Haïti : 216 ans de barricades!

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Les nantis veulent que ceux-là qui revendiquent un minimum vital enlèvent leurs barricades, il va falloir construire des projets sociaux permettant aux gens des classes défavorisées d'accéder à des services de bases dans leurs communautés, et créer des opportunités économiques pour les couches marginales

Quand les riches volent les pauvres,
On appelle ça les affaires:
Quand les pauvres se défendent,
On appelle ça de la violence.
Mark Twain

1804-2020 : La dialectique populaire des barricades pour contrecarrer les barricades socio-politiques imposées par l’oligarchie économique depuis deux-siècles d’indépendance

Depuis des mois, les termes “lòk” et  “monte barikad byen wo”  font partie des stratégies utilisées par les acteurs de l’opposition dans le cadre de leurs pressions politiques en vue de  forcer le chef de l’État à quitter le pouvoir. Des expressions comme ‘bare an wo, bare an ba, monte barikad yo byen wo’ dans la lutte politique en Haïti ne sont pas du tout nouvelles. Par exemple,   les leaders populaires qui ont émergé après 1986 référaient souvent au terme de “ brigad vijilans” dans leurs combats contre des régimes militaires post-Duvalier.

Si aujourd’hui, en tant qu’opprimé, le peuple est derrière leurs barricades pour pouvoir défendre ses droits, dans la foulée, il n’est pas le seul à avoir ce monopole, puisque, immédiatement après l’indépendance, la classe oligarchique a toujours été, en termes d’obstacles aux développements sociaux pour les masses, le maître à penser des barricades.  Aujourd’hui, si le peuple est dans la misère à cause des barricades politiques, économiques et sociales imposés par cette classe de sangsue, donc le peuple doit continuer à rester derrière leurs propres barricades pour pouvoir reconquérir leur liberté.

Initialement, le combat politique par les barricades n’est pas haïtien.  Dans Petite histoire du mot barricade, Mireille Huchon écrit que: « La barricade apparaît en français au xvie siècle. Les événements de mai 1588 et leurs préliminaires (le projet de barricades à Paris en 1587 au retour de Guyenne du duc de Mayenne) la campent dans son sens moderne et assurent à ce mot aux racines méridionales sa diffusion en France et dans l’ensemble de l’Europe, puisqu’il sera emprunté à la suite de ces événements par l’italien, l’espagnol, l’anglais et l’allemand

Très utile au combat politique que mène le peuple contre le chef de l’État, les barricades possèdent une puissance extraordinaire. Grâce à elles, certaines zones aussi bien des villes sont, dans bien des cas, impénétrables par des policiers ou les sbires du pouvoir.

Très utile au combat politique que mène le peuple contre le chef de l’État, les barricades possèdent une puissance extraordinaire.  Grâce à elles, certaines zones aussi bien des villes sont, dans bien des cas, impénétrables par des policiers ou les sbires du pouvoir. Si les gardiens du système, tout en gardant les masses dans la misère érigent chaque jour des barricades contre les descendants des “ masses serviles” depuis l’assassinat historique de l’empereur  Dessalines ,  par contre, les masses elles aussi ont trouvé des moyens de contre-attaquer en érigeant des barricades leur permettant de mobiliser pour lutter et changer un système corrompu vieux de deux cents seize ans. La  barricade est devenue “ l’arme de la dialectique” et en même temps “ la dialectique des armes”  des désarmés. « L’édification de barricades est un des modes d’expression les plus remarquables et les plus constants des insurrections révolutionnaires », écrit Mark Traugott.

Les barricades symbolisent la force du peuple face aux oppresseurs. Dans La lutte finale des barricades : spontanéité révolutionnaire et organisation militaire en mai 1871, Robert Tombs écrit: « La barricade rassure et protège…»

Dès leur invention au XVIe siècle, que ce soit avant ou après l’indépendance d’Haïti,  que chacun,  pour défendre leurs intérêts, utilise les barricades comme arme de combat.  Si durant l’esclavage, pour les esclaves domestiques leurs modes de vies chez leurs maîtres ne nécessitaient pas de changements de système, quant aux esclaves des champs, que ce soit avec la cérémonie du bois Caïman ou le mouvement de marronnage dans les mornes, ils voulaient en finir contre toutes formes   de barricades imposées par les maîtres d’esclaves dans la colonie. Mais, deux-cents seize ans après l’épopée de Vertières, même sans la présence des colons, l’exploitation à outrance continue.

Les effets des barricades du système

Deux cents seize ans après l’indépendance, le bilan est lourd et très catastrophique en Haïti.  C’est une nation divisée, déchirée où le colonialisme sans les colons continue. Haïti est le pays où la capitale elle-même est complètement séparée du reste du pays.  Ce n’est pas seulement en termes d’infrastructures que la capitale est séparée du reste du pays, mais également au niveau des services de base.  C’est un pays à l’envers.  Le sociologue aussi bien que l’urbaniste qui analysent le cas  d’Haïti vous diront non seulement que Port-au-Prince est une ville qui défie toutes normes sociologiques de classes, ils vous diront aussi que c’est un grand bidonville qui ne respecte pas les normes de l’urbanisation. Depuis l’indépendance du pays en 1804, il y a toujours eu du champagne seulement pour un petit groupe, pendant que la majorité, sans accès à l’eau traitée, meurt de soif.  Haïti, est un pays de contrastes entre sa « ki gen twop ak sa ki pa gen anyen ditou ».

De l’indépendance à nos jours, la problématique du mode de vies des Haïtiens et la thématique de la “ question sociale” qui devait, comme le voulait le père de l’indépendance, être le cheval de bataille de tout chef d’État responsable a été remis au second plan. Ainsi, dès la naissance de l’haïtien, son acte de naissance porte l’empreinte de discrimination comme en insistant sur les désignations dichotomiques de  paysans versus citadins etc. Ce qui fit qu’un acte de naissance comme par exemple d’un Léogânais, Jacmélien et Gonaïvien est, au départ, différent de celui d’un Port-au-Princien. De plus, il y a aussi une différence entre un enfant né dans le mariage d’un couple et celui de l’enfant qui est né d’une union libre aussi bien de celui dont le père a déjà contracté mariage.

Comme cette barricade continue tout au long de l’existence entre ceux qui en ont trop et ceux qui n’ont rien, les adolescentes qui devraient être dans les salles de classes sont dans bien des cas obligées de se rendre à Port-au-Prince pour être les “rèstavèk”, des “ Zoune chez sa Ninnaine” de quelqu’un qui pille le trésor public tout simplement parce qu’ils avaient eu la chance de se rendre à l’école.  Avec l’âge, comme cette fillette se développe physiquement, comme bien d’autres, ces jeunes filles de la classe défavorisée, sont sexuellement exploitées ou abusées soit par des malades sexuels de la maison ou des adultes avec de grands moyens économiques ou de pouvoir politique.  Quant à celles-là qui sont dans des orphelinats pour enfants, elles connaissent aussi le même sort par des chefs d’orphelinats pour les filles ou des religieux des églises catholiques. Quand les filles ne sont pas restavèk chez les ‘’gran nèg’, elles sont, dans bien d’autres cas, des marchandes dans des marchés publics près des maisons luxueuses des autorités locales ou nationales.  Les enfants, étant la population la plus vulnérable, due aux barricades sociales très élevés du statu quo, souffrent très sérieusement du problème d’absence de décentralisation et de bidonvilisation.

Le problème des bidonvilles

Un autre exemple de barricade dans ce pays est la problématique de bidonvilisation et la pauvreté en Haïti. Ces phénomènes en question restent en effet très complexes. La crise de bidonvilisation qui prévaut en Haïti, notamment à Morne Hercules, Morne Calvaire, le quartier de Jalousie à Pétion-Ville, Cité de Dieu au Bicentenaire, La Saline, Cité Soleil, Raboteau, La Fossette, Saint Hélène, pour ne citer que ceux-là « a entraîné des manifestations de certaines situations socio-économiques vraiment néfastes à la survie de la population défavorisée. »

A Port-au-Prince comme dans bien d’autres endroits du pays, il y a « une minorité qui détient toutes les richesses (détenteurs du pouvoir politique, propriétaires de grands commerces, de grands revenus adéquats afin de jouir des grands modes de vie), tandis qu’il y a une grande majorité pour qui la vie sur terre devient un enfer. Cette dernière vit dans l’instabilité économique, dans la pauvreté, dans l’insatisfaction des besoins de bases ou primaires. » C’est aussi dans cette Haïti divisée avec des stratifications sociales aussi poignantes et visibles de deux-cents seize ans après l’Indépendance que l’inégalité la plus criante continue de faire son chemin entre « sa ki pa gen anyen ak sa ki gen twòp ».  Donc, si les nantis veulent que ceux-là qui revendiquent un minimum vital  enlèvent leurs barricades, il va falloir construire des projets sociaux permettant aux gens des classes défavorisées d’accéder à  des services de bases dans leurs communautés, et créer des opportunités économiques pour les couches marginales que ce soit à  la capitale ou dans d’autres villes du pays.

Port-au-Prince n’est pas seulement la capitale du pays, mais elle est aussi la République même d’Haïti, ce pays de contrastes. Puisque, c’est là où réside le président, les 30 sénateurs et les 117 députés. C’est là où tout est concentré. Haïti est le pays où des « moun an deyò ou moun mònn » se trouvent dans les provinces et les communes les plus reculées sans accès à l’éducation, soins médicaux, eau potable, aux structures et infrastructures de base répondant aux normes internationales de modernité. Pour se procurer un passeport, un extrait d’archives, faire un voyage à l’extérieur du pays, faire des études universitaires ou pour trouver un bon emploi, le paysan doit rentrer à Port-au-Prince. Même là encore, dans cette capitale bidonvillisée, il faut avoir des connections pour que les choses puissent se faire vite et bien. « Moun  andeyò yo (ceux du « pays en dehors ») pa gen menm mwayen ak sa yo ki nan kapital la. »

Pour que les gens cessent, avec leurs barricades enflammées ou autres, de revendiquer leurs droits, il va falloir que les autorités, agents du système, mettent fin à cette inégalité sociale entre deux classes de gens vivant sur un même territoire et sous un même drapeau. Comment voulez-vous par exemple, deux-cent seize ans après l’indépendance qu’on n’ait pas un programme d’éducation de qualité et d’excellence pour tous, c’est à dire un système qui donne une chance égale à tous les fils et toutes les filles du pays?

Une éducation au rabais

Comme c’est par l’éducation qu’un petit haïtien peut dessiner son avenir, ainsi, les agents du système, en créant deux écoles différentes dans le pays, ont érigé une barricade éducationnelle entre les enfants des masses et ceux de l’élite.

Quand pendant quelques jours, les gens derrière leurs barricades protestent contre l’inégalité sociale dans le pays, d’un côté, il y a toujours un petit groupe qui demande à cette grande majorité, tout en les traitant de tous les mots, de permettre aux enfants d’aller à l’école, donc il y a lieu de se demander: quelle école et, pour quelle catégorie d’enfants ?

Selon des experts, l’éducation haïtienne est défaillante: il y a carence d’encadrement pour les enfants à la maison, carence de matériels, classes mal conçues, mal équipées et surchargées, manque d’ouvrages pour les élèves et les enseignants. Donc, au lieu d’être une institution capable de former des agents de développement au niveau national et international, le système ne fait que drainer des ressources et des capitaux du trésor public sans pour autant former des éléments productifs pour la société et le monde. « Les élèves quittent l’école comme des intellectuels ratés, sans avoir non-plus de compétences techniques pour subvenir à leurs besoins. »

Ouf! La litanie des calamités et des souffrances du peuple est longue et même trop longue.

La situation de l’éducation en Haïti est, pour le moment, très préoccupante. Derrière leurs barricades, les pères et mères de familles demandent à l’État de redynamiser le système de sorte que leurs enfants, dans un premier temps, puissent, comme tout autre, aller à l’école, quelle que soit la distance, mais dans le long terme, dans des établissements scolaires construits dans leurs communautés respectives. Les enfants ne sont pas obligés de parcourir des kilomètres pour aller dans des écoles publiques mal construites avec des instituteurs non qualifiés.  La différence est trop grande, le fossé trop béant. Les barricades académiques sont trop élevées entre les enfants qui empruntent la route de Fermathe. Kenscoff, Laboule, Bourdon à l’arrière des voitures luxueuses de leurs parents pour aller dans des écoles privées et congréganistes pendant que d’autres sont sur les trottoirs avec leurs paniers de légumes et les boîtes comme cireurs de bottes.  Ces enfants méritent, tout en recevant un petit déjeuner préparé avec des productions agricoles locales, d’être dans les salles de classes dans leurs zones de résidences, pendant que leurs parents à travers un emploi décent puissent prendre soin convenablement de leurs familles. D’où la nécessité pour les hommes d’affaires ou l’oligarchie politique d’enlever les barricades de l’emploi dans ce pays.  C’est aussi une barricade quand des jeunes avec des diplômes sont obligés de coucher avec des patrons pour des emplois de misère. Si sa pa barikad, w a di m sa k barikad la. Le peuple haïtien ne demande pas de la charité. Il ne veut pas non-plus être ridiculisé. Il en assez.  Il veut des emplois dignes.

Les barricades des “amis” de l’international

De plus, quand avec le soutien de la communauté internationale, par le truchement des puissantes ambassades occidentales à Port-au-Prince, c’est un petit groupe qui décide à n’importe quel moment de la destinée d’un candidat à la présidence aussi bien que de celle d’un chef d’État en fonction, surtout si ce dirigeant remet en cause ses intérêts, donc c’est une barricade démocratique. Certes, les masses sont dans les bureaux de votes pour voter, mais c’est l’international, comme « grands électeurs » qui décide du résultat des élections.  Donc, dans le cas du processus démocratique initié au pays, les ambassades dans leur comportement traditionnel sont de véritables barricades.

Le Core Group

La PNH et les barricades en son sein

En outre, quand des agents de la Police Nationale sont envoyés dans les quartiers marginaux pour enlever les barricades de la population, alors qu’au sein de cette même institution, il n’y a que des filles et fils des paysans, des pauvres gens dans les bidonvilles, donc, vous parlez de quelles barricades?  De celles du peuple ou du statu quo?  Pendant la guerre de l’indépendance, il y avait au moins des mulâtres bien formés aux côtés des esclaves.  Quand les policiers, fils de marchandes, de paysannes, de pauvres chômeurs ont reçu des ordres pour tirer sur les gens dans les quartiers populaires qui revendiquent leurs droits, la PNH est donc créée  avec des agents de souches pauvres pour servir et protéger les riches et agents du système.

Quand un policier tue un jeune homme qui proteste dans une manifestation, c’est, probablement son petit cousin, fils de l’autre frère de son père artisan qui vit, comme lui, avec les mêmes besoins primaires dans un autre quartier populaire dans sa commune. Quand l’agent de police tire sur la jeune fille qui, tout en manifestant, refuse, d’être un objet sexuel pour les patrons, elle le fait non seulement pour la fille et la femme du policier qui, dans bien des cas sont victimes des mêmes problèmes, mais aussi, cette jeune fille peut être bien la cousine du policier, unique enfant de sa tante marchande qui fait les mêmes commerces de misère que sa mère.

La PNH est donc créée avec des agents de souches pauvres pour servir et protéger les riches et agents du système.

Comme du temps de l’esclavage dans la colonie où les esclaves n’avaient pas de plantation, aujourd’hui, le père du policier n’a pas de grande épicerie.  Le père du policier travaille dans les usines des riches. Pendant que sa mère, dans bien des cas, avec l’aide financière d’un proche qui vit à l’étranger, est marchande d’œufs bouillis, pains et figues bananes devant les usines des riches, hommes de couleur de ce pays.  C’est avec le maigre revenu que le père gagne dans les usines de sous-traitance et la mère de son commerce de ‘chen janbe’ ou autres dans les marchés que le policier bourreau a eu la chance de faire des études dans des Lycées et écoles privées, complètement différentes de celles des enfants des hommes politiques et riches de ce pays.  Quand le policier avec ses armes ne protège pas les masses, il est donc instrumentalisé pour  protéger ceux qui se servent de grands moyens financiers et contacts politiques pour piller les fonds du trésor public du pays et maintenir le statu quo.

L’écartement de la diaspora aux affaires politiques du pays est aussi une barricade

Quant à la diaspora, il  y aussi une barricade entre les politiciens en Haïti et ceux de l’extérieur qui veulent toutefois faire de la politique dans leur pays.  La Constitution haïtienne de 1987 ne reconnaît pas la double nationalité. «Etre haïtien d’origine et n’avoir jamais renoncé à sa nationalité.»  Voilà donc les conditions ou barricades constitutionnelles si un (e) haïtien (enne) de la diaspora veut toutefois briguer un poste électoral comme député, sénateur ou président de la République.

Plus de trente ans après le vote de la constitution post-Duvalier, la diaspora ne semble toujours avoir que des devoirs: envoyer de l’argent en Haïti, participer à des compétitions sportives à l’échelle internationale, faire pression quand la nation est en danger face aux dictateurs et aux putschistes ou quand l’image des Haïtiens est en jeu, comme dans le cas du Sida le 20 avril 1990.  Plus de trente ans après le vote de la Constitution, les problèmes demeurent entiers quand il s’agit pour la diaspora de partir à la conquête de ses droits. L’haïtiano-américain, l’haïtiano-canadien et tous les autres Haïtiens vivant à l’étranger ne jouissent toujours pas du droit à la double nationalité. Ils ne peuvent ni élire ni être élus. Impossible donc pour eux d’occuper au vu et au su de tous des postes électifs.  «Ayisyen lòt bò dlo yo plis konsidere kòm etranje pou ayiti.» S’ils ne sont pas étrangers quand ils doivent apporter leurs contributions économiques, mais politiquement, ils sont plus étrangers que les membres de la communauté internationale.  Donc, si on veut changer le système, il doit y avoir de nouveaux dispositifs constitutionnels qui garantissent les mêmes droits à tous les fils et toutes les filles du pays.

En guise de conclusion, les gens sont derrière leurs barricades pour finir avec le système corrompu vieux de deux-cents seize ans.  Ils réclament un assainissement de l’administration publique. Il est temps que les délégations haïtiennes en voyage à l’étranger cessent de dormir dans des suites 5 étoiles pendant que le peuple dort à la belle étoile aux Champ de Mars et autres places publiques du pays.

La  barricade est l’arme des désarmés.

En dehors des incidents, qui, dans certains cas, permet aux gardiens du système de discréditer la bataille des masses derrière leurs barricades, dans l’ensemble, elles demeurent l’arme des désarmés contre les autorités corrompues, immorales et arrogantes qui volent les 4.2 milliards de dollars des fonds du Petro Caribe.  La  barricade est l’arme des désarmés contre la misère, l’insécurité, le chômage.  En un mot, la  barricade est l’arme des désarmés contre un système archaïque et inégalitaire vieux de deux cents seize ans.

Dans l’Haïti d’aujourd’hui, les masses, derrière leurs barricades dans les quartiers populaires, protestent contre toutes formes d’insécurités qui sévissent dans le pays. Elles sont aussi derrière leurs barricades pour réclamer de l’électricité qu’avait promis un agent du système, mais qui jusqu’à présent, plus de deux ans après, tarde à se matérialiser. Elles sont aussi derrières leurs barricades pour finir: avec les moyens archaïques de transport, le coût élevé de la vie, l’analphabétisme, la corruption et l’enrichissement illicite des dirigeants et le chômage endémique planifié. Ouf! la litanie des calamités et des souffrances du peuple est longue et même trop longue.

Fortement liées à la mobilisation des gens dans les quartiers populaires, les barricades, comme étant un mode d’expression et de lutte du peuple contre l’exploitation de l’oligarchie depuis 1804, ne sont pas un phénomène nouveau en Haïti. Lè ou di retire barikad yo, fòk ou di kiyès ladan yo paske se depi endepandans mèt sistèm lan ap monte barikad yo byen wo kont pèp lan.

E, si w panse pat gen barikad an 1804, chache konnen sa k fè Dessalines te mouri.  Si w pa vle kwè  te gen barikad aprè  esklav yo te fin gen libète, chache konnen pou ki sa grann puisans yo pat vle rekonèt endepandans peyi an. Chache konprann pou ki sa se selman 4 mwa Leslie Manigat pase sou pouvwa.  Chache konnen tou pou ki sa Aristide pran 2 koudeta pandan  lòt mounn awogan, enkonpetan, imoral ap fini manda yo.  Si finalman ou pa vle kwè nan anyen, sèlman mande tèt ou pou kisa entènasyonal lan kenbe prezidan an nan Palè nasyonal la toujou.

Prof. Esau Jean-Baptiste
younalot@yahoo.com

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