tout et doivent régner en suprême. L’esprit oriental “propose l’homme en offrande au monde…”. “Le bonheur de chaque personne est conditionné par celui du pays et de la nation”, a renchéri Xi Jinping.

Les Occidentaux craignent qu’un homme fort comme Xi Jinping – ou Putin – dirige leur principal rival

Il faut prendre en compte les relativement récents développements, soit le chaos de la révolution culturelle qui a abattu le père même de Xi Jinping, et deux décennies plus tard l’effondrement de l’Union soviétique – mené par le naïf Gorbachev – qui a fait une grande impression sur Xi et toute la Chine. Ainsi, Xi Jinping pense que “le développement et les réformes dont le pays a encore besoin ne pourront être menés à bien si la sécurité et la stabilité sociales ne sont pas garanties […] les menaces intérieures et extérieures doivent être traitées de la même manière” et il souligne l’importance du “socialisme à la chinoise”.

Les Occidentaux craignent évidemment qu’un homme fort comme Xi Jinping – ou Putin – dirige leur principal rival. Nul doute que Xi Jinping veuille terminer – et se considère comme le mieux à même de le faire (*) – ce qu’il a commencé: développement économique, mais aussi lutte contre la corruption, contre la pollution, contre la pauvreté, contre la désunion: Hong Kong, Xinjiang, Tibet – tâches gigantesques nécessitant une forte cohésion et direction, de la stabilité, pas d’extrêmes, un équilibre, de la modération (pan metron ariston – dans la vie, pas en politique), et du labeur, c’est ce qui a maintenu la Chine en vie pendant des millénaires alors que toutes les autres puissances – les États-Unis ces derniers temps – ont suivi ce que Jared Diamond appelle: “Comment les sociétés choisissent d’échouer” [titre partiel]. Comme le dit Raffarin, “C’est donc bien la stratégie chinoise qui a fait émerger Xi Jinping plutôt que l’inverse, contrairement à ce que l’on entend souvent”, comme avec Trump.

(*) Pareil avec son homologue et ami russe. “Putin se considère comme un leader mondial et il est très difficile pour lui de se dissocier du rôle de président”, a déclaré Gleb Pavlovsky, conseiller du Kremlin de 2000 à 2011.

Et il semble que Xi Jinping mène le pays dans la bonne direction – la lutte contre la corruption, la pollution, la pauvreté, sont tous points que la population apprécie, et le gouvernment est à son écoute. Comme l’a dit Michael Bloomberg, candidat Démocrate à la présidence des Etats-Unis et ancien maire de New York, “Quand le public dit que je ne peux pas respirer, Xi Jinping n’est pas un dictateur. Il doit satisfaire ses électeurs sinon il ne survivra pas. Aucun gouvernement ne survit sans la volonté de la majorité de son peuple ».

Je reviens sur un point que Xi Jinping souligne lui aussi: les droits économiques et sociaux semblent plus importants que les droits politiques. Et pas seulement en Chine ou en Grèce comme je l’ai esquissé plus haut. De retour à Liège, Christine, la jeune employée de la banque ING, a été changée de branche et diminuée de rang. Depuis un an on les terrorise, dit-elle, “et cela va recommencer dans 2-3 ans, les justifications pour les changements ne font aucun sens”.

Urumqi, Xinjiang, Chine, février 2013. Sans-abri ouïghour dans le métro de la capitale du Xinjiang. La priorité actuelle de la Chine est de réduire la pauvreté partout et par tous les moyens. En Occident, le pouvoir a migré de la sphère politique – vidée de sa substance – à la sphère économique, où la démocratie n’existe pas.
Photo par Alexandra Panaguli.

Développement économique mais pas n’importe comment ni à n’importe quel degré. Les marchés ne peuvent pas être laissés en totale liberté. On voit partout dans le monde comment le populisme dévoie la démocratie bourgeoise. Car le néolibéralisme lui a préparé le terrain en élargissant les fossés à l’extrême.

Une vie déséquilibrée

Le déséquilibre occidental pointait déjà dans les années 1980 quand le réalisateur étatsunien Godfrey Reggio produisait (avec l’aide de Francis Ford Coppola) Koyaanisqatsi, le premier film d’une trilogie montrant l’interraction de la nature et des êtres humains infléchie par la technologie. Le titre Koyaanisqatsi vient du langage des Indiens Américains Hopis et signifie “Une vie déséquilibrée», mais également «une vie de corruption morale et d’agitation» et littéralementDes épidémiologistes expliquent les pandémies – y compris le COVID-19 actuel – par la détérioration de l’environnement causée par l’être humain «vie chaotique», «vie en ébullition», «vie qui se désagrège» et «un état de vie qui appelle à une autre façon de vivre». Le film mentionne une prophétie hopi: “Si on retire des choses précieuses de la terre, cela invitera au désastre”.

Les épidémiologistes expliquent les pandémies par la détérioration de l’environnement causée par l’être humain

Des épidémiologistes expliquent les pandémies – y compris le COVID-19 actuel – par la détérioration de l’environnement causée par l’être humain, rapprochant physiquement celui-ci des espèces animales porteuses de virus. Il a été démontré que c’est la percée des colons belges dans la jungle centroafricaine à la fin du 19ème siècle qui a mis en contact le singe macaque avec l’être humain, lui passant son lentivirus qui est devenu le VIH à la base du Sida. Une bonne cinquantaine d’années auparavant, au début du 19ème, en plus de forcer les agriculteurs indiens à produire du pavot afin de droguer les Chinois, les Anglais “ont empiété sur l’immense zone humide des Sundarbans au Bengale pour développer la riziculture, exposant les habitants aux bactéries aquatiques […] désormais connues sous le nom de choléra”, avec la septième pandémie ayant survenu en Haïti en 2010… Pareil pour l’Ebola véhiculé par des chauves-souris et le paludisme par les moustiques, qui se retrouvent beaucoup plus nombreux dans les zones déboisées que dans les forêts demeurées intactes.

Un personnage duquel Godfrey Reggio s’est inspiré est Guy Debord, le philosophe marxiste français connu pour son livre La Société du spectacle, où il parle entre autres de la marchandisation de presque tous les aspects de la vie, ayant refondu l’idée d’«être en avoir». Ce qu’il appelle «la phase actuelle d’occupation totale de la vie sociale par les résultats cumulés de l’économie» a conduit à «un glissement généralisé de l’avoir en apparence, d’où tout réel ‘avoir’ “doit tirer son prestige immédiat et sa fonction ultime”.

Paru en 1967 il annonce la dérive néolibérale globale. Celle-ci étant en totale opposition à un souci d’équilibre qui remonte loin dans le temps. Déjà les Anciens Grecs prônaient par-dessus tout le Pan Metron Ariston, la modération dans tout, tandis que les Chinois prisaient la stabilité.

Mais il y a plus que cela, l’idée même de démocratie. L’économiste et politicien grec Yannis Varoufakis, qui a été ostracisé par l’Union Européenne alors qu’il était brièvement ministre des finances en 2015 quand la Grèce était mise au piloris pour son déficit budgétaire, rapporte: «On m’a dit sans ambiguïté que le processus démocratique de notre nation – nos élections – ne pouvait pas être autorisé à interférer avec les politiques économiques mises en œuvre en Grèce. À ce moment-là, j’ai senti qu’il ne pouvait y avoir de plus grande justification de Lee Kuan Yew, ou du Parti communiste chinois, en fait de certains de mes amis récalcitrants qui ne cessaient de me dire que la démocratie serait interdite si elle menaçait de changer quoi que ce soit ». Soit un concept purement décoratif.

Incidemment, Lee Kuan Yew, qui a été premier ministre de Singapour pendant trois décennies, “a soutenu que des mesures disciplinaires étaient nécessaires à la stabilité politique qui, avec l’état de droit, étaient essentielles au progrès économique, disant: ‘Quiconque décide de m’attaquer doit mettre des coups de poing américains. Si vous pensez que vous pouvez me faire plus de mal que je ne peux vous faire de mal, essayez. Il n’y a pas d’autre moyen de gouverner une société chinoise’”.

De son côté, Varoufakis conclut: «Il y a beaucoup d’hypocrisie. Dans nos démocraties libérales, nous avons un semblant de démocratie. C’est parce que nous avons confiné la […] démocratie à la sphère politique, tout en laissant la sphère où se situe toute l’action – la sphère économique [qu’il appelle également: le monde de l’entreprise] – une zone sans aucune démocratie “. Et il parle spécifiquement de la Chine: «John Stuart Mill était particulièrement sceptique quant au processus démocratique. Donc, ce que vous voyez maintenant en Chine est un processus très similaire à celui que nous avons eu en Grande-Bretagne pendant la révolution industrielle, en particulier la transition du premier au deuxième. Et fustiger la Chine pour avoir fait ce que l’Occident a fait au XIXe siècle, ça sent l’hypocrisie».

nous avons confiné la démocratie à la sphère politique, tout en laissant la sphère où se situe toute l’action – la sphère économiquE – sans démocratie

Et il ajoute: «Vous êtes-vous demandé pourquoi les politiciens ne sont plus ce qu’ils étaient? Ce n’est pas parce que leur ADN a dégénéré. C’est plutôt parce qu’on peut être au gouvernement aujourd’hui et non au pouvoir, parce que le pouvoir a migré de la sphère politique à la sphère économique, qui est distincte».

Mais pour l’avenir de la Chine peut-être que rien de tout cela n’est important, puisque c’est le pays qui chapeaute tout. “La Chine est éternelle”, a dit en 1935 le vieux diplomate à Kazantzakis lors d’un banquet-spectacle pour fêter les 90 ans de la notable Laou-Li. “Le communisme est éphémère. Le Japon est éphémère. La Chine est éternelle”, a complété Kung Ta-Hen, l’ancien ambassadeur, quand Kazantzakis lui avait demandé s’il n’avait pas peur des communistes qui avançaient au Sichuan en direction du nord vers Beijing, ou des Japonais qui descendaient de Mandchourie, eux aussi avec Beijing pour objectif.

La Chine a laissé l’Europe loin derrière et dépasse rapidement les États-Unis, tous deux concentrés sur eux-mêmes, freinés par leur démocratie dévoyée menant à l’immobilisme chez les uns, à la dictature – d’un homme ou des finances – chez les autres. La Chine avec sa population, son travail, son unité. L’avenir est prometteur mais tout dépend de Xi et des nouvelles générations urbaines. Comme toujours, l’érosion vient de l’intérieur.

Et de l’extérieur. A l’Astor-Hôtel de Shanghai où il habitait, le noble vieillard Wang-Loh parle au caractère européen de Malraux, A.D., de “la maladie dont souffre la Chine: la perte de son esprit. La Chine est en train de mourir de la même mort que l’Europe”. Il parlait de la vieille Chine.

Mise à jour: de la variole au coronavirus

Lieou Ngo (1854-1906) était un ingénieur hydraulicien connu pour avoir combattu avec succès, au 19ème siècle, les inondations, non pas du Yangtze, mais du fleuve Jaune (Huang Ho, 5500 km de long) – les crues des fleuves chinois sont un grave problème car ils sont très longs et reçoivent beaucoup d’eaux de torrents en amont, tel que le fleuve de l’Ouest (Hsi-Kiang, 2100 km) avec un débit qui peut passer de 9.000 m3/seconde à 60.000, celles du fleuve Jaune, de 1.000 m3/seconde à 58.000, et du fleuve Bleu (Yangtze, 6300 km) de 2.000 m3/seconde à 110.000 !

Étonnament, Lieou Ngo était né dans une famille de lettrés. Mais il était curieux, intéressé par plusieurs domaines (il a étudié les mathématiques, astronomie, médecine, philosophie, poésie, musique et été tenté par le commerce), et rebelle, ce qui n’était pas indiqué pour suivre son père dans le service impérial. Au contraire, sa solution contre les inondations était à l’opposé de celles des bureaucrates mandarins, “trop souvent bornés, incapables ou cupides”.

En fait, il décrit “la décadence, la pourriture de la dynastie mandchoue à la fin du XIXe siècle; sa paralysie politique, économique; la corruption de la magistrature” dans son livre L’Odysée de Lao Ts’an (également traduit comme “Pérégrinations d’un digne clochard”). Si cet ouvrage est un haut point de la litérature chinoise du dernier siècle impérial, son auteur l’a écrit – en 1903 – avec “le coeur plein d’amertume” (dans son vieil âge, Shakespeare aussi était pessimiste quant à la société) comme “le cri d’angoisse d’un homme qui voit son pays sombrer sous un pouvoir inepte. Il a été conçu avant tout comme une mise en accusation du mandarinat”. Hmmm, on attend quelqu’un pour écrire pareil ouvrage sous l’administration actuelle des Etats-Unis.

Lao Ts’an était un guérisseur ambulant au 19ème siècle. Il ne se faisait pas d’illusions sur l’efficacité de son métier, mais il connaissait les vertus de la médecine traditionnelle chinoise. A l’occasion du coronavirus actuel, saviez-vous que le premier vaccin contre un virus a été inventé en Chine au 15ème siècle, et peut-être même avant? La variole était un fléau redoutable jusqu’à ce que l’on applique la variolisation, soit “inoculer une forme espérée peu virulente de la maladie en mettant en contact la personne à immuniser avec le contenu de la substance suppurant des vésicules d’un malade”. Trois siècles plus tard la pratique est arrivée, via la route de la Soie, à Constantinople, où un médecin italien a appliqué pour la première fois la variolisation en 1701. Mais il a fallu encore un siècle avant que les Européens n’acceptent ce qu’ils qualifiaient de “folklore” alors que la variole faisait des dizaines de milliers de morts par an sur le vieux continent. (Un peu comme Trump se moquant actuellement du coronavirus). La pratique de la quarantaine et du confinement contre la variole existait encore dans les années 1970 en Europe, avant son éradication en 1980. Incidemment, ce coronavirus attaque principalement les poumons, et cette fois, c’est à un Arabe que l’on doit la découverte de la circulation pulmonaire, par Ibn al-Nafis, médecin à Damas au 12ème siècle. Mais également un féru de jurisprudence, littérature et théologie, et auteur de plus de 110 volumes d’ouvrages médicaux.

Inoculation contre la variole à Paris en 1807, tableau de Louis-Léopold Boilly à la Wellcome Library, Londres. Le premier vaccin contre un virus a été inventé en Chine au 15ème siècle, c’était la variolisation. Il a fallu 400 ans pour qu’il arrive en Europe, via la route de la Soie et Constantinople, et que les Européens acceptent ce qu’ils qualifiaient de “folklore” alors que la variole faisait des dizaines de milliers de morts par an sur le vieux continent.

Lieou Ngo, le créateur du personnage autobiographique de Lao Ts’an, a été envoyé à Urumqi, capitale du Xinjiang quand celui-ci était la terre d’exil des Mandchous qui y gardaient des garnisons frontalières, et il y est mort à l’âge de 52 ans. Il “ne se contentait pas de corriger le cours du fleuve Jaune […]; il entendait endiguer les débordements de la société chinoise; cela, c’était impardonnable. Toutes les sociétés haïssent les écrivains qui aiment la vérité; beaucoup de sociétés tuent ceux qui l’écrivent. Lieou Ngo mourut donc en exil, en bon ‘fou de justice’”. Mais la dynastie mandchoue disparut à la même époque que son dénonciateur, 1911 alors que celui-ci l’avait prévue pour 1908.

Bien plus proche de nous, “Un citoyen étatsunien de 36 ans de Cupertino, en Californie, s’est rendu à Kunming, en Chine, à près de 1 000 miles au sud-ouest de Wuhan, où le coronavirus est né, le 25 janvier […] il a vu les habitants et les autorités chinoises conscients de la gravité de l’éclosion et prendre des mesures de sécurité. Cela contrastait fortement avec l’attitude blasée de ses collègues aux États-Unis et une expérience désordonnée à l’aéroport international de San Francisco à son retour», où «’Ils n’avaient littéralement aucune idée de ce qu’ils faisaient’, a-t-il déclaré, ajoutant qu’un responsable de l’aéroport avait même admis que parce que les choses avaient dégénéré si rapidement, ils étaient en plein désarroi’».

“Sur la base de son expérience en Chine et aux États-Unis à mesure que le coronavirus s’est propagé, sa famille envisageait en fait de retourner en Chine car ils s’y sentaient plus en sécurité”.

Pareil pour Shasta Grant d’Indianapolis, aux Etats-Unis, une écrivaine de 44 ans qui se félicite d’être restée à Singapour où elle vit depuis huit ans, «C’est très bizarre de dire que je me sens plus en sécurité ici que dans mon pays d’origine».

Heureusement, à l’encontre de la variolisation, il n’a pas fallu des siècles avant que les Européens ne copient la méthode chinoise de confinement qui a stoppé net le coronavirus dans leur pays. Quant aux Etats-Unis c’est plus grave. On sait maintenant que Trump connaissait dès janvier le danger du coronavirus mais l’a minimisé le plus longtemps possible afin de ne pas endommager sa campagne électorale – il continue à éructer des inepties racistes ou du genre que le mur sur la frontière mexicaine protégera les Etats-Unis contre le coronavirus – mais les Démocrates n’avaient pas plus de solutions.

«Hervé Lemahieu, expert sur l’Asie au Lowy Institute, un groupe de réflexion australien, a fait des comparaisons avec l’ouragan Katrina, une autre urgence catastrophique qui a mis à nu les fissures du système politique étatsunien et les inégalités croissantes dans la société étatsunienne. “C’était la première fois que le monde voyait des images diffusées depuis les États-Unis qui ressemblaient à celles d’un pays en voie de développement, et c’est quelque chose qui, pour la plupart d’entre nous, était surprenant”, a déclaré Lemahieu. “Ce genre de moments a un impact psychologique sur la façon dont les États-Unis sont perçus à l’étranger”.

etats-unis: Il n’y a pas de stratégie nationale, pas de leadership national pour le covid-19

Puis, de nombreux utilisateurs de Weibo (le réseau de médias sociaux chinois) «ont exprimé leur surprise qu’un pays qui se présente comme la première démocratie au monde ait du mal à gérer une épidémie comme celle-ci, et que son système de santé ne soit pas équipé pour traiter le nombre croissant de cas, et facture de gros montants pour les tests et le traitement des coronavirus qui sont gratuits en Chine» et ailleurs.

De l’autre côté, les Occidentaux copient ce que les Chinois ont fait depuis des mois et dont on se moquait, malgré que les “Les experts de l’Organisation mondiale de la Santé louent les efforts de confinement apparemment draconiens de la Chine”.

Le monde commence – ou plutôt continue – à voir la réalité derrière le “Rêve américain”, mais à nouveau l’engouement, les habitudes ont la vie dure, les gens continuent à croire en l’«Amérique». «De nombreux dirigeants asiatiques restent convaincus que les États-Unis parviendront à maîtriser leur épidémie une fois que les ordres de distanciation sociale et les mesures de santé accélérées prendront racine, ce qui leur permettra de reprendre une position de leader dans la riposte mondiale”.

Xian, Chine, décembre 1994. De nombreux cyclistes portaient un masque il y a déjà un quart de siècle. La pandémie du coronavirus va accélérer l’écart entre une Chine organisée, disciplinée et responsable, et rompue aux actions collectives, et un Occident négligeant et individualiste.
Photo par Alexandra Panaguli.

“Les États-Unis ont d’énormes ressources à leur disposition”, a déclaré la semaine dernière à CNBC, le ministre singapourien des Affaires étrangères, Vivian Balakrishnan. “Il s’agit de les organiser et de les mettre à la disposition des gens. Alors, attendons donc. Vous savez, je compterai toujours sur les Etatsuniens”.

Eh bien, en termes de ressources … «Entre le 18 janvier et le 10 mars, il y a eu 11.079 tests pour COVID-19 aux États-Unis. En comparaison, la Corée du Sud a effectué plus de 100.000 tests et le Royaume-Uni a testé près de 25.000 personnes».

«Le nombre de médecins aux États-Unis pour 1 000 habitants n’est que de 2,6, selon Deutsche Global Bank Research, World Development Indicators et Haver Analytics. Cela se classe loin derrière les autres principaux pays, comme la Suède (5,4), l’Allemagne (4,2), l’Italie (4,1) et le Royaume-Uni (2,8). (Aux États-Unis, 1 famille sur 3 ne va pas chez le médecin à cause du coût, selon un sondage auprès de 2596 adultes ce mois-ci de Bankrate.)

“De toute évidence, nous ne sommes pas préparés, et Trump ne fait qu’exacerber la crise”, a déclaré le sénateur Bernie Sanders.

Ce n’est pas seulement une question de ressources, mais de système et de choix politiques. Comme dit encore Sanders: «Lorsque nous dépensons deux fois plus par habitant en soins de santé que dans tout autre pays, on pourrait s’attendre à ce que nous ayons suffisamment de médecins dans tout le pays. On pourrait s’attendre à ce que nous ayons des médicaments à prix abordables. On pourrait s’attendre à ce que nous nous préparions efficacement à une pandémie, que nous soyions prêts avec des ventilateurs, avec des unités de soins intensifs, avec des kits de test dont nous avons besoin. Nous ne le sommes pas”.

L’Occident n’est pas pour l’éternité, de droit divin, la zone la plus riche et la plus développée du monde

Tout doucement pourtant l’image se clarifie. Le Dr David Ho, directeur du Aaron Diamond AIDS Research Center du Columbia University Irving Medical Center de New York, qui dirige une équipe à la recherche de traitements pour le COVID-19, a récemment dénoncé la gestion du virus par le pays: “Il n’y a pas de stratégie nationale, pas de leadership national et il n’y a pas d’incitation pour le public à agir à l’unisson et à appliquer les mesures ensemble. C’est ce qu’il faut mais ce que nous avons complètement abandonné en tant que nation”.

“De nombreux Européens pointent fièrement vers leurs systèmes de santé nationaux qui non seulement testent mais traitent le COVID-19 gratuitement, contrairement au système étatsunien où la crise du virus n’a fait qu’exacerber les inégalités raciales et de revenus dans l’accès aux soins de santé. ‘Le coronavirus a brutalement mis à nu la vulnérabilité d’un pays qui décline depuis des années’”, conclut l’auteur italien Massimo Gaggi dans son nouveau livre “Crack America” (Broken America) sur les problèmes étatsuniens qui ont longtemps précédé le COVID.

Quant à moi, je vois certainement les Chinois plus organisés et disciplinés, et habitués aux actions collectives, les ingrédients d’un pouvoir stable, par rapport aux Etatsuniens négligeant et individualistes, ou aux Européens se reposant sur leurs lauriers, et en général des Occidentaux arrogants et égoïstes. Quand on voit des Californiens ou des Floridiens faisant la fête et s’ennivrant sur les plages, ou des Italiens et des Espagnols rebelles et moqueurs s’embrassant sauvagement lors d’événements de masse, tandis que les Chinois portent tous un masque (même s’il n’est pas entièrement protecteur), on peut voir vers où on va. Des Européens inconscients et indulgents versus des Asiatiques déterminés et responsables.

Tout récemment confirmé par le patron de Tesla, le constructeur automobile étatsunien de voitures électriques, Elon Musk. «La Chine marche à fond, à mon avis. L’énergie en Chine est formidable … il y a beaucoup de gens intelligents et qui travaillent dur. Et vraiment – ils ne se croient pas tout dû, ils ne sont pas complaisants envers eux-mêmes».

“Je vois aux États-Unis de plus en plus de complaisance et de sentiment que tout nous est dû […] Quand on gagne trop longtemps, on prend les choses pour acquises. [on] devient complaisant et [on] commence à perdre.

Confirmé également par l’intellectuel et écrivain français Michel Houellebecq, qui lie ceci au coronavirus: “Je ne crois pas une demi-seconde aux déclarations du genre ‘rien ne sera plus jamais comme avant’. Au contraire, tout restera exactement pareil. Le déroulement de cette épidémie est même remarquablement normal. L’Occident n’est pas pour l’éternité, de droit divin, la zone la plus riche et la plus développée du monde; c’est fini, tout ça, depuis quelque temps déjà, ça n’a rien d’un scoop”.

Fin

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