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Haïti, de l’abandon de la souveraineté à la feuille de route de l’OEA !

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Le Secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin et le Premier ministre Alix-Didier Fils-Aimé

(3e partie)

Le mercredi 20 août 2025, Ricardo Seitenfus, ancien Représentant en Haïti du Secrétaire général de l’OEA au début des années 2000, était l’invité de l’émission Panel Magik. Au cours de cet entretien, il n’a pas été les mains mortes pour dénoncer, lui aussi, l’ingérence de l’OEA dans le dossier haïtien. Certes, il a oublié de souligner que cette organisation régionale est la « chose » du gouvernement américain qui s’en sert quand il veut pour ses basses œuvres politiques en Amérique latine et dans les Caraïbes. L’on se souvient du rôle de l’OEA lors de l’invasion du Panama du général Manuel Noriega en 1989 par les Etats-Unis ou, quelques années plus tôt, de l’intervention militaire américaine sur l’île de la Grenade pour renverser et tuer le leader révolutionnaire et Premier ministre Maurice Bishop en 1983. En tout cas, l’ex-diplomate n’a pas été tendre avec son ancien employeur. Parlant en connaissance de cause, Seitenfus met en garde les Haïtiens face au projet qui prétend résoudre la crise à leur place.

Il estime que : « L’OEA n’est pas responsable de tous les problèmes d’Haïti, mais elle a sa part de responsabilité. L’OEA est une organisation politique et diplomatique elle n’est pas vraiment compétente pour s’occuper de questions techniques complexes. Ce n’est pas son rôle. J’exhorte les Haïtiens à être prudents face aux solutions miracles qu’on leur propose pour sauver le pays. L’OEA n’a pas les expertises nécessaires et devra sous-traiter. Le budget envisagé, évalué à 1,3 milliard de dollars, représente quatorze fois le budget annuel de l’organisation, fixé à 93 millions de dollars. Ce qu’elle cherche, c’est le pactole. Il faut souvent protéger Haïti de ceux qui prétendent l’aider ». 

Cette affaire de feuille de route a suscité toute une série de rencontres et de réunion dans diverses instances régionales et internationales aux Etats-Unis. C’est comme si, soudainement, Haïti était redevenu à la mode ou certains découvrent que cet Etat failli avait besoin de leur soutien pour s’en sortir surtout avec l’abandon de la souveraineté du pays par les dirigeants qui s’appuient et attendent sans gêne que l’International vienne avec les solutions qui arrangent Washington, Paris, entre autres. Ainsi, le mardi 26 août 2025, le Secrétaire général de l’OEA a eu à Washington DC une rencontre avec plusieurs groupes de réflexion, dit-on de premier plan, afin de faire le point sur la fameuse feuille de route pour la paix et la stabilité en Haïti dont l’organisation hémisphérique l’a chargé.

Par ailleurs, Albert Ramdin a pu discuter avec les responsables de la Fondation panaméricaine de développement (PADF), notamment avec sa Directrice générale et Stephen Donehoo, le Président du Conseil d’administration de cette Fondation. Celui-ci avait déclaré sur son compte X, à l’issue de la rencontre, que : « La forte présence continue de la Fondation panaméricaine de développement (PADF) en Haïti peut soutenir la feuille de route pour la paix et la stabilité dans le pays. » Au même moment, à Port-au-Prince, le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé s’envolait pour les Etats-Unis où il devait avoir, le lendemain mercredi 27 août 2025, des discussions portant toujours et encore sur le document relatif à la mission dont l’OEA s’est chargée.

Pour ce court séjour dans la capitale fédérale américaine, il était accompagné d’une délégation pléthorique composée, notamment de Raina Villejoint Forbin, Directrice de cabinet du Président du CPT, Laurent Saint-Cyr, Guerly Leriche, Conseiller du chef du gouvernement, Alfred Fils Métellus, ministre de l’Économie et des Finances, Herwil Gaspard, ministre délégué chargé de la Solidarité et des Affaires humanitaires, Mario Andrésol, Secrétaire d’État à la Sécurité publique, ainsi que des représentants du Conseil Electoral Provisoire (CEP). En fait, c’est à une rencontre tripartite comprenant : OEA, GEP/CARICOM et ONU, que le locataire de la Primature a participé toujours avec le même narratif : la mise à jour et les différentes étapes de l’application en Haïti de la feuille de route finale.

Ricardo Seitenfus, ancien Représentant en Haïti du Secrétaire général de l’OEA

D’après ce qu’avait annoncé le Secrétariat de l’OEA dans l’ordre du jour de la rencontre, l’objectif consistait à examiner les besoins et les propositions des autorités haïtiennes ont à inclure dans la feuille de route et à discuter des domaines potentiels de soutien de l’OEA dans la perspective d’aligner le document sur les priorités d’Haïti. En effet, selon l’ordre du jour final, il y a eu : (1) Présentation de l’état des besoins et des priorités du Gouvernement haïtien dans le pilier. (2) Stabilisation de la sécurité et rétablissement de la paix. Les intervenants étaient : monsieur Mario Andrésol, Secrétaire d’État à la sécurité publique, monsieur Frédéric Leconte, Inspecteur général, représentant du Directeur général de la Police nationale d’Haïti (PNH). (3) Position du Gouvernement sur les processus électoraux et légitimité institutionnelle. M. Jacques Desrosiers, Membre du Conseil Electoral Provisoire (CEP) ; monsieur Victor Bingel, Conseiller aux questions électorales, ont été les intervenants. (4) Priorités du Gouvernement haïtien dans le pilier.  (5) Développement durable et progrès économique a été abordé par monsieur Alfred Métellus, Ministre de l’Économie et des Finances. (6) Par rapport aux attentes du Gouvernement haïtien du pilier. Réponse humanitaire de l’OEA, l’intervenant était M. Herwil Gaspard, Ministre délégué auprès du Premier ministre chargé de la solidarité et des questions humanitaires. Avant même le retour le 28 août de cette délégation démesurée dans la capitale haïtienne, les autorités s’empressaient, dans un long communiqué daté du 27 août 2025, par le biais de la Primature, d’exprimer, comme d’habitude, leur gratitude envers divers partenaires ayant pris part à la rencontre sur la feuille de route.

« Le Premier ministre Fils-Aimé Chef de la délégation a exprimé sa profonde gratitude à l’ensemble des partenaires régionaux et internationaux pour leur solidarité constante à l’égard d’Haïti en ce moment crucial de son histoire. Il salue la proposition de feuille de route élaborée par le Secrétariat général de l’OEA, laquelle constitue une base de travail pour accompagner la Transition et soutenir les efforts nationaux de stabilisation. Réaffirmant la priorité absolue accordée à la restauration de la sécurité, le Premier ministre a annoncé des mesures visant à rétablir le contrôle de l’État sur l’ensemble du territoire, à sécuriser les grands axes routiers et à renforcer substantiellement les capacités de la Police nationale d’Haïti (PNH) et des Forces armées d’Haïti (FAD’H). 

Le Premier ministre a également réitéré l’engagement ferme du Gouvernement de Transition à organiser, dans les meilleurs délais, des élections libres, crédibles, transparentes et inclusives. Il a rappelé que les préparatifs avancent de manière significative : plus de 85 % des centres de vote sont identifiés, 70 % du personnel électoral est mobilisé et un financement national de 65 millions de dollars américains a déjà été sécurisé. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé a appelé la communauté internationale à maintenir et à renforcer son accompagnement, non seulement sur le plan sécuritaire et électoral, mais également en matière de gouvernance, d’assistance humanitaire et de relance économique. Il a insisté sur la nécessité d’un partenariat renforcé et coordonné pour permettre au peuple haïtien de retrouver la paix, la stabilité et l’espérance d’un avenir meilleur ». 

Tandis que, le même jour, sur son compte X, dans un message qui s’apparente à une entente cordiale entre la position des dirigeants haïtiens et celle de l’Organisation des Etats Américains, sur la feuille de route, Albert Ramdin écrit : « J’ai eu une rencontre positive et constructive avec le Premier ministre d’Haïti, Alix Didier Fils-Aimé. Nous avons convenu de la nécessité de consolider la Feuille de route afin de progresser vers la stabilité, la démocratie et le développement durable en Haïti. Le peuple haïtien mérite la paix et des opportunités. Nous avons également souligné que l’engagement de la Communauté internationale est essentiel pour faire avancer ce processus et construire un avenir sûr, démocratique et prospère pour Haïti. » Après la rencontre avec les différents acteurs à Washington, le mercredi 27 août, le Secrétaire général de l’OEA, Albert Ramdin, a aussi accordé une interview au quotidien haïtien Le Nouvelliste.

Au cours de cette entrevue, il a répondu à beaucoup de questions qui font débat dans l’opinion publique en Haïti et même à l’étranger sans toutefois apporter des réponses qui soient plus rassurantes. Albert Ramdin a néanmoins rejeté d’un revers de main l’idée selon laquelle les autorités haïtiennes n’ont pas participé à l’élaboration de la feuille de route et a corroboré ses propos avec la présence de Alix Didier Fils-Aimé ce jour-là à Washington pour écouter et porter la voix d’Haïti auprès des partenaires et « amis » d’Haïti. (…) « Ce n’est pas tout à fait vrai. Il a eu deux réunions avec Laurent St-Cyr, actuel Président du CPT, des échanges avec Fritz Alphonse Jean, Leslie Voltaire, l’ensemble du CPT et le ministre de l’Economie et des Finances, Alfred Métellus. Et des discussions interministérielles ayant permis d’aboutir à une « troisième version » de la feuille de route. Le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé est venu pour dire ce qui est pertinent pour Haïti. 

Jeudi, il y a eu des réunions techniques pour écouter les autorités haïtiennes. Maintenant que nous avons un plan avec des repères et des livrables, mettons-nous au travail. Nous faisons de notre mieux pour que les choses avancent. Quelles seront les conséquences si rien ne se passe ? Que se passera-t-il après la fin du mandat du CPT, le 7 février ? Le CPT reste ou part ? Je ne sais pas. Il pourrait y avoir différentes options. Il pourrait y avoir une nouvelle série de négociations. La CARICOM peut nous aider et nous lui avons demandé de jouer un rôle à cet égard. Nous n’avons pas besoin d’un vide politique. Nous avons besoin que quelque chose soit mise en place. Que se passera-t-il si les gangs y voient une occasion de faire encore plus parce qu’ils ont des aspirations, veulent former un gouvernement ? Vous pouvez avoir le meilleur plan qui soit, mais si vous n’avez pas l’argent pour le mettre en œuvre, cela ne servira à rien » (…) propos du Secrétaire général de l’OEA au Le Nouvelliste daté du 27 août 2025.

Jusqu’à un certain point, Albert Ramdin a raison. Mais, l’argent n’est pas tout. Dans bien des cas, cela demande aussi qu’on ait en face de soi des interlocuteurs compétents. En Haïti, le problème est loin d’être une question d’argent. Si l’on regarde la quantité d’argent déjà dépensé, pour ne pas dire gaspillé depuis ces quarante dernières années, cela signifie que l’argent à lui seul ne peut résoudre aucun problème. Les dirigeants haïtiens, depuis qu’ils ont délégué les responsabilités qui sont les leurs à des personnes étrangères de l’histoire, de la culture et des mœurs du peuple haïtien, ne font que valider la thèse selon laquelle rien ne peut se faire dans ce pays sans avoir des sommes considérables qui, en réalité, retournent dans les banques étrangères d’où elles ont été débloquées et dans les poches de ces soi-disant partenaires ou « amis » d’Haïti et de ceux qui en ont la charge.

Les multiples projets de reconstruction de la ville de Port-au-Prince après le séisme de 2010 sont toujours dans les tiroirs. Sans parler des millions de dollars récoltés auprès des donateurs de la Communauté internationale par la CIRH (Commission Intérimaire pour la Reconstruction d’Haïti) pour réaliser ces travaux qui ont été détournés et dilapidés par une association de malfaiteurs étrangers en col blanc codirigé par l’ancien Président américain Bill Clinton et l’ex-Premier ministre haïtien Jean-Max Bellerive aidés par d’autres dirigeants locaux, tous des gangs à cravate qui courent encore les rues de Port-au-Prince en toute impunité alors même que le pays, particulièrement la capitale, demeure en état de grava et ce depuis plus d’une quinzaine d’années après le séisme.

Derrière cette affaire de feuille de route qui se présente comme un : « Appel à la Mise en Œuvre Urgente de Solutions Concrètes pour Résoudre la Grave Crise institutionnelle et Sécuritaire en Haïti », il faut voir trois choses principales que sont : (1) une prémisse à la mise totale sous tutelle d’Haïti ; (2) une recherche de financement pour l’OEA ; (3) une source de profit pour certains acteurs internationaux et locaux de la crise haïtienne. Car, on le sait depuis longtemps, l’Organisation des Etats Américains (OEA) n’est qu’une structure diplomatico-politique au service de Washington qui s’en sert à chaque fois qu’il en a besoin.

Dans cette histoire de feuille de route, il n’y a rien de solidarité ni de porter secours à un Etat membre se trouvant dans le désastre ni non plus de défense des droits du peuple haïtien à décider de lui-même. L’histoire du Chili du Président Salvador Allende en 1973 en Amérique latine confronté à l’ingérence des Etats-Unis via son Service secret la CIA est là pour nous rappeler que cette organisation n’est qu’une caisse enregistreuse de la volonté de l’Oncle Sam. Tout le reste n’est que de la mise en scène diplomatique pour atteindre un objectif restant à découvrir. (Fin)

 

C.C

 

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